Osheaga 2014 : Jour 1

(Par Jean-Maxime Touzel)

Seulement quelques journées plus tard et il reste difficile de ne pas y penser: Osheaga est un festival qui mérite toute sa renommée.  Déclaré comme étant le plus gros festival de musique au Canada, la chose qui impressionne le plus dans ce qui constitue cette fin de semaine de trois jours, c’est la recherche active et profonde des artistes étant en mesure de faire progresser la scène musicale plutôt que de la satisfaire.  Cette année reste la déclaration la plus représentative de la diversité musicale de l’année 2013 comme du début de l’année 2014 : Lorde côtoie Gesaffelstein sur la liste complète d’artistes alors que des rappeurs indépendants tels Joey Bada$$ ne sont ignorés que parce que d’autres artistes aussi géniaux que SBTRKT sont sur scène au même moment.  C’est pourtant plus qu’une poignée de choix déchirants qui forment la qualité incommensurable d’Osheaga 2014 : c’est l’expérience, les gens qui la forment, l’atmosphère effrénée où tout semble se passer au même moment.  C’est une période difficile à oublier, période que je décrirai au travers cet article question de donner goût à tous de célébrer les 10 ans d’Osheaga l’été 2015.

JOUR 1

Le festival commence et déjà Montréal semble fébrile.  À partir de la station McGill, plusieurs troupeaux entrent dans le wagon où ma copine et moi discutons de ce qui nous attend, de ce qui nous rend le plus fébrile.  Ils sont déjà armés de leur bracelet et d’un sourire contagieux.  Certains hurlent déjà, aux dépens de sembler crétin pour toute personne malencontreusement prise avec nous.  Pourtant peu de gens semblent ignorer la présence du festival : Berri-UQAM arrive et les gens se précipitent vers la première station de la ligne jaune.  En participant au mouvement populaire, un artiste de métro joue bizarrement une musique orientale nostalgique; nous moquons le contraste entre quelque chose de si mauvais goûts et l’avant-gardisme des artistes qui se présentent à nous.  Nous sommes entassés l’un sur l’autre dans le second wagon, pourtant rien ne semble étouffant hormis peut-être les adolescentes qui crient avec leur voix nasale et caricaturale d’une ignorance pittoresque.  Une dizaine de minutes d’attentes et de jugement et nous voilà, sorti du métro, entré dans le parc Jean-Drapeau.  Notre fébrilité débute avec Osheaga.

Odesza

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Il est déjà un peu trop tard pour assister à la performance de Dream Koala, artiste électronique prometteur, pourtant s’amorce déjà un autre spectacle qui m’intrigue, celui d’Odesza, duo frais sorti de Seattle reconnu pour leur exploration agréable du genre nouveau Future Bass, connu par trop seulement pour leur morceau My Friends Never Die.  Nous évitons alors les deux plus grosses scènes, inondées de gens qui y restent pour écouter les plus gros artistes, afin de se diriger vers la scène du Piknic Électronik, surprenamment appelée pour sa direction électronique dans la musique contemporaine.  Les gens prennent déjà plaisir à la musique du duo, entraînante et enjouée.  Cependant l’énergie se perd facilement dans l’étendue de ce qui nous attend.  Trop mondaine pour nous, notre prochaine direction reste les toilettes, l’un des seuls et uniques désavantages de tout endroit aussi grandiose qu’Osheaga.  Nous savons qu’il est sage de s’y rendre tôt pour éviter la montagne fécale laissée par des heures et des heures de spectateurs en chaleur, étourdis par l’alcool, ne sachant pas réellement viser.

Ryan Hemsworth

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Après une courte visite à la boutique de marchandise, nous nous dirigeons vers Ryan Hemsworth, l’une des surprises les plus agréables du festival.  Il faut avouer que d’aller le voir n’était réellement qu’une excuse pour s’occuper avant de voir des artistes qui paraissaient en valoir la peine, tels Pusha T ou London Grammar.  Le spectacle débute et je m’apparaissais ignorant d’avoir douté de son talent réel : une chemise boutonnée jusqu’au cou et les cheveux coiffés élégamment, une dichotomie s’installe entre son allure et la musique qu’il joue : du trap recherché, intelligemment placé et confectionné dans un set qui surprend autant qu’il rejoint.  Dans l’étendue des morceaux joués, un tout nouveau morceau peu médiatisé de Baauer se frotte au dernier morceau de SOPHI, Lemonade, perle diffusée seulement depuis quelques jours.  L’artiste est aussi détendue que l’atmosphère qu’il crée, sensuelle et rythmique.  Ma copine, aux goûts plus traditionnels, en sort indifférente, j’en sors les yeux brillants.

Hot Dog

Nous avons faim.  L’expérience acquise au travers l’année dernière nous révèle qu’une grande poignée de véhicules sont positionnés partout autour du parc afin de fournir de la nourriture, pourtant le repas le plus facile et le plus juste à obtenir est un simple hot-dog italien, goûteux et satisfaisant.  Les prix y sont élevés comme l’alcool est coûteux dans tout club normal.

Pusha T

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Rassasiés, nous nous préparons à l’un des spectacles les plus géniaux que j’ai pu voir depuis longtemps : Pusha T reste l’un des rappeurs au meilleur registre musical des dernières années.  Ses débuts sont faits au travers un album inoubliable, My Beautiful Dark Twisted Fantasy de Kanye West, et ses exploits se poursuivent parmi un des meilleurs albums de l’année 2013 : My Name Is My Name reste un registre impeccable de morceaux originaux et brillants.  Son DJ personnel crée ainsi une ambiance similaire avec des morceaux de raps populaires, dont la fameuse Ain’t Worried About Nothin’ de French Montana, ridicule, pourtant chantée par tous.  C’est lorsque Pusha T arrive sur scène que la foule, complètement intoxiquée, est en extase.  L’artiste se rend hommage grâce aux morceaux qui l’ont rendu célèbre, même les plus inattendus : la foule crie les paroles de Runaway et de Mercy comme s’ils les avaient lues dans une bible.  Le spectacle est génial pour tous, sauf une.  Je décide ainsi de rendre service à ma copine en la sortant de la foule afin d’explorer le site.  Plusieurs spectacles nous attendent de toute façon.

Bro Safari

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Avant même de se rediriger vers le Piknic Électronik, un homme nous interpelle pour nous dire que London Grammar ira rencontrer les gens et signer des autographes dans ne serait-ce que quelques heures.  Nous chantons des chansons en leur honneur, qui s’affrontent rapidement à la performance de Bro Safari, adepte du mouvement de trap et de moombathon d’une extrême popularité, surtout lors d’un festival.  Aucun de ses morceaux ne dure plus de deux minutes, question de garder la foule éveillée et active.  Toutefois active est un diminutif aussi grand que de dire que la Deuxième Guerre mondiale est un petit accident naïf.  Les gens sont « complètement ape shit » pour me citer dans ma surprise.  Je décide de les accompagner dans leur humeur, surtout puisque je connais la majorité des morceaux qui y sont joués et que j’en adore une grande quantité.  Ce bref instant n’était cependant que préalable à l’une des performances qui nous gardaient le plus en haleine.

London Grammar

London Grammar Hannah Reid, centre

Après avoir attendu trop longtemps près d’un véhicule pour un simple burrito à la dinde, nous courrons vers London Grammar qui débute au même moment, interprétant Hey Now avec un talent qui rend indissociables l’album et la performance live.  La voix grave de la chanteuse se fait entendre et adorer au travers toute la scène Verte à laquelle nous nous trouvons.  La foule est plus petite, peut-être puisque le groupe est moins connu ou sa musique trop précaire : or, les gens qui s’y trouvent en raffole.  I’m Wasting My Young Years et Strong sont enterrés par la foule qui en chante les paroles.  Une fois la performance terminée, nous courrons vers le point de rencontre avec London Grammar avec les quelques vingt personnes aussi chanceuses que nous d’avoir entendu la nouvelle.  Les gens nous parlent de leur expérience brève, pourtant si emplie que nous en faisons de même.  Lorsque le groupe arrive, les gens se poussent, se volent leur place question d’être le plus tôt en file.  Nous optons pour la patience en attendant notre tour qui vient avec hâte.  Deux des trois membres du groupe sont timides et discrets, j’aborde celui à la performance la plus discrète, pourtant la présence la plus ressentie.  Ils m’annoncent exclusivement qu’ils n’ont ni de second album de prévu, ni de collaborations avec Disclosure de planifié.  Quelles nouvelles de merde.  Une photo est prise avant une course effrénée vers Skrillex, la véritable tête d’affiche du festival.

Skrillex

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En voyant la foule qui s’y trouve déjà, il reste difficile d’être en désaccord.  Une marée de gens s’est formée au pied du set le plus original du festival, celui de Skrillex, sur un vaisseau gigantesque marqué d’icônes cultes tels l’oiseau de Flappy Bird et le Nyan Cat.  Sa musique est vibrante et raisonnante, les vidéos qui l’accompagnent le sont aussi.  Un bébé brise des machines à répétition pendant qu’un drop de dubstep déplace toute une foule.  Skrillex n’en est d’ailleurs plus à ses mix de dubstep et de genres méconnus qui l’ont formé : il opte plutôt pour des chansons que peu de gens connaissent, cependant qui vont plaire de façon plus universelle.  Lorsque le morceau d’ouverture du Roi Lion s’amorce, la foule déjà droguée se retient avec force pour ne pas uriner par terre.  La force des applaudissements et des cris se mesure à l’odeur de la marijuana et de la cigarette qui flotte un peu partout.  La chose est un thème constant tout au long du festival, mais s’ignore rapidement avec le plaisir.  Sauf à un endroit.

Mac DeMarco

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L’apôtre de la cigarette.  Les gens le savent, connaissent Mac DeMarco ainsi et en profitent, une statistique de cigarettes par mètre carré se crée au dépens de se faire souffler une odeur nauséabonde au visage.  Pourtant les personnes présentes à la scène des Arbres sont décontractées et amoureuses de la musique à ce point, surtout puisqu’ils décident d’ignorer le duo de légende qu’est Outkast, jouant au même moment, pour aller voir un petit artiste indépendant tel Mac DeMarco.  Lui-même s’en moque avec son band: « Does anybody know a little band called Outkast? »  L’attrait principal de l’artiste se fait alors sentir: son humour joue pour beaucoup dans son personnage désintéressé, détendu et sarcastique.  Parmi plusieurs morceaux mémorables, l’un des plus marquants demeurant Chambers of Reflection, Mac rote allègrement, parle du vagin de Sheryl Crow et lance des sandwichs à la foule.  Nous l’adorons autant que sa musique.

Le clusterfuck

Sur cette note agréable, nous tentons de retrouver le métro au même moment que 40 000 personnes : ils l’ont trouvé bien avant nous.  Une foule immense de gens se forme et semble pendant trente minutes rester immobile devant la station, question de nous faire traîner comme des tartes pendant une longue heure de trop.  Les gens se plaignent et nous parlent bizarrement sans qu’on les ait interpellés.  Rendu à ce point, c’est loin d’être une chose inhabituelle, mais nous préférons rentrer à la maison sans dérangement, surtout puisque nous étions à la fin de la journée si garnie qu’elle nous paraissait déjà inoubliable.  Et malgré cet inconvénient, nous ne pouvions rester immuables devant la grande vérité qui nous faisait face : ce n’était que la première des trois.

Revue de la deuxième journée : http://jestermind.com/2014/08/14/osheaga-2014-jour-2/

2 réflexions sur “Osheaga 2014 : Jour 1”

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