Critique : L’univers Scott Pilgrim (BD et cinéma)

(Par Jérémie Bernard)

Scott Pilgrim, c’est ce jeune garçon un peu étrange qui ne veut pas de mal à personne, qui a un goût prononcé pour tout ce qui fait « geek » et qui a quelques difficultés au niveau de ses relations amoureuses. Nous avons tous un Scott Pilgrim en nous, une partie de nous même qui peut créer des malaises en société et qui ne fait rire que notre petite personne. C’est pourquoi je désire présenter ce personnage singulier pour ceux et celles qui ne le connaitraient pas encore! Voici un bref tour d’horizon du phénomène Scott Pilgrim, à travers quelques bandes dessinées et l’excellente adaptation cinématographique qui en découla en 2010. Examinons pourquoi ce petit personnage né de la plume de Bryan Lee O’Malley marqua l’imaginaire de toute une génération.

Les bédés de Scott Pilgrim (ou la genèse de tout le truc)

Je ne vous mentirai pas, je n’ai en ma possession que les deux premiers volumes de la récente édition couleur de Scott Pilgrim. Le format est très livresque et fait solide. Pour ce qui est des couleurs, les artistes n’ont pas lésé sur le fait que l’univers même de Scott Pilgrim est très coloré, flamboyant et à la limite de la saturation visuelle. La présence du jaune, rouge et orangé de manière violente sur la couverture atteste ce fait. À l’intérieur, les couleurs se font plus sobres, plus terreuses. Maintenant que vous avez une idée de la présentation visuelle, refaisons un tour d’horizon du récit raconté par Bryan Lee O’Malley :

Scott Pilgrim, c’est le jeune adulte ontarien désœuvré typique des années 90’s. En même temps, quelques circonstances font de lui un cas à part. Là est tout le génie de Bryan Lee O’Malley, capable présenter images (1)des clichés de façons fantasmagoriques. Imaginez un jeune homme qui a tout l’air d’un adolescent incompris, vivant dans un sous-sol miteux avec son ami Wallace (homosexuel affirmé selon tous les pires clichés), qui joue de la basse dans un drôle de groupe de musique et qui tente de trouver la femme de ses rêves par tous les moyens.

Le récit débute alors que Scott se met à fréquenter une jeune fille de l’école secondaire (on se souvient que Scott est un jeune adulte). Ses amis le jugent et cette fréquentation devient rapidement un poids dans la vie de Scott. Pourquoi? Parce que Scott va rencontrer la fille de ses rêves (littéralement), du nom de Ramona Flowers. Déjà après quelques pages, Scott Pilgrim cherche à se débarrasser de Knives (la jeune étudiante) et de se rapprocher de Ramona. Jusque-là, tout semble tiré d’une mauvaise télésérie pour adolescent. Pourtant, lorsque Scott va enfin réussir à sortir avec Ramona, il se rendra compte que la jeune femme vient avec tout un passé. Qu’est-ce que cela veut dire? Dans la réalité, ça voudrait dire de simplement apprendre à la connaître et à l’accepter en tant que personne qui a vécu d’autres expériences avant son histoire avec Scott. Dans l’univers de Scott Pilgrim, cela signifie d’affronter un à la suite de l’autre tous les méchants ex-petits amis de Ramona dans une kyrielle de combats épiques et explosifs.

Chaque volume de la série de bédés va donc se concentrer sur un de ces sept gigantesques affrontements. De cliché en cliché, la série va développer des personnages vraiment à mourir de rire que Scott devra affronter pour pouvoir conquérir le cœur de Ramona. Le bédéiste va donc arriver à mettre en scène toute une génération, avec son attachement pour la musique, ses fréquentations et son parlé particulier, en plus de juxtaposer des combats dignes des plus grands jeux vidéo à cet univers. Avec un rythme changeant et une utilisation de la case toujours renouvelée, le récit de Scott Pilgrim devient rapidement addictif, ce qui explique le grand succès de la bédé dès sa parution.

De plus, cette édition couleur comporte quelques notes de Bryan Lee O’Malley ainsi que des croquis originaux, afin de mieux comprendre la genèse d’un tel univers.

Scott Pilgrim vs. the World, le film

Le film de 2010 réalisé par Edgar Wright s’inspire justement de la trame narrative des deux premiers volumes de la bédé, tout en arrivant à condenser tous les sept affrontements contre les ex’s à l’intérieur de 112 minutes. Encore une fois, c’est la couleur et la lumière qui priment dans ce film, qui peut se permettre d’être encore plus volatile et disjoncté que la bande dessinée à l’aide d’effets spéciaux et de mouvements de caméra multiples. Tout un jeu sur l’image est fait afin de rendre compte de la folie de cet univers et de faire un savant mélange entre la réalité et le « fantastique » propre à l’univers de Scott Pilgrim. Des bulles et des mots seront apposés à l’image, pour rappeler la bande dessinée, mais plusieurs effets « jeu vidéo » seront aussi mis de l’avant pour se rapprocher plus d’un public des années 2000’s, par rapport à l’esthétique des années 90’s de la bédé.

Chaque combat sera haut en couleur, en mouvements et en effets spéciaux, pour se rapprocher d’une esthétique vidéoludique et pour inscrire le film dans cette folie de jeunesse que la série de bandes dessinées a voulu mettre en scène. Dans Scott Pilgrim vs. the World, on comprend encore mieux comment, au début de l’âge adulte, ou même pour tout geek qui se respectimagese, la réalité est sans cesse altérée par une dramatisation issue des jeux vidéo qui rend plus importante et plus tragique chacune de nos actions. Le film est une des meilleures mises en scène du combat ultime qu’il faut mener pour faire fonctionner une relation amoureuse à l’aube de l’âge adulte. Avec un Scott Pilgrim joué par Michael Sera et d’autres apparitions comme celle absolument surprenante de Chris Evans, il y a de quoi ancrer l’univers dans sa folie pour de bon. Le cœur parvient souvent à rendre tout le reste sans importance, et c’est ce que tente de le montrer le personnage de Scott Pilgrim, à travers ses combats maladroits, mais sincères pour conquérir celui de Ramona.

De quoi faire plein d’itérations

L’univers de Scott Pilgrim emprunte donc à l’iconographie de la musique, des jeux vidéo et des romans sentimentaux. C’est ce mélange parfait qui fait de ce film et de ces bandes dessinées un cas culturel à part, un extra-terrestre artistique qui ne peut laisser personne indifférent. Pour ceux qui sont intéressés d’explorer encore plus l’univers, un jeu vidéo existe maintenant sur le Playstation Network et le Xbox Live Arcade. Quoi qu’il en soit, ce jeune personnage plein de vie et attachant par ses défauts et son étrangeté incontournable est là pour rester, puisque l’édition bédé en couleurs n’est même pas encore publiée en entier. Six volumes pour sept combats épiques.

Titre : Scott Pilgrim vs. the WorldMV5BMTkwNTczNTMyOF5BMl5BanBnXkFtZTcwNzUxOTUyMw@@._V1_SY317_CR0,0,214,317_AL_
Pays : États-Unis
Année : 2010
Durée : 112 minutes
Genre : Comédie
Réalisation : Edgar Wright
Scénarisation : Michael Bacall, Edgar Wright
Acteurs : Michael Sera, Mary Elizabeth Windstead, Kieran Culkin

Titre : Scott Pilgrim 1 : Scott Pilgrim’s precious little lifescott_pilgrim_vol1
Auteur : Bryan Lee O’Malley
Pays : Canada
Année : 2012 (Originellement en 2004)
Éditions : Oni Press
Genre : Bande dessinée
Pages : 191
Franchise : Scott Pilgrim

Titre : Scott Pilgrim 2 : Scott Pilgrim vs. the worldScottPilgrimColor2 (1)
Auteur : Bryan Lee O’Malley
Pays : Canada
Année : 2012
Éditions : Oni Press
Genre : Bande dessinée
Pages : 223
Franchise : Scott Pilgrim

 

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