Entrevue avec Jonathan Pilon

(Par Pierre-Luc Latour)

NDLR : Un des points positifs d’écrire pour Jestermind est qu’on est assez libre de créer ce qui nous passe par la tête. Récemment, j’ai remarqué que je m’enlignais pour vous parlez seulement d’artistes anglophones. C’est pourquoi, depuis quelque temps, je chérissais l’envie de faire une série d’interviews avec des artistes d’ici qui essaient de percer la scène musicale.

C’est dans cet état d’esprit que je donnai rendez-vous au sujet de ma toute première interview : Jonathan Pilon. Jeune artiste de folk francophone de 23 ans, il lutte en ce moment pour se faire une place sur la scène musicale québécoise.

L’ambiance était lourde en ce vendredi soir de mai. Dans le petit bowling de région où nous avions décidé de faire l’entrevue se côtoyait le pire des années 80’ et 90’. Les murs aux délicieux accents fuchsias et turquoises transpiraient presque autant l’esprit old-school des allés en bois francs un peu croche, mais toujours aussi glissant. À côté de nous, une cinquantaine de sexagénaires s’excitaient les poignets au rythme du roulement des boules grattant le parquet et du fracas des quilles, terrassés de leur immobilité avec moult forces.

 

SouliersPierre-Luc : Je sais que ça peut paraître étrange comme première question d’interview, mais tu préfères les p’tites ou les grosses?

Jonathan : (rires) Définitivement les p’tites.

L’entrevue s’annonçait plaisante. Après avoir pris nos souliers de location bicolore, mais odorant (c’est fou à quel point on se sent étrangement à l’aise dans celle-ci), nous nous dirigeons vers l’allée numéro 12 où se faisait déjà sentir la tension de notre partie (amicale, mais tsé, on veut chacun gagner) à venir.

PL : C’est comment d’être un artiste qui tente de percer au Québec?

J : C’est dur parce que tu sais pas par où commencer. C’est simple l’aspect musical, tu l’as ou tu l’as pas. J’pense que le plus dur c’est vraiment de se booker. T’es dans le néant en partant.

PL : Vu que je suis pas mal V.I.P., j’ai déjà entendu une bonne partie de l’album que tu es présentement en train de préparer. On sent que c’est un mélange assez agréable de folk et de blues sur un fond un brin folklorique. Qu’est-ce que t’aimes dans ce genre de musique?

J : Le feeling que ça me donne. J’adore déjà ce genre de musique, ça vient me chercher en dedans. Avant de vraiment me décider à me consacrer à la musique, j’ai fait un voyage dans l’Ouest canadien. Ça a vraiment été formateur de mon style. À force de jouer tous les soirs, mon style a évolué dans ce sens-là. J’aime la musique un peu poussiéreuse, la musique qui sent le tabac pis la 50’ tablette. J’fais de la musique de vagabond.

PL : Bon, on la commence cette partie-là?

J : Ben quin. J’te gage un rhum que j’gagne.

BowlingLes souliers attachés, la conversation bien entamée, il était temps pour les deux jeunes gladiateurs que nous sommes de commencer enfin ce clash titanesque (pas tant titanesque là, mais t’as compris le principe). Comme je suis un gentleman, j’ai laissé commencer mon adversaire musicien. Au premier élan, je savais que j’allais me faire planter. En plus de manier la guitare, le jeune musicien était un as de la glissade. J’me sentais comme un spectateur des quilles à TQS : vraiment pas à ma place.

Après avoir garrocher littéralement mes trois premiers coups dans les dalots ou presque, je me rassure en me disant que rien n’est perdu. Comme de fait, après quelques lancées favorables, je me retrouve en position de force. Deux abats de suite, qui l’eu crû? Même ma mère n’aurait pas parié pour moi. Un break s’imposait toutefois, j’avais quand même une entrevue à réaliser.

Pointage

PL : Ma question clichée du jour : tu t’inspires de quoi pour faire ta musique, quand t’écris, etc.?

J : J’pensais que toutes tes questions étaient clichées (rires). Mais sincèrement, je m’inspire surtout de mon voyage dans l’ouest, des évènements qui me sont arrivés, la vie en général. Je vois mal comment je pourrais m’inspirer de trucs abstraits. J’dois vivre ce que je chante et vice-versa.

PL : Est-ce que t’écoutes le même genre de musique que tu fais?

J : Oui, mais pas que ça. J’adore le rock n’roll. Je connais mes classiques comme on dit. J’écoute aussi du reggae. Bob Marley et les Wailers, juste excellent. La musique francophone est aussi très présente dans ma vie

PL : Est-ce que tu penses faire appel à des concours ou bien des émissions télévisées pour atteindre ton but?

PtitesJ : Des concours, oui! Ces temps-ci, je participe au concours de l’étoile montante Ford pour avoir la chance de jouer sur la scène des francos cet été. L’an passé je me suis rendu en demi-finale. Cette année, j’aimerais me rendre juste un peu plus loin. Sinon, pour ce qui est la télé, nope. Jamais. Des émissions comme la Voix et Star Académie me rendent malade. Je ne crois pas aux stars instantanées. Pour réussir faut du dépassement de soi, de la persévérance mais aussi beaucoup de travail. Pas réussir parce que les matantes te trouvent ben beau.

Après cet interlude questionnaire, on a décidé de terminer la partie. Si la partie de Jonathan a commencé de manière fracassante, ce dernier à de la misère à être constant malgré son allure de pro de la boule. Sans même voir venir l’avance, je réussis à prendre les devants. Surpris, par le résultat, mon rival questionne ses outils, un brin désespérés.

La partie s’achève sans grand éclat. Je gagne par 26 points. Je me sens un peu comme un champion olympique. Pourtant, rien à se réjouir. On est juste deux gars poches aux quilles, incapable de franchir la barrière psychologique de la centaine.

PL : Tu dirais quoi à une personne qui ne t’as pas encore écouté? À une personne qui veut continuer à t’écouter?

J : Je leur dirais seulement d’essayer, voir si ma musique leur plaît. Je suis conscient que ce n’est pas pour tout le monde et c’est parfait comme ça! Pour les autres, je dirais : vous n’avez rien vu encore.

PL : Pour finir, ma dernière question (oui déjà), comment s’annonce le futur?

Pointage2J : Je suis à faire mon album. On travaille fort, mais je vois la lumière au bout du tunnel. Côté spectacle, c’est à voir, on essaie de se booker un peu partout. Prochainement, je vais me concentrer de manière à me rendre le plus loin possible dans le concours de l’étoile montante Ford.

C’est sur ces paroles que se termina notre entrevue-bowling nouveau genre. Toutefois, je ne peux vous laisser partir sans vous faire écouter un extrait du répertoire musical de Jonathan Pilon.

Votre opinion?

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s