Critique de The Evil Within (jeu vidéo)

(Par Pascal Provost)

Qui aurait pu croire que le genre survival horror serait un jour dans une situation aussi précaire qu’il ne l’est de nos jours. Vers la fin des années 90, début 2000, le marché était pourtant envahi par ce type de jeu. Resident Evil, Clock Tower, Silent Hill, Parasite Eve, Fatal Frame et j’en passe. Rien ne semblait pouvoir arrêter les jeux d’horreur. Pourtant, suite au succès massif de Resident Evil 4, les compétiteurs vont adopter son approche beaucoup plus focalisée sur l’action. Cette métamorphose nous amènera d’excellents jeux d’action/horreur tel que Dead Space, sauf que l’aspect principal au cœur du survival horror, le sentiment d’impuissance causé par des ressources limitées et des ennemis souvent redoutables, n’était plus au rendez-vous. Près de 10 ans plus tard, les seuls vestiges du genre ne se trouvent pratiquement plus que sur la scène indépendante sur PC.

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Les fans n’ont toutefois jamais oublié les émotions fortes que ces séries leurs ont fait ressentir et la demande pour un retour aux sources se faisait de plus en plus pressante. Qui de mieux placé que le créateur de Resident Evil, Shinji Mikami, pour tenter de réanimer le genre survival horror qu’il a lui même lancé il y a 20 ans? C’est donc dans cette optique que The Evil Within a été conçu. Ça fait beaucoup de poids sur les épaules d’un seul homme et d’une toute nouvelle franchise!

Le jeu ouvre avec le protagoniste, le détective Sebastian Castellanos et son équipe de jeunes protégés, Joseph et Kidman, alors qu’ils se rendent sur les lieux d’un massacre à l’hôpital de Krimson City. Sebastian se retrouve face à face avec Ruvik, un être puissant aux pouvoirs démoniaques. Il est alors emporté dans une aventure au cœur de l’esprit malsain de cet ennemi dont il ignore tout.

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L’histoire est plus ou moins intéressante. Elle est incohérente par bouts et même une fois le jeu terminé, plusieurs questions demeurent. L’excuse de la réalité malléable de ce monde plus ou moins imaginaire est utilisée pour expliquer la grande majorité des événements, ce qui me semble plutôt paresseux. La performance des acteurs n’aide pas la cause. Le jeu d’ensemble est passable tout au plus, avec des voix blasées qui ne semblent pas très affectées par tout ce qui se passe autour.

Mikami ne pouvait pas retourner trop loin dans le passé et ignorer tous les nouveaux concepts que l’on retrouve dans les jeux contemporains. Ainsi, la jouabilité s’apparente beacoup plus à celle de son chef-d’œuvre, Resident Evil 4, qu’à l’original et ses contrôles de style «tank» qui étaient assurées de frustrer les joueurs peu familiers au genre. Le tir à la troisième personne est bien réussi, même si l’arsenal d’armes à notre disposition est plus que familier. La seule exception étant une arbalète avec plusieurs types de flèches aux différents pouvoirs : explosif, incendiaire, électrique, harpon, etc. On peut même créer des pièges en tirant ces flèches au sol ou sur un mur qui se déploieront une fois un ennemi à proximité. Une des grandes réussites du jeu est sa salle de sauvegarde. Après ses iconiques machines à écrire dans Resident Evil, Mikami nous revient avec une salle à laquelle on accède en regardant dans un miroir. On se retrouve alors dans ce qui semble être un asile psychiatrique. On peut y sauvegarder notre partie, s’asseoir sur une chaise de lobotomie pour améliorer nos capacités et celles de nos armes ou bien ouvrir des casiers avec des clés trouvées ici et là. Ce qui rend cet endroit si particulier est qu’il est étroitement rattaché au reste du jeu et se métamorphose constamment de façon plus ou moins subtile. On ne se sent donc jamais complètement sain et sauf., il y a toujours ce mélange de malaise et de tension que l’on éprouve, chose rare dans le monde du jeu vidéo où le moment de la sauvegarde est habituellement celui ou l’on fait retomber la pression après un moment intense.

B

The Evil Within est vraiment un jeu qui se sépare en deux parties bien distinctes. Les chapitres 1 à 8 sont excellents. Tout ce qui a fait le succès du survival horror s’y retrouve. Des ennemis grotesques et uniques, une atmosphère remplie de tension et d’appréhension et des ressources très limitées pour notre maigre arsenal. On cherche des solutions créatives aux situations qui nous sont présentées de façon à économiser nos munitions. L’approche silencieuse est souvent la meilleure et si jamais ça tourne mal, on peut toujours prendre nos jambes à notre cou. C’est donc vraiment dommage que la deuxième moitié du jeu s’éloigne de ces facettes pour mettre l’emphase beaucoup plus sur l’action. Même les environnements des chapitres 9 à 15 deviennent de moins en moins lugubres. Les zombies ont soudainement des armes et des gilets pare-balles de façon à augmenter la difficulté de façon superficielle et paresseuse. L’approche silencieuse devient soudainement beaucoup plus difficile, voir impossible. Plusieurs créatures régulières, pièces et bosses vous tueront d’un seul coup. Les mêmes minibosses reviennent nous hanter sans arrêt, même après avoir été tués plusieurs fois, ce qui leur enlève ce qui les rendait spécial la première fois. L’emphase est donc de moins en moins sur la survie et beaucoup plus sur l’action et sur certaines scènes scriptées. Devoir répéter ces scènes plusieurs fois car on y meurt dès la première petite erreur devient frustrant.

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L’expérience est donc vraiment en deux teintes et votre appréciation globale du jeu dépendra de vos attentes. Si vous vous attendez à un jeu qui va révolutionner et raviver le genre, vous serez déçu. Sans être mauvais, The Evil Within n’arrive pas à atteindre le niveau d’excellence qu’a pu atteindre Resident Evil dans le passé. C’est un bon jeu d’horreur qui vous donnera des sueurs froides dans sa première moitié mais qui se transforme presque exclusivement en jeu d’action vers la fin. C’est bien dommage car s’il avait pu garder the-evil-within-1son style du début à la fin, on parlerait sans doute d’un retour fracassant pour le survival horror.

 

*Jeu complété à la difficulté Survival en 17h avec 52 morts sur PS4.

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