Critique BD : T’as-tu une cigarette?

(Par Émilie Côté Bessette)

Chroniques du centre-sud cosigné par Richard Suicide et William Parano est la première incursion des éditions Pow Pow dans le côté noir de la force bédéistique, le « trash ». Nous avons droit à un côté très autobiographique pour la majeure partie de l’ouvrage. À la fin, il y a une section reportage historique des pages 77 à  93, s’ensuit un « documenteur » jusqu’à la page 109. La première partie raconte donc le quartier à travers l’expérience qu’en a eu l’auteur. Le documenteur lui, donne des petits coups dans les côtes bien appréciés à notre cher ONF rebaptisé « Orifice National du Film ». L’auteur semble critiquer l’ONF, on devine qu’il reproche aux documentaires faits sur les cartiers moins favorisés une certaine censure ou encore une vision fleur bleue.

Cet œuvre n’épargne pas vos orifices oculaires et montre tout, même ce qu’on ne veut pas vraiment voir. L’absurdité du réel de ce cartier laisse le champ libre à l’humour jaune de cet auteur. J’ai “souris jaune” à plusieurs reprises. Les parodies de marques connues sont assez reconnaissables et délicieuses. Dans ce cartier pauvre, il semble que les publicités soient omniprésentes. L’ironie émane donc directement du milieu. Pour ceux qui veulent lire quelque chose de « cute », on repassera. Le dessin est indie à souhait faisant un clin d’œil au style de Robert Crumb dans les années de gloire de l’underground américain. Tout nous est présenté dans un camaïeu turquoise, pas un turquoise des caraïbes, plus un turquoise rincé à l’eau stagnante. Ce réel trash nous est présenté sans gène, « scrap » non-identifiable sur les trottoirs, graffitis d’illettrés, décor surchargé d’objets ayant survécu d’une manière inexplicable au dépotoir. Le détail architectural et les informations géographiques pourraient même permettre à quelqu’un de faire une visite guidée livre en main. La ligne grouillante du dessin nous annonce les infestations parasitaires de ces taudis tous collés les uns sur les autres. Cette organisation urbaine particulière met à l’avant plan quelque chose de foisonnant que l’auteur exploitera dans son exposé; la faune humaine. Cette faune humaine est partout, les interactions, pas toujours agréables et souvent surréalistes, sont inévitables.

Il ne semble pas possible d’être imperméable à cette foule. Les habitants semblent carburer sur 3 choses essentiellement fournies par les dépanneurs : la nourriture bon marché (dont avariée pourrait être un synonyme), la bière et les cigarettes. Les personnages se servent des deux derniers éléments comme monnaie d’échange et pour socialiser. Cela est sans rappeler la vie dans les ghettos juifs lors de la deuxième guerre mondiale, les cigarettes avaient acquis une valeur d’échange très appréciable. Il est intéressant de voir à quel point ce milieu est original puisque très refermé sur lui-même. Il faut absolument consulter ce « documentaire » pour les personnages qu’il expose. Les dialogues sont savoureux de vérité concernant les problèmes d’élocution et de langage de cette frange de la société. Je n’ai aucune difficulté à croire que certains ont bien vécus ou encore que leur alter ego pourraient être prélevés à même le coin Panet et Ontario.

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