Critique : The devil wears prada – Dead throne (CD)

(Par Jérémie Bernard)

Avec une pochette intégrant un livret se dépliant en plusieurs sections représentant soit le logo du groupe, une image noire représentant leur silhouette, des paroles de chansons ou les informations reliées à l’album, cette dernière est très facile à manipuler et rend le tout très dynamique. Le dessus de cet album beaucoup plus mature montre leur représentation graphique d’un trône mort, donc un crâne à l’envers surmonté d’une couronne. Le tout est tout aussi macabre qui bien réalisé. Tout est en teinte de noir, de vert et de blanc, pour une pochette aussi homogène que l’album qu’elle contient.

Le CD en soi représente le logo du groupe, avec les mêmes couleurs. « Dead Throne » se veut le premier album très sérieux du groupe, ayant eu trois autres essais pour peaufiner son style et voir où ils voulaient se diriger avec leur projet. Après le son plus lourd du « Zombi EP », ils ont voulu retrouver cette puissance mixée avec les mélodies célestes les ayant rendus célèbres. Le résultat final donne un album contenant peu d’ingrédients de base, mais une multitude de recettes utilisant ces ingrédients ! Avec ses pièces à ambiance, ces morceaux plus directs et son excellente piste instrumentale, « Dead Throne » devient l’opus sérieux et quasi parfait que le groupe désirait mettre en place.

1. Dead Throne

Pièce titre de l’album, cette dernière met en scène toute la violence mélodique se retrouvant ensuite partout dans l’œuvre. Courte, intense et sombre, cette piste donne l’impression d’un empire déchu, de la fin d’un monde et de la perdition d’une civilisation. C’est donc avec énormément de force brut que « The Devil Wears Prada » entre en scène pour une œuvre cohérente et faisant réfléchir à notre condition d’être humain.

Le clavier n’a jamais été l’élément central de ce groupe « Hardcore », mais les éléments retenus pour la pièce font toujours très bonne impression. Débutant par quelques accords plaqués lors du premier refrain, l’on pourra ensuite entendre des notes orchestrales suivant le « riff » principal vers la fin de la piste, pour un ajout  à la complexité de la pièce et une progression notoire dans la musique malgré la répétition de paroles.

Les guitares surprennent du début à la fin. Ce groupe sait comment profiter de la présence de deux musiciens jouant du même instrument. Il y a toujours de petits éléments à discerner ici et là lors des couplets, des refrains et même des « breakdown ». En mélangeant « riffs » agressifs, mélodies subtiles, notes soutenues et effets stéréo et de volumes, l’auditeur a droit à un travail parfait du côté des guitares, pour une pièce qui offre énormément d’éléments en si peu de temps.

La section rythmique est obligée de suivre toute la violence des guitares pour arriver à la cohérence finale de « Dead Throne ». L’intro à la batterie rappelle ce côté empire militaire  et est reprise à la toute fin de la pièce. Les percussions semblent faites par une armée complète, pour ensuite être plus conventionnelles lorsque la pièce débute réellement. Il y a beaucoup d’arrêts ou d’endroits où la batterie est seule durant quelques secondes, pour un dynamisme qui rend l’œuvre vraiment intéressante même après plusieurs écoutes. La basse passe beaucoup plus inaperçue, mais donne ce côté invincible au son qui ne pourrait être enlevé sous aucun prétexte.

Les paroles de Hranica sont très directes. Le premier élément vocal retenant l’attention est l’incroyable versatilité dans le « scream », donnant au groupe un son unique et très changeant. Allant de sons très graves à des cris aigus et désespérés, le chanteur utilise aussi sa voix claire pour certaines phrases et permet à tout le groupe de scander la phrase finale, comme si l’empire mentionné plus haut se réveillait et parlait ensemble de sa situation. Condamnant le matérialisme, thème principal du groupe, cette première chanson crache au visage de ceux n’ayant pas compris que nous sombrons vers la mort, vers le vide matériel qui ne pouvant être évité maintenant que nous sommes allés si loin.

Restant en tête par son énergie et son thème à donner des frissons dans le dos, le groupe débute en force ce quatrième album à l’aide d’un son plus lourd, d’une très grande recherche musicale et d’une voix beaucoup plus subtile dans son utilisation que bien d’autres groupes du genre. Une pièce mature faite par un groupe mature, donnant des lettres de noblesse à un genre souvent critiqué pour son manque de professionnalisme.

2. Untidaled

Une fois l’introduction terminée avec « Dead Throne », le groupe projette toute sa violence et sa rage vers l’auditeur avec une deuxième piste aussi courte qu’énervée. Sans pour autant être trop rapide, « Untidaled » possède une énergie très soutenue et un niveau d’agressivité frôlant la démence. Malgré tout, la présence d’un excellent refrain et de moments tout à fait mémorables aide à avaler cette pilule de violence et de haine. Portant à la fin un message d’espoir, cette chanson réussie très bien son contrat d’attirer l’attention par une lourdeur déjà toute particulière à l’album.

La sonorité « hardcore » est assumée et prédominante dans la chanson. Le clavier n’est présent que lors des refrains et durant une montée où il utilise des pizzicatos bien placés pour porter le « riff » à son sommet. Mis à part ces quelques interventions, le clavier est très absent sur cette pièce pourtant si chargée en sections et effets différents.

C’est la guitare qui a toute la place dans une pièce aussi provocante. Encore une fois, « The Devil wears Prada » arrive à utiliser une myriade de sonorités différentes dans un morceau très court, égalisant la qualité de la production du début de l’album. Ne se bornant pas à des rythmes violents et quelques « breakdown », les guitares ajoutent à l’œuvre des mélodies, des notes plus aigües et des effets, construisant à chaque instant de moments uniques et d’autant plus appréciés qu’ils sont construits entre des sections beaucoup plus directes et simples à l’oreille. Dosant leur puissance avec brio, les guitares ont le mérite de toujours être au bon endroit au bon moment, créant ainsi cet effet d’exactitude musicale lorsque l’on s’attarde à la construction de la piste.

La batterie fait plus de « fills » que jamais sur cette pièce. Ne gardant jamais bien longtemps un rythme simple, elle use de la pédale double et joue beaucoup de la caisse claire pour ajouter à la violence générale. La basse suit le tout jusqu’à un endroit clé de la pièce où elle répond à la guitare lors d’un « breakdown » très lourd et dénudé. Gardant l’auditeur alerte par des changements radicaux de rythmes ou des silences inattendus, la section rythmique montre à l’oreille musicale tout le talent des musiciens de ce groupe arrivant à renouveler chaque petite section de chaque chanson, rendant l’art de « The Devil Wears Prada » très mobile et pluriel.

La voix débite ses paroles dès la première seconde, mélangeant ensuite cris gutturaux avec voix claires, mais revendicatrices, souvent utilisées par « Killswitch Engage ». Le bassiste chantera le refrain avec toute la puissance dont il est capable, donnant un solide point de repère à l’auditeur noyé dans l’agressivité du départ. Les paroles de Untidaled se veulent prophétiques, parlant de l’éternel combat que certaines personnes doivent mener pour mettre les autres dans le droit chemin. Ce combat, il sera mené par le groupe « Until Dead, (Untidaled) », si l’on veut tirer le tout par les cheveux. Message d’espoir et d’énergie, le chanteur fait la part entre la déception de tout devoir recommencer et le bien que faire des changements lui apporte. C’est jusqu’aux mots que « The Devil Wears Prada » se montre mature et talentueux sur ce nouvel album.

Originale puisque ne se bornant pas à quelques formules déjà vues, « Untidaled » se démarque par un titre totalement inventé, un thème inspirant et des sections musicales musclées et indestructibles. Déjà à sa deuxième piste, l’album est à un niveau de qualité et d’intensité déjà vertigineux, n’apportant que beaucoup d’espoir pour la suite!

3. Mammoth

Questions enragée envers Dieu, affirmations fermes et directes, c’est ce que « Mammoth » projette dès la première seconde. Tout aussi courte que les deux premières pistes de l’album, cette troisième chanson est faite d’une rythmique beaucoup plus simple, mais avec au final la même énergie du désespoir. Un peu plus dans la veine de « Untidaled », cette œuvre accroche par une simplicité volontaire et une lourdeur maintenue depuis le début de l’album.

Le clavier colore la pièce de quelques cordes et quelques « pads » infiniment subtils. Ces éléments demandent plusieurs écoutes pour être proprement discernés, mais expliquent en somme la profondeur de la pièce.

Une guitare montre à l’auditeur aux premières secondes quel rythme sera principalement retenu pour la chanson. En ajoutant quelques éléments à ce rythme, le groupe parvient avec une structure simpliste à créer une pièce tout de même énergisante. Beaucoup de mélodies sont en arrière plan, que ce soit lors des refrains, des couplets ou des « breakdown ». Chaque nouvel aspect de la pièce est introduit comme au début, par une guitare pratiquement solitaire.  Sans s’éloigner d’un style typiquement « hardcore », les guitares de « The Devil Wears Prada » rendent le style plus complexe et riche, notamment sur « Mammoth » où un mix de vitesse permet de bien discerner des éléments cachés a priori.

La batterie ne cache pas son talent, surprenant à chaque détour en doublant sa vitesse pour quelques secondes. La basse laisse sonner ses cordes plus que jamais pour ajouter à la pesanteur lorsqu’une des deux guitares fait une mélodie ou des sons plus aigus. Beaucoup de cymbales peuvent être entendues durant le refrain, ainsi que durant les différents « breakdown » de la pièce, notamment la finale ou des sons vraiment particuliers ressortent de la batterie. Encore une fois, le groupe joue sur les silences pour appuyer leur violence, et le fait bien dans une chanson qui ne laisse pas beaucoup de temps pour raconter son histoire.

Le chanteur parle directement à Dieu, affirmant ce qu’il est et lui posant des questions. La fatalité est encore une fois le thème principal de la pièce, se nommant « Mammoth », mammifère complètement disparu de la Terre depuis longtemps, à une époque glaciale. Les paroles parlent de prise en main, de force, mais oublient l’espoir, laissant au destin l’orchestration du futur. La voix claire du bassiste sauve totalement la pièce avec un des refrains les plus entrainants de l’album. Grâce à ces quelques phrases chantées, tous les cris de Hranica deviennent totalement efficaces et ne perdent pas leur puissance par une surexposition qu’un manque de voix claires aurait pu apporter.

Troisième pièce rentre-dedans de l’album, « Mammoth » ne fait pas baisser le niveau de vitalité de l’opus, mais manque peut être un peu de couches d’éléments pour arriver à la qualité des deux pièces précédentes. Mention tout de même à l’efficacité d’une structure aussi simple par la juxtaposition des bons instruments aux bons moments. Festival des cymbales, gageons que grâce au refrain, « Mammoth » jouera plus souvent que prévue dans tous les lecteurs.

4. Vengeance

Dans la même trame que le puissant début de l’album, la force et la colère de la pièce face à une déception sociale prennent maintenant une forme autre que la passivité. Le temps de la vengeance est arrivé. En prenant la peine de mieux asseoir ses sections musicales, cette piste transpire ainsi une plus grande unité et englobe l’auditeur dans son univers sans aucune anicroche.

Grand retour en force, le clavier sur « Vengeance » fait autant de remplissage que sur « Dead Throne », toujours présent avec quelques accords inquiétants par-dessus le jeu énergique du reste du groupe. Accompagnant souvent une des deux guitares, le clavier ne sera jamais en avant-plan, mais cherchera toujours à enrichir ce que l’on entend, empêchant la chanson de sonner étrangement vide comme certains autres groupes du même genre.

L’introduction est un bel effet stéréo des guitares, pour ensuite retomber dans la lourdeur habituelle de l’album, usant de techniques ressemblant vraiment beaucoup à la première pièce, à savoir un « riff » très lourd accentué par une mélodie lente et étrange pour ensuite retomber dans une rythmique plus simple et suivie par les deux guitaristes, permettant au couplet de se réaliser. Encore une fois, les sections changent beaucoup au niveau de la participation des guitares, préférant souvent se taire ou se faire plus calmes pour revenir en force pour le refrain. C’est dans un des plus provocants élans de violence jusqu’à présent sur «  Dead Throne » que la chanson se termine, le groupe sachant revenir à une simplicité à tout casser, lorsque nécessaire.

La batterie a tout un travail à faire sur cette œuvre, du début à la fin. Elle change constamment de style et de rythme, y allant de dizaines de « fills » et usant de cymbales pour changer de section dans une chanson bougeant à l’extrême. Le rythme incessant qui ponctue les couplets et le « breakdown » final tente d’épuiser l’auditeur par la répétition d’éléments saccadés. La basse ne fait que suivre le tout, explosant parfois en énergie pour la déferler impunément sur les autres instruments. C’est donc sans conteste la batterie qui porte le flambeau sur cette quatrième piste, difficile à suivre par tous les autres instruments tellement elle semble inspirée et pleine de ce désir de vengeance propre à la chanson.

Il est intéressant de se demander si dans les paroles le narrateur parle réellement à quelqu’un d’autre, ou s’il se parle. C’est toute la polémique de cet album : en condamnant toute l’humanité, le narrateur se condamne lui-même, sûrement plus que les autres, n’arrivant pas à rallier son peuple vers le droit chemin. Avec un titre aussi évocateur, il devient alors primordial de comprendre la nature de cette vengeance, qui ne semble pas être directe. Cette dernière se réalise en continuant de se battre, en choisissant la différence. Vengeance contre la conformité dans l’erreur de la société. Gardant le même style vocal, le chanteur continue son bon travail d’équilibre entre ses deux niveaux de voix, en plus de toujours laisser les refrains à la voix claire pour un impact tout à fait « The devil wears Prada ». Il faut noter que le chanteur se permet ici quelques notes sans paroles, déferlant sa vengeance avec plus de liberté que sur les autres morceaux.

La vengeance est douce lorsqu’elle n’attaque personne en particulier. C’est dans ces subtilités lyriques que le groupe parvient à se démarquer et à offrir à ses admirateurs des morceaux efficaces à l’écoute et consistants à l’analyse. Fin du premier quart de l’album, « Vengeance » pousse le niveau de difficulté avec une batterie disjonctée et des effets plaqués au clavier toujours plus nombreux. En variant son intensité pour construire des moments clés, le groupe parvient toujours à surprendre et passer un message de la plus haute importance dans un temps extrêmement limité.

5. R.I.T.

Ce titre s’annonce assez ordinaire avec son introduction très « Hardcore » et bien proche de ce qui fut déjà présenté sur les pistes précédentes. Le niveau d’énergie surprend pourtant, allant rejoindre en qualité et en intérêt l’originalité propre au groupe. Sans être la pièce se démarquant le plus, « R.I .T » prend sa place sur « Dead Throne » sans ajustements ni mauvais rictus de la part de l’auditeur.

Le clavier a droit à quelques petites notes très bien discernables un peu après le début de la chanson, sonnant très « Born of Osiris », pour une ambiance aussi douce qu’inquiétante. Quelques clochettes peuvent aussi se faire entendre au plus fort de la pièce, laissant traîner une impression de profondeur sur le mur d’énergie que « The Devil Wears Prada » arrive encore à constituer avec effervescence.

Les guitares ne font pas que jouer simplement leurs parties, elles coupent leur rythme, se chevauchent et se complètent à chaque petite section de la pièce. Le jeu est vivant par son agressivité excessive et sa qualité de composition. Plusieurs techniques sont encore une fois utilisées, allant des effets studios à des sections ressemblant un peu plus à du « Deathcore ». En faisant sonner quelques notes avant le refrain et en apportant celui-ci de façon originale et remplie, le résultat final devient complet et révélateur d’un grand talent au niveau des arrangements.

La caisse claire est encore plus utilisée ici que sur le reste de l’album, rythmant de façon nerveuse et mathématique le reste des musiciens. En choisissant bien quelles sections de la batterie utiliser, le groupe parvient à rendre différentes des parties identiques aux autres instruments. La basse quant à elle est mise en avant un peu plus vers la fin de la pièce, appuyant la batterie par plus qu’une simple présence, mais bien par une vivacité bien ressentie et des lignes bien spécifiques à jouer.

Les différentes voix perçues durant l’album sont toujours présentes dans leur intégralité sur « R.I .T. ». Ce qui rend la pièce unique, c’est le choix de telle ou telle voix à un endroit précis, ou encore la décision de la mettre seule pendant un instant pour marquer un unique mot d’une certaine importance. Les paroles se détournent un peu de leur caractère religieux pour se concentrer sur soi, sur le narrateur expliquant ce qu’il n’aime pas chez lui, les erreurs qu’il a faites et la nature de ses échecs multiples dans la vie. Peu rassurante, cette pièce se veut une ode aux moments sombres que nous vivons tous parfois à l’intérieur de nous, où le mal est le seul élément visible et calculable jusqu’à ce que nous retrouvions la force de nous relever, nous accepter et affronter la vie à nouveau. L’absence quasi totale de voix claire renforce cette idée de désespoir et de noirceur. Encore une fois, Hranica brasse bien le fond et la forme pour un résultat cohérent, homogène et difficile à cesser d’écouter !

Multipliant bruits étranges à la guitare, effets studios et arrêts d’instruments le temps d’en mettre d’autres en avant, le groupe montre bien la qualité de son travail par un souci de mettre au bon endroit les bons éléments sans jamais surcharger leur musique déjà bien remplie, le style obligeant cette puissance pour passer son message. Dans la même veine que les autres pièces, celle-ci parvient par contre à garder sa qualité sans voix claire et à varier ses sections par l’utilisation de plusieurs mélodies subtiles et l’exploitation de leur clavier. Au milieu de tous ces « shouts » et de ces rythmes soutenus et originaux, il est bien difficile de ne pas comprendre rapidement la qualité de cette œuvre dans un album déjà bien nanti.

6. My Questions

Apogée d’un style à la fois lourd de lyrisme, par les paroles et les instruments, et d’un sens de la mélodie très aigu, « My questions » s’inscrit parmi les classiques en devenir du groupe. Elle se termine dans le temps de le dire, sans que l’on s’aperçoive du temps qui passe. Certaines sections sont les plus douces vues jusqu’à présent sur « Dead Throne », mais le contraire est aussi présent sur cette sixième piste se résumant en un seul mot : Incontournable.

Le clavier semble absent sur cette pièce, mais a subitement droit à une section orchestrale bien à lui, soutenant une section de guitare beaucoup plus simple pour l’occasion, donnant alors à la pièce une dimension tellement épique qu’il en devient difficile de continuer à analyser une fois perdue dans la magie savamment créée par le groupe. Cette petite section seule vient excuser le silence de l’instrument pratiquement partout sur l’album.

Les guitares y vont avec une finesse nouvelle pour le début de la pièce. Une mélodie originale et enivrante est bâtie et apportée progressivement pour ensuite servir d’élément central et rassembleur de la chanson. Cette mélodie attire l’attention, donne le goût d’entendre le reste alors que quelques notes seulement sont jouées. Pour tout le reste, les guitares sont plus simples qu’à leur habitude, permettant une meilleure utilisation du clavier ainsi que des jeux de voix plus subtils. Les sons un peu moins lourds utilisés sont tout de même assez forts pour ne pas ramollir inutilement l’intensité de la pièce. La mélodie du début, il faut le spécifier, n’est jamais réutilisée exactement de la même façon, parfois moins forte, parfois constituée de mêmes notes ou faite avec un son légèrement différent, pour que l’auditeur se sente en terrain connu, mais jamais maîtrisé.

Autant la caisse claire était la marque de commerce de « R.I.T » qu’ici la double caisse reprend le flambeau et montre à tout le monde qui est le maître de ce style de musique. La batterie donne son maximum dès le départ, ne se relâchant que pour créer un accalmi attaqué de plus belle lors d’un retour en force. La basse ne se démarque pas beaucoup, sauf à un endroit où elle semble sur le point d’exploser, endroit très intéressant puisqu’impossible à voir venir lors d’une première écoute. En suivant les accords discordants de la guitare, la basse permet aux « breakdown » de libérer l’agressivité voulue et au refrain d’être assez puissant pour hisser cette pièce parmi les meilleures de l’album jusqu’à présent.

Reprenant de façon plus assumée le thème de la piste précédente, « My questions » élabore sur les interrogations propres à la vie, souvent sans réponses. Emplie elle même de questions, les paroles restent simple, mais gardent un niveau d’images important pour ce style de musique, chose courante pour cette formation américaine. La voix claire du guitariste revient en trombe pour un des meilleurs refrains de l’album, bourré d’harmonies et de réponses entre les deux types de voix en plus d’éternelles répétitions de phrases clés. Marquées par des souhaits personnels et des affirmations mystérieuses, les paroles de « My Questions » sont autant peu nombreuses que réflexives dans leur dimension communicative, ces questions semblant être lancées aux auditeurs, au monde.

Avec une mélodie dont seul un guitariste peut en comprendre aisément sa composition, le groupe frappe dans le mile pour accrocher dès la première seconde son auditeur et l’entrainer dans l’étrange ambiance jouissive de cette pièce. En entendant haut et fort ces questions, on se sent compris et non plus seul au monde avec ses problèmes. C’est comme si le groupe désirait une symbiose entre son public et lui, où aucun des deux ne se sent incompris en partageant ce qui est frustrant dans la vie. Une mise en commun qui fonctionne, car mise en place avec sincérité et soutenue par une excellente chanson laissant tout le groupe se déchaîner pour un fourmillement des sens et de la réflexion personnelle.

7. Kansas

Coupant l’album en deux, cet intermède instrumental y va d’une extrême douceur, sans toutefois quitter le côté épique et réflexif du groupe, et plus précisément le sentiment de fin du monde émanant de « Dead Throne ». C’est précisément sur cette pièce que l’on comprend l’importance de chaque élément composant « The Devil Wears Prada », la voix étant habituellement ce qui ressort le plus du lot. Chaque instrument possède sa partie à lui, sans jamais être laissé de côté par les autres, pour un travail d’équipe se ressentant même après avoir quitté la magie de la salle de composition.

C’est à un festival de sons que l’auditeur a droit ici. Avec une chanson dénuée de voix, beaucoup plus lente et sobre que lors d’une pièce standard, le clavier peut se permettre une présence beaucoup plus soutenue, ses éléments discrets étant beaucoup plus signifiants dans cette pièce ou l’écho et l’ambiance priment sur tout le reste. Cordes, piano électrique, « pads », chœurs, tout y est ! En s’enchaînant aux autres instruments, le clavier semble toujours les porter plus haut, usant de sa finesse pour donner de la prestance aux autres dans une cascade d’effets et de sons. En terminant seul, le clavier achève sa suprématie sur « Kansas », se préparant à laisser la violence du groupe revenir pour la prochaine œuvre.

Les guitares utilisent ici énormément de délais, remplissant la lenteur de cette pièce avec quelque chose d’immortel, une chanson comme témoignage ultime, hors du temps et de l’espace. Un petit rythme de base est utilisé pour ajouter un peu de lourdeur à la pièce, mais les mélodies restent sans conteste l’élément le plus important de « Kansas ». Beaucoup de notes très aiguës peuvent souvent être perçues en même temps, donnant cet effet de communion céleste sûrement recherché par un groupe utilisant si souvent des thèmes chrétiens dans son œuvre.

La batterie et la basse n’ont pour but que de soutenir la myriade de mélodies et de sons faits par les guitares et le clavier, mais se permettent toutefois une section chacun, où ils déchaînent leur talent et font valoir leur présence par quelques passes ou quelques notes au dessus de ce qui aurait été normal d’entendre dans une telle composition. Ces petites sorties de routes rafraichissent la pièce et donnent toujours une saveur intéressante à ce qui est apporté. Lorsque la guitare utilise sa « Wah mi », la basse se fait remarquer, sans qu’aucun des deux éléments n’empiète sur son voisin. Tout est là le travail d’une excellente section rythmique : donner la marche à suivre, mais s’en écarter un tant soit peu une fois le ton soutenu et maintenu.

Quelques mots peuvent être entendus à un moment dans la pièce. Sans que ces mots soient rapportés par écrit, ils constituent un bon ajout à la fragilité et la sensibilité du morceau.

Mettant très rapidement l’auditeur en transe, « Kansas » était la bonne pause qu’il fallait avant d’entendre l’autre moitié de l’album. Il y a tellement d’éléments dans cette piste qu’il en reste toujours à découvrir à chaque nouvelle écoute, et ce, malgré la durée médiocre de la pièce, restant dans les temps propres à l’album. Servant d’accalmie, elle ne laisse pas moins réfléchir à tout ce qui fut traversé au cours des six pistes précédentes, pèlerinage sur soi-même et les autres présenté avec tant de brio par « The Devil Wears Prada ».

8. Born to lose

Retour en force après l’interlude qu’est « Kansas », cette huitième piste est une des plus égales au niveau de l’utilisation de chaque instrument. Sans différer de la première partie de l’album, le groupe continue sur sa lancée énergique et offre à son public une pièce de qualité et un refrain qui en fera chanter plus d’un.

C’est jusqu’à présent sur « Born to lose » qu’il y a le plus d’éléments au clavier. Plus que les éternels accords, beaucoup de mélodies préformées avec des sons différents et rafraichissants peuvent aussi être perçues. Toujours très rapides, ces sections de clavier enlèvent un peu de lourdeur à la chanson pour la faire fructifier en puissance et en complexité. En débutant avec un son et des effets rappelant un peu « Slipknot », James Baney sort de sa zone de confort tout en remplissant aussi avec des cordes et des « pads ». C’est à un clavier complet et très présent que l’auditeur a donc droit sur « Born to lose », pour le plaisir de changer d’environnement musical très souvent grâce à la versatilité bien connue de cet instrument.

Particulièrement agressives, les guitares se déchaînent après la douceur de « Kansas » pour remettre l’album sur son précédent niveau d’intensité d’un seul coup. En simplifiant leur jeu, les guitares semblent plus violentes, mais n’oublient tout de même jamais de reprendre leur style plus mélodique lors des refrains, alors que le clavier s’occupe des mélodies durant les couplets. Il faut noter que les transitions, comme le prérefrain, sont sublimes à la guitare, annonçant tout en différant de ce qui était fait avant, sans jamais que l’on ressente le changement subtil effectué. Il y a même un endroit où les guitares se taisent complètement pour laisser les autres faire avancer la pièce. Un travail qui n’en fait pas trop, en somme, mais qui optimise toutes les décisions prises.

La batterie se contente sur « Born to lose » de reprendre surtout des techniques vues précédemment sur l’album, mais tente tout de même de mouler parfaitement son jeu à ce qui se passe du côté des autres instruments. Le batteur est passé maître dans l’art de faire progresser une section à la batterie pendant qu’elle reste statique aux autres instruments. Cela donne un rythme de base, un rythme de « toms » et un autre à la double pédale pour le même « riff » aux guitares. La basse à droit ici à sa section signature, s’occupant avec le clavier de tout le remplissage. Un travail un peu plus individuel du côté de la section rythmique, mais qui ne se fait jamais sentir lors d’une écoute non attentive de la pièce.

Hranica continue avec ses thèmes un peu plus pessimistes rencontrés dans les pièces un peu avant Kansas. Il parle de la condition d’élévation par rapport à d’autres êtres humains, d’erreurs communes aux hommes. Le refrain chanté par le guitariste fait le travail, comme d’habitude, restant le côté le plus puissant de la pièce. Hranica ne varie pas son jeu plus que d’habitude, offrant à « Dead Throne » un son homogène et percutant. En terminant la chanson seule avec ses derniers mots, le chanteur frappe de plus belle son public avec ses pensées obscures, mais possédant toujours un triste fond de vérité.

Extrêmement riche au clavier et toujours aussi soutenue rythmiquement que les autres morceaux, « Born to lose » continue avec un refrain à tout casser et des guitares au jeu pluriel à offrir aux admirateurs du groupe un album excellent dans son harmonie musicale et sa production permettant à tous les instruments d’être bien discernés dans un mur de son pourtant chaotique à la base.

9. Forever Decay

Débutant sur une brutalité assumée, cette pièce plus simple dans sa structure possède tout de même quelques bons moments, sans pour autant devenir un incontournable de l’album. Nerveuse à souhait, cette œuvre multiplie les montées stressantes pour construire des ambiances à saveur orchestrale et « hardcore ». C’est surtout les changements drastiques de sections musicales qui lui font perdre quelques points au niveau de la production, certaines transitions étant trop facilement perceptibles.

Les sons de cordes sont beaucoup exploités sur cette neuvième piste. Étant toujours présents en arrière-plan, ces sons sont ensuite mis en avant pour deux sections de la pièce, renforçant le côté tragique/lyrique de l’œuvre. La deuxième fois que les cordes sont en avant, la chanson tire à sa fin, allant chercher tout le jus instrumental possible pour créer son univers lugubre. Avec un titre comme « Forever Decay », il faut s’attendre à un désir d’éternité, d’absolu aussi présent dans la musique et très bien retranscrit par un son aussi ancestral que celui d’un orchestre. Un petit piano peut aussi être entendu, se fondant très bien avec tous les autres éléments de clavier déjà en place.

Les guitares de cette chanson n’ont jamais sonné aussi « Hardcore » se contentant du strict minimum, autant rythmiquement que mélodiquement. Elles surprennent beaucoup moins en arrivant avec un produit final plus homogène et calqué sur les deux guitares. Lors des sommets de stress de la pièce, les guitares innovent un peu plus en faisant des notes aiguës et très rapides, sortant de leur ligne principale le temps de quelques mesures. Les guitares sont donc reléguées plus à un travail de fond plutôt que d’avoir le boulot de mettre en place toute l’originalité de la pièce, cette dernière se trouvant du côté du clavier et de la section rythmique.

La batterie se retrouve des défis lors de cette pièce excessivement changeante. Le rythme bouge incessamment, ne laissant jamais dix secondes à la batterie pour se placer et respirer. Cela donne sans conteste l’effet de stress mentionné ci-haut, et donne une impression de recherche, de promenade interminable dans le fait que la musique semble partir dans toutes les directions. La basse aide pour les transitions, mais les coupes un peu trop, sans pour autant que l’effet soit catastrophique. Elle tentera sinon de suivre la batterie le plus possible, une symbiose entre ces deux instruments étant primordiale lorsque les rythmes bougent autant. En passant par les rythmes lents et épiques, les « blasts beats », et la double pédale, la batterie fait un tour du chapeau assez impressionnant sur cette pièce, allant même jusqu’à suivre la voix à certains moments avec sa caisse claire !

Autant cette chanson parle d’éternité, autant le narrateur possède un certain désir d’arrêter de chercher, de mettre fin à cette déchéance interminable. Il continue de penser à un être cher, mais aimerait passer à autre chose. Ce conflit est bien retransmis par la musique et est crié presque à 100% dans le morceau. Le guitariste répétera quelques phrases aux moments les plus tendus, pour ajouter au mal être de l’auditeur qui a l’impression que le monde de la pièce va exploser. Les contraires sont très présents dans « Forever Decay », le meilleur comme le pire étant mentionné côte à côte, le texte d’ensemble faisant vraiment honneur au style de « The Devil Wears Prada » par sa dimension eschatologique et personnelle, reliée à la chrétienté par cette espèce de communication avec l’au-delà qui est toujours mise en place dans la façon d’écrire de Hranica.

Semblant de prime abord se chercher musicalement, l’on comprend bien vite que cette pièce est voulue changeante et énervée, pour représenter cette recherche de soi et ce manque de réponse dans les paroles de la pièce. Sortant tout de même un peu moins du lot, « Forever Decay » offre quelques moments forts comme la montée d’émotions vers la fin où tous les instruments convergent dans le même sens. Il faut écouter plusieurs fois cette pièce pour en comprendre la structure et oublier qu’à la première écoute elle semble constituée de dix morceaux de chansons différentes.

10. Chicago

Deuxième titre d’endroit servant aussi de titre de chanson à « Dead Throne », « Chicago » s’ouvre aussi sur une grande utilisation du délai, comme si les lieux avaient un sens large et céleste pour le groupe. Courte et intense, cette pièce est peut-être celle de tout l’album sachant le mieux retranscrire la douleur suite à une déception et une erreur.

Contrairement à « Kansas », le clavier est beaucoup moins important sur « Chicago », qui devient bien vite plus lourd, n’ayant pas besoin d’effets subtils pour renforcer son univers. N’en reste pas moins que le clavier est là, avec quelques pianos et cordes à des endroits où le son est moins chargé.

Les guitares ont un travail très simple sur cette piste : L’ouvrir, l’apporter à son sommet et la faire redescendre. Seulement deux sections distinctes seront requises pour mener à bien ce travail. Une mélodie acoustique avec délai au début et à la fin, accompagnée par le clavier et quelques accords à l’autre guitare, et une distorsion plus agressive en milieu de pièce pour faire s’élever toute la haine mise en place au début. Une partie de la mélodie du début reste présente lors de la section lourde, obligeant la ligne de guitare à rester plutôt simple pour ne pas perdre l’auditeur dans la progression. Niveau transition, le travail de « The Devil Wears Prada » est ici quasi parfait, les mélodies s’entrecroisant et les sons laissant la place aux autres instruments pour que tout semble constitué de niveaux d’intensité plutôt que de parties séparées.

La batterie reste simple lorsqu’elle s’annonce, mais arrive tout de même sur une passe assez intéressante. Quelques « fills » dignes de Daniel Williams peuvent être entendus avant que le rythme central soit mis en place. La basse ne fait que faire une ligne directe et constante pour ne pas perdre l’intensité de la progression de cette courte chanson. La batterie n’étant pas présente longtemps, elle se devait d’être à la hauteur de son temps d’antenne, ce qu’elle réussit assez bien.

Chicago raconte la fin d’une histoire par sa dernière chanson. Un voile de mystère se trouve dans la nature de cette fin, à savoir si cette relation était avec une autre personne ou la ville elle-même ! Le style de voix de Hranica n’aura jamais été autant à point, criant et chantant à la fois, crachant toute cette douleur avec la force du désespoir et de la déception sociale. Une superposition de cris est faite avant que la section lourde ne se termine, donnant froid dans le dos à l’auditeur ayant ouvert son écoute sur une chanson si calme! La répétition fulgurante de certains mots et le malaise se trouvant dans chaque phrase dite par le chanteur font de cette pièce une balade « Hardcore » si particulière et originale.

Débutant en toute tranquillité pour atteindre un niveau de violence presque aussi élevée que les autres pistes de l’album, « Chicago » se termine sur tout autant d’innocence, mais rajoute des effets de distorsion semblant tirer sur le son jusqu’à le détruire totalement, marquant cette fin annoncée dans les paroles. Encore une fois, fond et forme ne font qu’un pour un groupe qui même dans  une balade si courte sait transmettre toute sa colère et faire passer son message accusateur, mais au fond totalement humain.

11. Constance

Avec un début un peu plus proche du « Death Metal », le groupe sait offrir à son public une autre pièce à mi-chemin entre la lourdeur et la vitesse. Les arrêts et les silences dont le début d’album était saturé sont de retour, pour un effet de surprise toujours efficace lors des premières écoutes. Avec un refrain chanté par Depoyster, le groupe peut s’assurer un succès pour cette pièce de fin d’opus.

Débutant en plaquant quelques notes avec un son clair et cristallin, le clavier aura ensuite une mélodie égyptienne à jouer, allant dans les plates bandes des « Veil of Maya » et « Born Of Osiris » de ce monde. Le clavier se taira ensuite pour les autres sections, ces dernières étant pour la plupart des « breakdown » simples et sans grande profondeur. Il suivra donc les guitares lors des couplets, rendant la chanson un peu plus exotique que les autres vues en milieu d’album.

Les guitares continuent dans leur lancée depuis « Kansas », c’est-à-dire se suivre plutôt que faire deux choses diamétralement différentes. L’effet sonne plus épuré, mais reste simple après plusieurs écoutes, contrairement aux premiers titres de « Dead Throne » qui ont de la matière à analyse pour très longtemps. Un bon point par contre : Les guitares savent ne faire que quelques accords à plusieurs endroits pour laisser à la voix toute sa place. Quelques notes criées avec l’instrument rendent le tout un peu différent et aide à sortir la pièce de cette cacophonie de lourdeur que le clavier peine à rehausser avec des sons trop discrets.

La batterie fait énormément d’arrêts sur « Constance », donnant à l’œuvre une petite saveur « djent » qui, une fois mélangée aux gammes orientales donne une combinaison très peu exploitée et assez agréable à l’écoute, même si l’ensemble manque de mélodie ou même d’originalité dans l’individualité des instruments. La basse ne se fait nullement entendre, restant dans sa ligne, comme tous les autres. Quelques cymbales intéressantes peuvent être entendues pour la batterie, mais rien d’aussi excitant que ce que « Dead Throne » peut offrir ailleurs.

Hranica semble avoir découvert sur cette pièce le malheur de sa solitude, de sa condition qu’il n’aime pas. Contrairement à d’autres chansons, une lueur d’espoir se trouve dans les paroles. On parle de ne plus se souvenir, ne plus savoir être heureux, mais de peut-être le revivre un jour. Mention spéciale à la voix du guitariste, qui atteint des notes vraiment hautes même pour son registre habituel. Malgré son manque de magie générale, les lignes de voix rehaussent l’intérêt de la pièce, notamment par une réponse entre les deux chanteurs et la présence d’effets vocaux et d’une voix grave rarement entendue sur cet album.

« Constance » raconte donc ce sentiment de tourner en rond dans une condition que l’on ne sait pas exactement comment changer. Être mal dans sa peau ne se règle pas dans le temps de le dire, et chaque jour rapproche la personne de l’impossibilité de régler ses problèmes. Arrivant avec un mélange de son assez hétéroclite, le groupe tente ici une chanson qui finalement se retrouve à manquer un peu de magie et de saveur par un rythme un tantinet trop lent entre ses refrains puissants. Malgré un beau travail entre les guitares et la section rythmique, le manque cruel de mélodie n’aide malheureusement pas à marquer l’auditeur.

12. Pretenders

Dirigée directement vers le type de gens que le groupe n’aime pas, « Pretenders » lance au visage une mise en garde mondiale contre les fausses personnes de ce monde. En mettant en place une véritable usine à « riffs », la formation parvient intelligemment à placer ses éléments bien connus de l’album pour mettre sur pied une avant-dernière chanson peu originale, mais tout de même complète en soi.

Quelques chœurs et quelques « pads » au début de l’œuvre viennent agrémenter de façon infaillible l’ambiance signature du groupe. Ces quelques éléments au clavier font toute la différence entre une section vide de sens et un arrière-plan funeste transformant quelques paroles haineuse en une histoire unique et digne d’écoute. Un peu plus de claviers auraient pu être de mise pour arriver à la qualité de production de certains autres titres de l’album, mais chaque utilisation a le mérite de faire son travail.

Les guitares ont ici le plus de travail. En multipliant les mélodies et les rythmes à une vitesse fulgurante, elles arrivent à superposer des sections toujours intéressantes à l’écoute. La progression de l’introduction de la pièce est excellente, les guitares ne plaquant que quelques accords avant de débuter réellement. Une harmonie peut même être entendue un peu avant la fin, accentuant le côté métal de la pièce et délaissant par moment un son « hardcore » se prêtant un peu moins aux mélodies. Les notes aigües jouées au refrain surprennent positivement et la vitesse maintenue du titre rend « Pretenders » vraiment entraînante.

La section rythmique de « The Devil Wears Prada » a aussi beaucoup de boulot sur cette pièce, ayant comme dur mandat de suivre la folie des deux guitares. Beaucoup de transitions sont faites à la batterie ou à la basse uniquement, donnant un peu de notoriété à ces deux instruments et permettant à l’oreille de bien comprendre leur travail acharné. La double pédale atteint une vitesse inégalée à certains moments près de la fin et les « toms » sont beaucoup plus utilisés que sur tous les autres titres de « Dead Throne ». Ce sont ces utilisations brillantes de chaque instrument qui sauve chaque chanson d’un son trop près de ce qui fut entendu précédemment.

La chanson parle du thème principal du groupe. Pour ce qui est de la façon de placer les paroles, rien n’est nouveau, le cri se superpose au refrain chanté et les deux répètent souvent certaines phrases afin d’y mettre de l’emphase. Un peu avant la dernière minute, un effet de voix est ajouté à Hranica, le faisant sonner complètement fou et en perte de repère. Cette petite nouveauté est très rafraichissante et travaille de pair avec l’avertissement lancé par les paroles. On parle de menteurs, de tricheurs, du mal sous toutes ses formes dans un esprit et une personne humaine. Les questions sont à l’honneur, mais le narrateur semble beaucoup plus certain de comment traiter avec ces gens là…

Sans être totalement originale, « Pretenders » parvient encore une fois à réinventer le petit style que le groupe s’est créé à même son album. Avec l’ajout de quelques éléments bien placés, l’on oublie très vite que peu d’éléments s’éloignent beaucoup de la formule gagnante rendant « Dead Throne » aussi homogène et facile d’écoute. Chaque instrument, rendu à ce stade-ci de l’album, a ses propres techniques et particularités qu’il devient amusant de retrouver et de comparer, dans des pièces ayant toujours un petit quelque chose à elles!

13. Hold Fast

Décidément, « The Devil Wears Prada » possédait encore une bonne poignée d’originalité en réserve! Parfaite finale d’un album aussi intense du début à la fin, « Hold Fast » porte l’espoir et les valeurs du groupe avec une énergie sans précédent et une production sans lacunes. Alignant pré-refrains calmes, effets studio et mélodies de guitares, en plus de ne pas laisser de côté son claviériste, cette treizième piste à tout pour ne pas apporter la malchance au groupe.

Le piano a tôt fait de venir seconder la mélodie de guitare enivrante qui est offerte dès le début de la pièce. Ensuite les accords pleins viennent accompagner pratiquement toute l’œuvre, pour un clavier à son meilleur, terminant l’album comme il a si bien fait honneur à quelques chansons tout aussi chargées pour lui. Un son un peu plus électronique est même utilisé à la fin, passage obligé avec toute cette vitesse. Le côté « Hardcore » est peu exploité sur cette dernière chanson, les mélodies étant partout et la vitesse jurant presque avec les derniers titres de l’album. C’est sans contredit le genre de chanson que Baney doit vouloir jouer et rejouer en spectacle,  en voyant à quel point il y est sollicité, jusqu’à quelques secondes orchestrales lors du tout dernier refrain.

La guitare est un des éléments le plus entrainant à écouter. Sortant du manque de potentiel des « breakdown », le jeu des guitaristes est tout aussi rapide que mélodique. Différents sons sont utilisés à travers la pièce, le bon effet se trouvant toujours au bon endroit. Sans pour autant avoir la présence-surprise d’un solo, les éléments de guitares sont aussi poussés que lors des autres très bonnes pièces de l’album. Le tout est facile à apprendre par cœur et s’écoute si bien que la pièce, tout en étant la plus longue de « Dead Throne », est aussi celle qui passe le plus vite à l’oreille ! Le premier couplet est totalement différent de tout ce qui se retrouve sur cet album, mélangeant notes graves et aiguës comme le ferait normalement un groupe « hard rock » à plus basse vitesse. La mélodie d’introduction se trouvant aussi dans les refrains possède le petit quelque chose recherché dans une pièce pour bien la différencier, la reconnaitre et l’apprécier dans son ensemble.

La basse passe presque totalement inaperçue dans cette pièce, à la première écoute. Lorsqu’on s’y attarde, on y découvre tout un travail de pesanteur et une symbiose avec la batterie dans les silences, les accents et la vitesse. La batterie utilise tout son potentiel pour créer des rythmes absolument originaux et bourrés de sons différents. Lorsque le son coupe pour le dernier refrain, l’on se rend compte de la montagne de puissance qui était en branle il y a quelques instants, et on en redemande sur le champ! En travaillant de pair avec les guitares, la section rythmique donne assez de caractère à cette pièce pour la hisser en haut de la plupart des autres titres pourtant excellents de « Dead Throne ». Ces deux instruments en mettent plein la vue pour la finale, tel un feu d’artifice qui n’en finit jamais d’exploser toujours plus haut et plus fort.

L’on peine à ne pas sourire en constatant la force et l’optimisme se trouvant dans ce dernier témoignage de Hranica sur « Dead Throne ». Personne ne sera oublié, il suffit d’être vrai, patient et d’espérer. La fatalité de la mort et d’autres références à l’eau, clin d’œil au déluge biblique se retrouvent écrasés sous la certitude que les écrits restes, tout comme les gestes, et encore plus les grands cœurs. C’est en bénissant Dieu que l’album se termine, après ces paragraphes de haine, d’incertitude et de déception. Le bon l’emporte, voici ce que le groupe tente d’expliquer au monde. Ils y parviennent. Comment? En y croyant au plus profond de leur musique savamment construite.

Invincible finale, « Hold Fast » casse tout, fait tout oublier des moins bons côtés de cet album au son si particulier et maintenu du début à la fin. Les sections s’enchainant à merveille, tout semble calculé pour que la fin arrive trop rapidement, pour en vouloir plus, pour débouler exactement où le groupe veut nous apporter, en se laissant transporter par leur vitesse intrépide et leur lourde puissance faisant rougir bien des groupes du même style. Tout comme le disent les tout derniers mots de cet album, « The Devil Wears Prada » ne sera point oublié, puisqu’il  est impossible d’oublier un travail aussi viscéral d’un groupe de gens ayant un but et des valeurs communes, voulant rassembler dans un message d’espoir et un monde meilleur, plus sain, plus vrai, tous ceux ayant encore espoir en l’être humain.

 

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