Critique : Yves Picard – Quand le petit écran devient grand (Livre)

(Par Jérémie Bernard)

Yves Picard a longtemps enseigné le cinéma au Cégep avant de se lancer dans une carrière universitaire. Il s’est rendu compte que la télé au Québec était un phénomène particulier sur lequel les universitaires devraient se pencher tôt ou tard. Pour cette raison, il est un des premiers (et un des seuls) à s’être attardé sur la question de la télévision au Québec. Son livre publié modestement, Quand le petit écran devient grand est en quelque sorte un recueil de la pensée du professeur avant qu’il ne s’attèle à la formuler lors d’une thèse de doctorat. Cette deuxième édition du livre propose de regarder un panorama historique et culturel de la télévision au Québec, en passant de la fiction à l’information.

Ce qu’Yves Picard veut surtout passer comme message, c’est le fait que la télévision au Québec est porteuse de notre identité québécoise, et qu’elle a permis de la transmettre à travers les générations par notre oralité, notre parlé particulier qui ne fut jamais aussi bien représenté à l’écrit. Le livre prendra la peine d’expliquer que c’est cette identité québécoise qui fait de notre télévision un succès si retentissant depuis ses débuts avec La famille Plouffe.2013-04-16-03-32-55-Yves Picard

Le professeur se fait donc prophète et porte-parole du succès télévisuel unanime au Québec. Son petit livre explique à l’aide de fortes figures et beaucoup de statistiques l’hégémonie télévisuelle québécoise sous toutes ses formes à travers tous les âges. L’auteur va comparer notre télé avec celle des autres pays du monde et constater que semaine après semaine, le Québec est au rendez-vous en masse devant le petit écran.

Le livre permet d’avoir une excellente vue d’ensemble de la télé au Québec, notamment lors de sections où Picard prend le temps de décrire brièvement une pléthore d’émissions différentes. Une distinction palpable sera avancée entre la télévision de degré zéro, plus proche de Le temps d’une Paix et celle de second degré, plus marginale, comme 19-2. Ces degrés serviront à comparer les différentes époques et esthétiques télévisuelles et de voir l’évolution de notre télévision à travers ses conditions de productions et son public cible.

Que ce soit pour la télévision de fiction ou d’information, les programmes québécois ont beaucoup changé avec le temps. Pour s’adapter à la société et pour toujours la représenter fidèlement. Notre télévision est bien à nous, explique Yves Picard, et est la meilleure représentante d’une identité culturelle se différenciant par un parlé bien de chez nous. Comparé à la situation américaine ou française, le lecteur voit bien, à travers la rhétorique nationaliste de l’auteur, qu’il y a tout de même quelque chose de particulier à la télé d’ici.

Le livre possède un rythme particulier. Picard est loin d’être objectif dans son propos, mais cela est aisément remarquable dès la première ligne de l’ouvrage. Chaque section réussit néanmoins à défricher les études télévisuelles au Québec de manière à constater le phénomène grandiose dans lequel nous avons construit une télévision bien québécoise. Le fait que plusieurs de nos émissions soient traduites est un peu laissé en plan, et le professeur de cinéma fait justement très peu de parallèles avec le septième art lors de sa construction d’une théorie de la télévision. Le lecteur a donc affaire à une première grande tentative de réfléchir à propos de la télé d’ici, sans le recul scientifique qui serait normalement de mise pour l’approfondissement d’un phénomène déjà étudié depuis longtemps.

À travers une conclusion un peu forcée sur la téléréalité au Québec, l’auteur termine une des seules études sur la télé, de surcroît sur la télé québécoise. Son manque d’objectivité peut s’excuser par son désir de nous faire se rendre compte de quelque chose plutôt ignoré de prime abord : nous regardons beaucoup plus la télévision que beaucoup d’endroits dans le monde. Pourquoi? Voilà la prémisse intellectuelle de ce livre, malgré son manque d’objectivité flagrant.

Pour un résumé des recherches d’Yves Picard :
http://www.nouvelles.umontreal.ca/recherche/sciences-humaines-lettres/20130826-le-succes-de-notre-television-repose-sur-loralite.html 

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