Critique cinéma : Nos Étoiles Contraires: le scénario des grands films

(Par Arianne Lapierre)

D’un point de vue scénaristique, l’adaptation du roman de John Green titré « Nos étoiles contraires » (traduction de The Fault in Our Stars) avait tout en main pour promettre une adaptation digne d’un grand film; c’est après tout l’une des histoires aux revirements auxquels on ne s’attend pas et qui, malgré son public très jeune, est muni d’une maturité et d’un réalisme que l’on voit de moins en moins dans les films (et les romans) pour jeunes adultes.

Hazel Grace Lancaster (Shailene Woodley) est une fille solitaire et quelque peu ordinaire. Elle aime lire des livres, écouter la télévision. De peur qu’elle souffre d’une dépression, sa mère l’inscrit à un groupe de soutien… pour jeunes combattants du cancer. Voyez-vous, Hazel a 17 ans, et elle se meurt d’un cancer du poumon. C’est à cette réunion qu’Hazel rencontre Augustus Waters (Ansel Elgort), un jeune homme de 18 ans en rémission d’un cancer des os qui lui a pris une jambe au combat. Parce qu’ils sont jeunes et qu’Augustus est d’un charme incroyable, les deux adolescents tombent amoureux. À ce moment là, on pourrait dire : « blah blah l’histoire romantique de la jeune femme en détresse amoureuse du dieu grec classique s’ensuit » mais ce n’est pas le cas. Il faut le voir pour le comprendre, car une critique n’est pas une raison de gâcher le film à ceux qui ne savent pas ce qu’advient d’Hazel et d’Augustus dans Nos étoiles contraires. Il faut le voir pour le croire.

Si elle est déjà connue pour la rigueur de ses performances, le rôle d’Hazel est incontestablement une performance digne d’un acteur de première classe pour Shailene Woodley, qui fait preuve de beaucoup de nuance et de réalisme dans le rôle. Woodley sait rendre compte de la misère de la maladie, mais aussi de la misère du deuil. Elle ne le fait pas avec romantisme; le deuil, c’est laid, c’est triste, c’est enrageant. La maladie, c’est frustrant, c’est torturant, c’est un fardeau que personne ne devrait avoir à porter. Hazel sait ce que ça signifie de vivre, que d’avoir une vie courte mais satisfaisante, et Woodley sait comment le porter à l’écran.

Malgré quelques petits changements par rapport au roman original, c’est l’un des films où la réelle et tangible essence du livre a survécu au processus d’adaptation. Par essence, il est question ici non seulement de nombreuses phrases clés mais aussi de l’atmosphère et du rythme général de cette histoire qui peut paraître, au premier regard, être une histoire classique pour adolescents avides de drame. Par essence, cela signifie également que là où maintes lignes et scènes auraient pu être altérées pour conférer au spectateur un dynamisme augmenté, Josh Boone a opté pour un rythme narratif plus lent et calculé mais qui rend bien compte des scènes que l’on retrouve dans le roman duquel le film est adapté.

Il y a une chose que l’on peine à comprendre si l’on sait ce qu’est le cancer; les traitements de chimiothérapie, oui, font perdre les cheveux. Pourtant, aucun des protagonistes ne les perd, jamais. Pourquoi? Probablement une question d’esthétique. C’est quand même un défaut qui pourra en déranger plus d’un. Le film semble parfois long et souffre d’un visuel au mieux ordinaire. Il est dommage de voir un scénario si magnifique faire l’objet d’un film au visuel aussi ordinaire. Il y a cette impression qu’avec une histoire si belle et si tragique, on aurait pu en faire plus. On aurait pu en faire plus au niveau du traitement de l’image, au niveau des plans de vus, beaucoup trop (TROP) classiques, et au niveau du cadrage. Mais au lieu d’un cadrage épatant, d’une mise en scène intriguante, on se retrouve devant un film à l’histoire géniale mais traité visuellement comme une comédie pour adolescents qui ne vaut pas plus qu’une note passable sur Rotten Tomatoes. Ce choix esthétique est peut-être dû à un manque de budget et de temps. C’est compréhensible. Il faut travailler avec ce qu’on a, et comme l’a fait remarquer John Green, il n’est pas facile de vendre un film avec un protagoniste féminin à l’histoire tellement tragique qu’elle pourrait faire fuir plusieurs spectateurs potentiels.

Malgré les larmes (c’est un film qui en provoque beaucoup!) Nos étoiles contraires est l’un des premiers films de l’été, et c’est un film à voir. C’est une histoire atypique, et c’en est une qui fait réfléchir. À la vie, à la mort. En dehors de la saison des Oscars, il est bien rare de trouver au cinéma un film qui fait réfléchir comme l’histoire d’Hazel et d’Augustus.

 

Une réflexion sur “Critique cinéma : Nos Étoiles Contraires: le scénario des grands films”

  1. En ce qui concerne les cheveux qui tombent, ce n’est pas les médicaments contre le cancer qui le provoque mais la chimio… Je ne sais pas pour le film parce que je ne l’ai pas lu mais dans le livre en tout cas, Hazel n’est pas sous chimio mais sous un traitement expérimental et donc ne perd pas forcement ses cheveux

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