Critique CD : « Yes » par Jason Mraz

(Par Marie-Pier Boursier Soucy)

Jason Mraz se passe de présentation, du moins je l’espère. Autrement, Wikipédia fera le travail si vous êtes un ou une des rares à ne pas le connaître. Peut-être avez-vous eu la chance de visionner et écouter les quelques vidéos live de certaines pièces présentes sur son nouvel album avant sa sortie le 15 juillet dernier? Pour ma part, je n’en ai pas manqué un! L’attente fut ainsi moins longue, mais encore plus intense suite à mon intérêt ascendant.

Après avoir collaboré avec le groupe indie de LA, Raining Jane, pendant plusieurs années, entre autres pour la fabuleuse Beautiful Mess, Jason Mraz a décidé de concrétiser maintenant cette collaboration par un nouvel album commun. Je ne pouvais pas me permettre de ne pas aller jeter un coup d’œil à ce quatuor féminin. On voit que c’était déjà un groupe solide puisque leurs voix s’harmonisent tout simplement parfaitement. Le mariage avec celle de Jason Mraz est ainsi sublime. Je dois toutefois admettre avoir eu peur de perdre son essence en faisant une telle collaboration, étant une admiratrice finie de l’artiste et des valeurs de l’homme qu’il est, mais mes craintes se sont rapidement résorbées. Deux douceurs qui se complètent à souhait!  Il ne perd pas le gouvernail, mais ses matelots sont loin de passer inaperçues!

Pourquoi « YES! » comme titre d’album? Selon les entrevues que j’ai écoutées, Jason Mraz mentionne que ce dernier a plusieurs significations. Premièrement, il fait testament du marijm-1000x1000age entre lui et le groupe Raining Jane. Un mariage dont la cérémonie se termine par un mélange savoureux des personnalités de chacun. Aussi, Mr. A-Z ajoute que le mot « oui » est selon lui celui le plus positif qui existe, et à bien y penser, il n’a pas tort. La positivité ne peut que lui coller parfaitement. Fidèle à ses habitudes, il a écrit encore des chansons lumineuses pour passer par-dessus ses propres moments difficiles et pour transmettre un message d’espoir, d’humanité, de bonheur et de véracité; non pas pour camoufler la réalité, mais plutôt l’enjoliver à petites doses.

L’ai-je aimé? « YES, I do »! C’est comme retomber continuellement amoureux à chaque 4min.30. Ce genre de sentiment qui nous donne envie de sourire pour aucune raison concrète (et qui réussit d’ailleurs). Ce genre de sentiment qui nous donne envie de partir en roadtrip par une journée ensoleillée, les fenêtres baissées. Et lorsqu’on se dit quasiment « enfin, une chanson juste correcte que je pourrai critiquer », un voilier égaré, eh bien non!  Jason Mraz et ses demoiselles arrivent à nous surprendre au cours de la chanson pour lui redonner vent. Comme si chaque instrument nous parle; ils ont leur place et font progresser les pièces jusqu’à leur arrimage. On vogue d’une pièce à l’autre, sans se faire prier, sans s’essouffler. C’est purement réconfortant.

Les pièces

Dès Rise, l’introduction, on nous place dans l’ambiance aérienne, douce et harmonieuse de l’album grâce aux voix, au piano et au violoncelle. Elle a été créée pour enchaîner parfaitement avec la première pièce : Love Someone.

Love Someone : Calme, mais rythmée à la fois. Elle exprime que lorsque nous aimons quelqu’un, cet amour nous revient toujours; c’est un rêve éveillé. Le bonheur de trouver quelqu’un avec qui ce n’est plus compliqué, quelqu’un qui ne nous fait plus toucher terre ni mer. C’est plus que d’être des amoureux, mais aussi des amis. Les points forts : les vocales, les percussions ainsi que les paroles.

Hello, You Beautiful Thing : Une de mes favorites. Du pur Jason Mraz dès les premières secondes. De plus, les vocales la ravivent à souhait. On l’aime tout simplement parce qu’on a besoin de se faire dire parfois : « I know, I know it’s gonna be a good day. Hello, You Beautiful Thing. ».

Long Drive : Certainement encore une de mes favorites. Non pas nécessairement pour ses paroles purement romantiques et authentiques  du désir que chacun a vécu de vouloir arrêter le temps puisque nous sommes trop bien avec une autre personne, de : «  Drive a little bit slower.  I rather stay with you. We can take the long way out to the country out of the town. Let’s get lost, I don’t want to be found […] », mais pour son tout. La guitare, les percussions et le synthétiseur n’y demeurent pas en arrière-plan pour notre plus grand plaisir.  Le breakdown progressif dans la chanson est d’ailleurs sublime et nous donne envie de la mettre continuellement sur repeat. D’ailleurs, c’est à se demander si cette section accélérative n’est pas voulue pour exprimer musicalement le désir de vouloir profiter de chaque instant avec excitation et n’en manquer aucun. Une urgence de vivre.

Everywhere : À la première écoute suite à l’achat de l’album, il s’agissait de la première pièce que je n’avais pas eu la chance d’écouter avant sa sortie via les nombreuses vidéos offertes en preview. Je fus immédiatement accrochée dès le départ par les riffs de guitare et de basse ainsi que les vocales, sans compter la cadence du parlé de Mr. A-Z. Puis, c’est la profondeur et la sagesse du violon qui m’ont renversée lors du breakdown. Et les paroles sont oh combiSem+título+1en bonnes! « If I wasn’t a ghost, I couldn’t walk into you. If I wasn’t the snow, how could I fall for you? If I wasn’t a songbird, how could I call to you? If I wasn’t a fly on the wall, I wouldn’t know all about you. I’m everything in everywhere. Can you see me in your own reflection? I’m deep within the molecules of the air that you breathe and all the subatomic supersonic spaces in between. I’m everywhere. ».

Best Friend : Une chanson qu’on pourrait dédier à toute personne spéciale dans notre vie qui par leur simple présence et personne, nous amène à être meilleur à n’importe quel moment, les bons comme les mauvais. Une chanson touchante que l’on écoute vraiment.

Quiet : Dès la première phrase ( « One, two, I want to hold you »– ses jeux entre les mots et les sons sont bien encore présents!) et les premiers riffs de guitare (un rythme qui revient lors des refrains et qui est fort accrocheur), on plonge dans une quiétude irrévocable. Comme le titre, Quiet est une pièce très douce avec une utilisation simpliste des instruments pour laisser davantage place aux paroles et à la voix. « Empires rise, empires fall. Will you be my constant through it all? I will hold your hand and watch the world spin madly around this life we’re in. Oh yeah everything goes quiet when it’s you I’m with. ». Petite note: vous me trouverez peut-être étrange, mais le rythme au début du refrain me faisait penser à Comme des enfants de Cœur de pirate.

Out Of My Hands : Un peu plus folk-country, la musique et la voix, avant même d’écouter les paroles, nous amènent dans une atmosphère plus triste. Lorsqu’on écoute les paroles, tout se concrétise. On comprend qu’il s’agit probablement d’un malentendu ou d’une rupture et des regrets qui s’en suivent. « Was it something I said, something I did. It must be over my head, I didn’t quite understand it, but now it’s out of my hands, it’s out of my hands. I’m sorry for the way you must feeling about. » Jason Mraz sait complètement intégrer et transmettre l’émotion de ses chansons…

It’s So Hard To Say Goodbye To Yesterday: Progressivement, ils nous amènent à laisser de côté la nostalgie et faire de demain un nouveau jour. Il faut plutôt se prendre soi-même en main et « to be my sunshine after the rain ». À l’écoute, on se croirait par moment dans une église…

3 Things : Après la recette de Life is wonderful de son album Mr. A-Z,  il nous donne maintenant ses trois ingrédients secrets pour pouvoir  passer par-dessus les moments difficiles.  S’il n’a pas trouvé la recette du bonheur, il sait du moins nous la partager. Le rythme, les percussions et l’usage de l’ukulélé nous rappellent les îles, mais je dois avouer préférer de loin Life is wonderful!

You Can Rely On Me : La parfaite balade lors des mauvaises journées pour se rappeler que peu importe la profondeur à laquelle on peut se noyer, le jour suivant ou le prochain, une personne ou quelque chose nous ramènera à la surface pour continuer de nager parce que la vie est comme tout plan d’eau : elle offre ses plus pires tempêtes et ses plus beaux couchers de soleil. Cette chanson peut parfaitement faire office de ce quelque chose.

Back To The Earth: Bon, est-ce que les chants des coqs étaient réellement nécessaires en prélude? Je ne pense pas. Il en demeure que certains passages du restant de la chanson demeurent somme toute intéressants. Un rappel d’être en paix avec soi-même, les autres et la Terre; ce qui est une valeur prônée par Mraz. Un retour aux sources et un rappel de la chance que nous avons jusqu’à ce jour d’avoir encore des plans d’eau où on peut encore se baigner, des forêts où on peut se promener nus pieds, etc. Une chance qui se trouve à être un devoir de tous d’entretenir, d’aimer et de protéger.

A World With You : Bien que différente de la sonorité originale de Jason Mraz, A World With You est une pièce qui se veut balade enveloppante. Dans une douceur miroitante d’un lac tranquille, elle s’écoute avec une facilité déconcertante.

Shine : Un petit trésor des fonds marins qui termine l’album avec une vague de nouveauté avec ses percussions et ses influences musicales indiennes fortement dues à la présence d’un sitar. En revenant avec sa voix chuchotée, il nous dit tout bas de toujours veiller sur les gens qui nous sont chers, de même que nos confrères, même inconnus. Peu importe où nous sommes, le soleil se lève pour nous, faisons de même entre nous. Un autre rappel que nous ne sommes jamais seuls, peu importe les moments. « Think of the people that you love the most. Send them your light and hope it glows. Say I will shine on you, I will shine on you. No matter the distance, the space, or the time. Love travels in the speed of light. I will shine on you, I will shine on you. ». De plus, la comparaison avec le soleil et la lune au début est superbe, aller l’écouter…  Et au fil des écoutes, j’ai cerné que cette chanson ne pouvait qu’être mise en dernier. On se croirait à la fin d’un spectacle, où on dirait que toute l’énergie de chacun (autant des instruments) se rassemble et explose exponentiellement parce qu’on sait que la fin approche et qu’on désire tout donner pour certifier que cette soirée fut un événement hors du commun. Vous savez, cette finale où on sent que notre âme et notre cœur s’élèvent, frissons en prime. Où on prend le large pour un dernier instant.

Définitivement (et comme pratiquement tous ses albums), un cd qui s’écoute parfaitement en voiture l’été ou simplement pour ajouter une coche instantanée de plus à notre bonheur. Ou encore, le genre de CD qui nous donne envie de fermer les yeux, se laisser voguer par les vagues de bonheur, d’amour, de réconfort et ne plus se préoccuper d’aucun souci. Un effet guérisseur (et non je ne parle pas de la chanson Remedy!) immédiat! Sinon, puissiez-vous l’écouter en soupant entre amis ou en famille autour d’une bonne bouteille.

Points faibles :

  • La musique de certaines chansons est particulièrement forte, ce qui fait qu’on ne peut monter le son comme on le désire pour vivre davantage la pièce (ex. : Long Drive, Best Friend, Out Of My Hands ).
  • Pour certains, le style typique antérieur de Mr.A-Z pourrait nous manquer puisque l’album est encore plus romantique et plus doux; il y a moins de chansons rythmées « hop la vie » avec un beat
  • Les vocales, bien que fortement intéressantes, sont souvent semblables d’une chanson à l’autre.
  • Les pièces qui m’ont le moins accrochée (mais encore, on s’entend…) : 3 Things et Back To The Earth.
  • Le fait de ne pas avoir les paroles dans le livret inclus avec l’album

Points forts :

  • C’est –pratiquement- du pur Jason Mraz comme on l’aime.
  • La plus grande douceur générale de l’ensemble de l’album comparativement aux anciens.
  • La positivité toujours présente dans ses pièces.
  • Leur générosité : 14 pièces offrant un total de plus de 50 minutes de voyage continu.
  • Mes coups de cœur : Everywhere, Shine, Hello, You Beautiful Thing, Long Drive ainsi que Love someone.
  • La beauté du concept visuel ainsi que le caractère environnemental du boîtier.
  • C’est Jason Mraz, vous l’ai-je dit?

Bref, avec une note cumulative de 8.8/10, je vous conseille très fortement de jeter l’ancre sur « YES! ».

P.S Ils seront à Montréal le 7 octobre prochain à la Place des Arts.

Le choix fut extrêmement difficile, mais en raison de la beauté du vidéoclip, je vous laisse vous accoster sur Love someone

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