Osheaga 2014 : Jour 3

(Par Jean-Maxime Touzel)

Nous étions sensés voir Wake Owl, l’une des meilleures découvertes parmi la liste d’artistes initiale.  Or, le groupe n’aura pu être présent et nous savons devoir commencer par Hey Rosetta!  Leur nom est ridicule, mais nous savions qu’ils performaient d’une façon qui ne l’était pas.  Plusieurs personnes affichent clairement leur enthousiasme, plus qu’à l’habitude.  Il est facile d’observer plusieurs bracelets exclusifs à la journée plutôt qu’à la fin de semaine, encore facile de comprendre que c’est parce qu’on se rue à la présence d’Arctic Monkeys, le groupe qui en fait rêver plus d’un et qui, pour plusieurs, justifie la présence à Osheaga.

Hey Rosetta!

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Nous avons manqué de trop peu le groupe dans sa performance complète.  Heureusement, les meilleurs morceaux ont été gardés pour la fin, au plaisir de ma copine qui prenait réellement plaisir à la journée qui l’attendait, ses artistes préférés tous compris au sein de cette dernière journée.  Le groupe ne déçoit sans trop surprendre : la journée ne fait que commencer et nous savons que plusieurs perles nous attendent; inutile alors d’être déçu.

Travis Scott?

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L’artiste est en retard, chose qui surprend très peu dans cette programmation effrénée.  Plutôt, cependant, que de laisser la scène vide, un DJ prend sa place, un DJ qui comprend tout à son public.  La petite foule qui se trouve à la scène Verte prend un plaisir incroyable aux classiques de hip-hop jumelés aux succès modernes et justifiés des dernières années.  Simons Says de Pharoahe Monch trouve aussi bien sa place que Higher Ground de TNGHT ou Lucifer de Jay-Z avec Blood on the Leaves de Kanye West.  Le résultat est gratifiant, réfléchi ainsi que l’une des présences les plus surprenantes du festival.

Kodaline

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Nous quittons cependant prématurément pour nous rendre à l’évènement discret qui en aurait fait rêver plus d’une : avant leur spectacle sur la grande scène, Kodaline se dirige vers une petite table sur laquelle ils donneront un petit concert privé de deux chansons.  En nous installant pour les attendre, deux amies nous rejoignent avec la petite foule d’une quarantaine de personnes.  Quand le groupe arrive, ils ne perdent pas une seconde avant d’interpréter deux de leurs meilleurs morceaux : Love Like This et All I Want.  C’est le rêve comblé de toutes les petites adolescentes qui se réalise devant moi, je me sens ainsi déconnecté maladroitement du public, surtout en sachant que j’adore le groupe au point de connaître toutes leurs chansons.  Ils luttent avec leur voix naturelle contre le son puissant qu’émanent les autres scènes.  Nous décidons donc de les accompagner alors qu’ils ricanent en se moquant des circonstances.  Une fois finis, ils repartent aussitôt alors que nous faisons de même, le cœur léger, jusqu’à Vance Joy à la scène des Arbres.

Vance Joy

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Trop de gens s’y trouvent pour la capacité de la scène, nous n’arrivons ainsi pas à voir l’artiste.  Nous l’entendons pourtant et savons pertinemment le plaisir que la foule déjà trop présente ressent, en particulier lorsque Vance Joy débute Riptide, la seule chanson que tout le monde semble connaître.  Elle est pourtant si bonne qu’elle justifie une présence à la scène elle-même.  Son énergie est virulente, son atmosphère agréable : nous dansons avec elle au risque d’avoir l’air d’une paire de crétins.

Portugal. The Man

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Déjà là douteux du résultat, surtout après l’écoute des premières notes affreuses de leur succès le plus populaire, Modern Jesus, nous restons craintifs à la performance de Portugal. The Man sur la scène de la Rivière.  C’est en débutant que nous nous donnons raison d’avoir douté de leur talent : en jouant des morceaux déconnectés des envies réelles des gens, le groupe ne semble pas comprendre la foule.  Nous déguerpissons.

Tchami

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Je souhaitais trouver un remplacement réel à la déception d’hier commise par Gesaffelstein, déjà devenu mon pire ennemi.  L’artiste ayant comblé ce rôle n’était nul autre que Tchami au potentiel exemplaire.  Il adopte un son nouveau et le présente avec grâce : son set comprend Fuck That par Skrillex, puis H.T. par Alesia, puis je retrouve complètement espoir.  Car ces deux morceaux sont ceux que j’attendais, ceux que j’espérais, mais n’ai jamais reçus.  Eux-mêmes, pourtant, ne se mesuraient pas à la qualité des morceaux de Tchami eux-mêmes, surtout ses remix de You Know You Like It d’Aluna George et Turn It Up de Mercer.  Un festivalier observe mon plaisir et croit instantanément devenir mon ami.  Il me secoue les cheveux parfaitement placés et me donne son numéro, me demande le nom de l’artiste, oublie tous ses problèmes et ignorent les miens.  Pourtant rien de tout ça n’est incompréhensible dans l’amalgame de joie laissée par le festival qui s’accomplit pleinement au travers Tchami.

Exploration

Il est ainsi dommage qu’ait eu à s’amorcer une phase où aucun artiste ne semble combler nos goûts.  Duke Dumont offre une performance agréable, mais qui ne nous saisit pas, nous ne connaissons pas assez Half Moon Run pour souhaiter les voir et Royal Blood est dans une scène si petite que nous n’arrivons pas à les voir.  Nous décidons ainsi d’explorer les activités offertes par le festival.  D’une part, on offre des parties de ballon chasseur, du maquillage, des vêtements et des échantillons de breuvages.  D’une autre, on nous offre des biscuits Subway à la pelleté et des prix de concours potentiels.  Même lorsqu’il n’y a rien à faire à Osheaga, il y a quelque chose à faire.  Nous marchons le ventre plein jusqu’à la scène vers laquelle allait jouer Lorde tels deux ankylosés.

Lorde

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Trente minutes d’avance n’arrivent même pas à être une précaution assez grande pour voir Lorde en première rangée.  Déjà des milliers de personnes se trouvent à la scène et nous ne sommes réellement que dans un milieu agréable au prit dans un tas de petites adolescentes inquiètes et boutonneuses, bref le public moyen attiré par Lorde.  Nous découvrons que le band qui joue au même moment, The Replacements, est l’un des bands rock les plus prestigieux, même s’il ne correspond pas à nos goûts.  Il est désormais composé du chanteur de Green Day, Billy Joe Armstrong, que nous remarquons assez rapidement.  Lorsque Lorde arrive, nous ne succombons à aucune distraction, tant bien la foule arrive à nous rappeler l’arrivée de Lorde aussi bien que Lorde elle-même : sa présente est envoutante.  Elle danse en simulant une secousse effrénée, presque épileptique.  Elle chante avec le même charisme que sur chacune de ses chansons : ses fans la louange comme une déesse, en particulier lorsqu’elle interprète White Teeth Teens, suite à quoi un homme tout prêt de nous perd toute forme de lucidité et saute avec un bonheur abusif parmi une petite foule de gens qui le regarde, confuse.  Lorsque nous nous dirigeons vers Zomboy pour honorer notre entente d’une demi-heure par artiste, plusieurs personnes sont béates.  Nous évacuons la foule et certaines petites filles ne se retiennent pas pour s’exclamer « What? », « Really? » ou « Oh my god, voir! ».  Nous leur donnons raison puisque s’il n’était pas question de Zomboy, nous serions restés plus longtemps.  Beaucoup plus longtemps.

Zomboy

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Malgré tout, l’artiste en a valu la peine.  Dès les quelques premières secondes de notre arrivée, il est facile de déclarer la foule déjà présente comme étant la plus entraînée et cinglée.  Connu pour son dubstep agressif (même s’il est connu spécifiquement pour plagier celui de Skrillex), Zomboy fait sauter une foule entière, leur fait secouer la tête, les fait hurler : c’est un phénomène qui manquait au festival et qui me manquait.  Je participe à la folie avec toute l’énergie possible, surtout en sachant que Zomboy allait jouer exclusivement du nouveau matériel issu de son premier album, diffusé le lendemain.  L’étendu des genres se mesurent autant à du big room que du drum & bass, du moombathon que du trap incroyable.  Pourtant ce qui rend gratifie le mieux la performance de Zomboy, c’est son attitude quant à la musique.  Il semble y retirer un plaisir fou, comme s’il se trouvait chanceux d’être à sa place.  Une controverse suscitant l’un de ses derniers singles, Terror Squad, émane d’un son issu de la chanson copié de façon identique d’un single diffusé par Skrillex, pourtant jamais publié en vente.  Skrillex s’en moque dans son album au travers All Is Fair in Love and Brostep qui copie la structure exacte de la chanson de Zomboy.  L’artiste, quant à lui, avoue pleinement sa faute en empruntant avec hommage des morceaux de la chanson de Skrillex et en les plaçant dans son dernier morceau de la soirée, Terror Squad lui-même.  C’est un beau résultat qui redonne confiance en l’artiste, souvent à la source de choix douteux.

Lykke Li

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À priori, il m’apparaissait dommage que la dernière performance du festival soit Lykke Li et non pas Arctic Monkeys que tout le monde adore avec raison.  Pourtant, l’artiste devait être celle qui donnait raison au festival, selon ma copine.  Je décide de me compromettre et de lui offrir la chance d’aller la voir.  Chose certaine, il n’avait rien à regretter à cette décision.  L’ambiance est magistrale : les membres du groupe de l’artiste sont tous vêtus méticuleusement de noir et s’installent avec précision sur la scène, couverte de voiles noirs, gentiment flattés par une fumée blanche.  Lykke Li arrive au travers elle et interprète plusieurs morceaux qui s’affrontent de façon totalement unique.  D’une part, elle incarne sa douceur habituelle au travers Just Like A Dream, puis elle démarre Started From The Bottom de Drake, chose qui n’était réellement pas circonstancielle puisqu’elle tente de jongler entre deux publics dichotomiques.  À un certain moment, elle interprète à la fois Breaking It Up, tout droit pigé de son premier album, puis A Milli de Lil, Wayne.  Ce qui rend réellement hommage au talent de Lykke Li cependant, c’est qu’au moment où elle incarne I Follow Rivers, tout le monde chante sans exception.  Après avoir vu de nombreuses performances géniales dans ce festival incroyable, je peux affirmer avec confiance qu’aucune performance n’a rejoint une foule aussi bien que I Follow Rivers.  Nous partons le cœur léger en sachant ce qui venait de se passer : le festival a réellement pris fin sur une touche idéale.

Osheaga 2014

Avec autant de recul et de réflexion, il me reste impossible de ne pas louanger le génie et l’agréabilité du festival qui amorce sa dixième année l’année prochaine.  Imaginez le potentiel derrière la chose, les artistes en vue, les performances géniales, les gens qui y seront présents.  Car quel adorateur de la musique voudrait ignorer cette série de moments inoubliables qui ne s’affrontent qu’à l’idée qu’un festival futur et meilleur ne peut que nous attendre?

Artiste préféré : Tchami

Artiste le moins aimé : Portugal. The Man

Plus grande surprise : Le DJ ayant remplacé Travis Scott

Plus grande déception : Gesaffelstein

Chanson du festival : Byegone de Volcano Choir

Artiste manquant : King Krule

Prédiction pour 2015 : Porter Robinson, Jungle et Kanye West

Revue de la deuxième journée :
http://jestermind.com/2014/08/14/osheaga-2014-jour-2/

Revue de la première journée :
http://jestermind.com/2014/08/11/osheaga-2014-jour-1/

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