Critique : Alan Wake (Jeu vidéo)

(Par Jérémie Bernard)

Plusieurs longues années de développement ainsi qu’une escalade médiatique non négligeable ont créé l’extra-terrestre vidéoludique qu’est Alan Wake  (Remedy Entertainment, 2010). Ce jeu cinématographique (ou télévisuel) mettant en scène un écrivain fut remarqué par ses mélanges de genres et d’influences, mais en déçut plusieurs par sa jouabilité répétitive et son récit malhabilement expliqué. Approchons ce jeu d’horreur unique avec un peu de recul, question de voir si le célèbre écrivain parvient toujours à nous divertir quelques années plus tard.

Alan Wake est un auteur qui ne parvient plus à écrire. Cette tension originelle sera étendue vers la relation que ce dernier 507596-alan-wake-xbox-360-screenshot-alan-wakes-up-after-a-crasha avec sa femme et son agent, puis ultimement sur la façon dont Wake se perçoit lui-même. L’écrivain et sa femme se rendent à Bright Falls, petite bourgade en montagnes, dans le but d’avoir de petites vacances tranquilles, loin du monde. Wake est doublement accablé par sa célébrité puisqu’il n’arrive pas à assumer le fait que l’inspiration ne lui vient plus. Le voyage tournera rapidement au cauchemar, à cause d’un mensonge provenant de sa femme Alice. Sans vous révéler les tournants de l’intrigue, disons que vous vous retrouverez assez rapidement en pleine forêt, la nuit, en train d’enquêter sur la disparition d’Alice. Comme si ce n’était pas suffisant, une entité de lumière totalement inconnue vous mettra en garde contre des apparitions toutes droites sorties de votre imagination d’écrivain. Ce qui s’annonçait être un complexe thriller psychologique (tel qu’annoncé sur la pochette du jeu), devient rapidement un jeu d’horreur psychologique. Le tout vous sera présenté dans une logique de série télévisée, où chaque nouveau chapitre s’ouvre sur un montage vidéo des chapitres précédents.

Mais est-ce vraiment un jeu d’horreur pur et dur? Je crois que c’était prévu, mais que le jeu s’essouffle très rapidement. Au niveau de l’intrigue et du récit, je n’ai rien à dire, puisque Alan Wake propose une réflexion psychologique comme j’en ai trop peu rencontré dans un jeu vidéo, mais est décevant par sa jouabilité. Même si les mécaniques de jeu sont rafraichissantes (utilisation d’une lampe de poche ou d’autres moyens lumineux pour éclairer des fantômes avant de les tuer, par exemple), ces dernières sont explorées dans leur entièreté bien trop rapidement et se renouvellent trop peu jusqu’à la fin. J’ai eu l’impression que les concepteurs ont voulu me plonger dans un récit plus que dans un jeu vidéo, en s’assurant que je n’allais pas être dérangé par une jouabilité trop complexe ou changeante et que j’allais progresser de manière constante.

Pour ce qui est du récit, on ne peut pas dire qu’il ne fait pas le travail! Entre les émissions télévisées, les émetteurs radios et les pages d’un manuscrit écrit des mains de notre personnage, Remedy a pu bâtir un univers solide qui est sans cesse remis en question par l’étrangeté et le surréalisme de ce qui arrive à Wake. Le jeu propose de vous plonger dans la réalité incertaine d’un écrivain qui doit combattre ses peurs et ses angoisses d’artiste.

Côté ambiance, Alan Wake marque énormément de points. Il y a toujours une espèce de brume nocturne qui accompagne le Alan-Wake-Xbox-360personnage lors de ses randonnées macabres dans les alentours sauvages de Bright Falls, sans parler du fait que cette brume devient plus épaisse et plus surnaturelle avant une apparition. Le tout n’aurait pas été réussi sans une aussi habile bande sonore (merci à Olivier Leclair de m’avoir permis de m’y plonger plus en profondeur) qui s’adapte très bien aux différents niveaux d’oppression dont le jeu use pour établir un stress dynamique poussant le joueur à agir.

Alan Wake ne sera donc pas le jeu d’horreur qui vous effrayera le plus, ni celui qui vous dégoutera au plus profond de votre être. Ce jeu est plutôt capable de nous faire réfléchir sur la matérialisation de nos peurs ainsi que sur la nature réelle ou infondée de nos angoisses. Mais, aussi bien ficelé le récit soit-il, le joueur est laissé en plan à la fin, avec trop peu de réponses pour bien formuler des hypothèses. Dans n’importe quel médium qui vise à raconter une histoire, ce n’est pas un idéal à atteindre. Voyons voir si les extensions parviennent à sauver le récit…

The Signal

Réactualise tous les questionnements du joueur quant à la folie éventuelle de Wake ou la possible réalité de ce lieu étrange nommé The Dark Place. Cette extension en vaut la peine puisqu’elle apporte une bonne quantité de nouvelles réflexions sur l’univers du jeu, qui auraient tout de même pu s’insérer dans le titre original, tellement ces réflexions sont parfois essentielles pour apprécier la diégèse. Ne vous détrompez pas : aucun changement à la jouabilité lors de cet épisode spécial no 1.

The Writer

Ce deuxième épisode spécial marque une certaine fin pour la première aventure d’Alan Wake. L’écrivain devra trouver un moyen de se sortir de son cauchemar, faux ou réel, et de remonter à la surface. Cette extension offre enfin quelques réponses satisfaisantes, mais eu peu trop rapides tout de même. Si vous aviez trouvé la fin du jeu original trop flou, vos n’aurez pas le choix de vous procurer les deux épisodes supplémentaires afin de ressentir un sentiment d’accomplissement réel à la fin du jeu.

Titre : Alan Wake
Année : 2010
Développeur : Remedy Entertainment
Éditeur : Microsoft
Plateformes : Xbox 360, PC
Joueurs : 1
Genre : Horreur psychologique (terreur)
Franchise : Alan Wake

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