Critique CD : Stal – Gone EP

(Par Jean-Maxime Touzel)

Encore la musique d’aujourd’hui rend hommage à Hurry Up, We’re Dreaming, dernier album du populaire groupe M83.  Certains artistes tels Porter Robinson n’hésitent même pas à afficher l’influence puissante du groupe au sein de leur plus récente sortie.  On peut ainsi affirmer que le groupe est au sommet de son jeu.  Imaginez-vous alors la difficulté de se départir d’un projet musical aussi ambitieux et adoré pour en amorcer un autre sans se faire inévitablement comparer au groupe en question. 

C’est précisément ce que Pierre-Marie Maulini tend à faire au travers son nouveau projet, STAL, qui fait naître sa discographie avec un nouvel EP : Gone.  Il faut toutefois affirmer tout de suite l’inspection scrupuleuse et pointilleuse sous laquelle se trouve cette publication, sujette à une critique sévère qui ne fait que refléter le potentiel incommensurable d’un projet de la sorte, tout droit découlant de l’ingéniosité de M83.  Or, en dépit de toutes les formes de sévérité, le premier EP de STAL arrive non seulement à se départir de tout ouvrage de M83, mais arrive à le faire de façon brillante.  Peut-être pas par des mesures draconiennes, mais avec une subtilité qui se traduit à merveille.

C’est d’ailleurs cette subtilité qui joue en la faveur du groupe et qui donne une maturité à chacun des morceaux de l’ouvrage.  D’abord, le morceau éponyme nous ouvre vers la vision de Pierre-Marie Maulini qui se partage entre une production méticuleuse et la voix du chanteur qui danse jovialement entre la douceur et l’entrain.  Gone tend à piger à plusieurs endroits, parfois dans les morceaux d’Ellie Goulding, de Flume, parfois mêmes dans les morceaux les mieux connus de M83, mais il reste assez diversifié pour ne pas tomber dans la paresse ou le manque d’originalité et pour être remixé par quatre artistes.  Le premier d’entre eux, Aashton, découpe le morceau intelligemment pour l’adapter à forme presque méconnaissable de garage house qui tend vers le minimalisme.  Le second artiste, Cubenx, est davantage percussif que les autres morceaux, mais trop ambiant pour être joué dans les clubs.  C’est une forme originale qui use davantage du morceau original que l’a fait Aashton.

À ce point, on souhaiterait entendre avantage de STAL ou sein de son propre EP, par rapport aux autres artistes.  La contribution de Kelpe, par exemple, est moindre parmi la panoplie de morceaux qui  s’accapare Gone avec plus ou moins de diversité.  Lui-même se trempe dans les terrains explorés par LFO, mais plutôt que de prendre une direction plus frappante et puissante, elle revient vers le morceau original sans s’en départir efficacement.  On peut ainsi difficilement parler d’un remix plus que d’une modification légère.  Quant au remix de Kelarbi, cette version est celle qui se joue plus facilement dans un club, mais qui s’approche le plus d’une version paresseuse de Gone avec des percussions plus fortes et un rythme légèrement accéléré.

Pourtant, affirmer que le tout global est boiteux serait d’une fausseté sévère, surtout puisque jumelés, les morceaux ne font que complimenter les compositions originales du groupe, autant par la forme d’hommage que de réinterprétation.  Néanmoins, c’est Like You Do qui fait briller l’EP dans tout son potentiel.  Par son ambiance détendue, pourtant poignante, s’exaltent pleinement les idées de STAL, sonnant enfin réellement à la tête d’une sonorité nouvelle.  Le morceau lui-même nous laisse désireux d’en entendre plus, en nous laissant toutefois béats et sereins.

La lacune principale de l’EP Gone se trace ainsi très facilement : parmi un ensemble garni de la même idée rhabillée de plusieurs manières retrouve-t-on trop peu d’idées propres à STAL.  Seulement deux morceaux, même si friand de génie, ne semble pas assez pour déclarer la carrière du groupe comme étant pleinement amorcée.  Gone apparaît de cette manière comme une introduction, une présentation courte, mais mémorable d’un groupe qui se forme peu à peu.  L’ouvrage, dans son ensemble, reste une grande partie de répétition, un trop bref avant-goût d’épiphanie : Gone n’a parcouru que la moitié du trajet pour être un des meilleurs EPs de l’année.

Morceaux les plus aimés : Gone, Like You Do

Morceaux les moins aimés : Gone (Kelpe Remix), Gone (Kelarbi Remix)

Pour suivre STAL : https://www.facebook.com/STALofficial

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