Middle-earth : Shadow of Mordor (critique)

(Par Pascal Provost)

L’oeuvre de Tolkien fait rêver ses fans depuis près de 80 ans maintenant. La sortie au cinéma des trilogies du Seigneur des Anneaux et du Hobbit n’ont fait que raviver l’intérêt de la population générale pour la Terre du Milieu. Plusieurs tentatives ont été faites par le passé de recréer ce monde imaginaire fantastique grâce aux jeux vidéos, avec des résultats plus ou moins mitigés. Certes, l’excellente version Lego de Traveller’s Tales était très réussie, mais on rêvait depuis longtemps de pouvoir explorer ce monde riche et détaillé dans toute sa splendeur. Warner Bros nous fournit un vaillant effort en ce sens avec leur dernier opus, Middle-earth : Shadow of Mordor.

Pour la première fois, on accorde un budget AAA pour le développement d’un jeu basé sur le Seigneur des Anneaux et le résultat est très impressionnant pour une nouvelle franchise. Mélangeant savamment des éléments de plusieurs séries établies, Shadow of Mordor réussi à créer sa propre identité grâce à son innovateur Nemesis System.

Un antagoniste fort et charismatique est un élément important qui aide certains jeux à se démarquer du lot. Si l’ennemi principal, The Black Hand, est tout sauf intéressant, le Nemesis System nous permet de créer nos propres rivalités parmi la horde d’orques présent dans l’univers du jeu. L’armée des orques est en effet composée de plusieurs capitaines et chefs de guerre qu’il est possible de confronter dans des combats personnalisés par nos propres aventures. Eux-mêmes se s’affrontent dans l’espoir d’améliorer leur rang et le joueur peut intervenir pour en influencer l’issue. Cela permet de créer un environnement où nos actions ont des répercussions sur la chaîne de commandement et à chaque joueur d’avoir son propre ennemi juré. Si un pion vous tue, il devient un capitaine grâce à la renommée acquise lors de votre mort. La prochaine fois que vous croiserez le fer, il se souviendra de vous et si par chance il vous tue à nouveau, il deviendra encore plus puissant, gravissant les échelons jusqu’au rang de chef de guerre. Il est donc important de chercher à découvrir les forces et les faiblesses de nos ennemis en interrogeant les orques et les capitaines qui sont vaincus avant de les exécuter.

Cela peut nous permettre d’exploiter les craintes et faiblesses des plus puissants guerriers de Mordor. Par exemple, un chef de guerre peut être protégé par plusieurs gardes du corps qu’il est important d’éliminer avant de tenter de s’en prendre à lui pour éviter d’être débordé et défait. De plus, il pourrait être immunisé contre les attaques à longue portée, mais avoir une faiblesse face aux attaques discrètes et furtives, permettant de l’éliminer d’un seul coup. Tout cela crée un système qui est encore plus intéressant que l’histoire principale du jeu, dans lequel il est facile d’investir plusieurs heures pour véritablement façonner une expérience personnalisée unique à chacun d’entre nous.

Pour le reste, Shadow of Mordor emprunte librement à plusieurs grosses franchises établies, notamment Assassin’s Creed pour son monde ouvert et l’escalade des structures et falaises composant ses deux zones à environnement ouvert. Le combat est tiré directement de la série Arkham, également publiée par Warner Bros., avec des icônes qui apparaissent au dessus de la tête des attaquants ennemis qui doivent être pesés à temps pour éviter de subir des dégâts. Le tout forme un ensemble cohésif où il y a plusieurs manière d’approcher chaque situation. Comme il est possible de débarrer plusieurs habilités en cours de route, le combat demeure frais du début à la fin, même après la trentaine d’heures qu’il vous faudra pour compléter l’entièreté du contenu offert par le jeu.

L’histoire suit Talion, un ranger qui voit son fils et sa femme assassinés par le Black Hand of Sauron avant d’être tué lui-même. Toutefois, pour une raison qu’il ignore, la mort le rejette et il se retrouve coincé avec l’esprit d’un elfe qui le hante et lui donne des pouvoirs surhumains au combat. Découvrir l’identité de cet elfe représente sans doute l’aspect le plus intéressant de la trame narrative, le reste n’étant qu’une quête de revanche des plus communes. Beaucoup d’attention est toutefois porté au style et à l’héritage littéraire de Tolkien, ce qui enchantera très certainement les fans. Côté continuité, l’histoire semble se dérouler après la découverte de l’anneau par Bilbo, mais avant le début de l’aventure de la Communauté de l’Anneau. On y voit Gollum cherchant frénétiquement son «précieux» et on y retrouve plusieurs références à des personnages importants de l’oeuvre de J.R.R Tolkien. Les environnements sont malheureusement limités à deux seules zones de dimensions moyennes. Sans s’attendre à pouvoir voyager d’un bout à l’autre de la Terre du Milieu comme dans Lord of the Rings Online, il aurait été bien d’avoir un peu plus de diversité, vu la richesse de la source d’inspiration. Peut-être un léger manque d’ambition à ce niveau.

Les excellents Troy Baker et Nolan North continuent leur quête d’apparaître dans l’entièreté des jeux jamais produits. Baker est méconnaissable dans le rôle du protagoniste Talion alors que North n’a que quelques lignes dans son rôle du Black Hand. Les orques sont également très bien représentés, avec une tonne de dialogue et de voix différentes, tellement en fait que je n’ai pas souvenir d’avoir vu l’un ou l’autre répétés lors de mes sessions de jeu. La musique étant malheureusement très peu présente et largement oubliable, le son devenait doublement important et heureusement s’acquittait de la tâche de façon admirable. Une mention spéciale aux tambours et cris primaux personnalisés pour chaque nom d’orques qui annoncent leur arrivée dans la mêlée.

Il n’y aucun doute que Middle-earth : Shadow of Mordor représente l’un des, si ce n’est le meilleur jeu tiré des romans de Tolkien. Le jeu est solide dans toutes ses facettes et j’espère vraiment que ce n’est pas la dernière fois qu’on entendra parler du Nemesis System. Il y a encore place à amélioration, mais quand on considère la source, il est facile de réaliser que les possibilités sont infinies et qu’une suite avec une ambition plus grande pourrait être le jeu que les fans attendent depuis toujours. Si vous êtes fan du Seigneur des Anneaux, vous ne regretterez pas de lui donner une chance!

*Critiqué avec une copie en vente au détail, temps de jeu d’environ 31h avec un taux de complétion de 100%.

Votre opinion?

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s