Sortez le Nyquil : la Fièvre est arrivée!

(Par Alexandre Poirier)

Je commence souvent mes articles par une anecdote personnelle. Je demande d’ores et déjà votre pardon, car la chronique d’aujourd’hui est très personnelle. Si vous vous sentez insultés par mon manque d’ « objectivité journalistique » (who cares, sérieux?), ne partez pas ; je vais sans doute parler d’un sujet qui vous intéresse et qui captive l’ensemble de la population ces derniers jours, plus que la nomination de Gaétan Barrette au poste de Ministre de la Santé, même si c’est pas aussi gros (huhuhu)!

Je viens d’une famille typiquement québécoise : on va à la cabane à sucre ou à la pêche sur la glace, on chiale sur l’hiver ou sur les canicules estivales, on aime fêter et boire de la bière, on discute souvent (lire ici : « on gueule comme des sauvages ») de politique et on est des amateurs de sport. Dans la langue de chez nous, nous avons souvent tendance à utiliser le « on » pour désigner la première personne du pluriel, comme le « nous », mais pas cette fois-ci. Cette fois-ci, « on exclut VRAIMENT la personne qui parle ». C’est certain que j’adore faire pas mal toutes ces choses-là (surtout chialer contre le gouvernement libéral), mais de là à m’autoproclamer « amateur d’hockey », voire « amateur de sport » tout court?

Mon frère a longtemps joué au hockey (jusqu’au Junior AAA, j’pense?), a joué au baseball et joue régulièrement au golf, comme le chum de ma sœur. Même chose pour ma sœur, mais remplacer le baseball par la balle molle et ajouter à ça la ringuette. Tout le monde, incluant la blonde de mon frère et mes parents, s’entraîne ou s’est déjà entraîné, fait du ski ou joue au golf. Dans son jeune temps, mon père jouait souvent au hockey, en plus de faire de la lutte avec ses frères (ce qui lui a valu une magnifique cicatrice dans le front) et de boxer contre des anglophones à la polyvalente. Après s’être fait remplacé les deux hanches il y a quelques années (le détecteur de métal sonne à l’aéroport quand il passe devant) et s’être remis en forme, mon père a fini par se racheter une belle paire de patins pour aller patiner avec ses petits-enfants, moment qu’il attendait depuis longtemps.

Quand je suis venu au monde une dizaine d’années après ma sœur Dréanne et mon frère Max, un peu comme un cheveu sur la soupe, mes parents se sont dit que je voudrais sans doute pratiquer un sport d’équipe afin de suivre la voie de mes aînés. Soccer, baseball, football, hockey… J’ai tout essayé, en vain. Trop pris dans mon imaginaire de p’tit gars, je ne comprenais absolument pas l’intérêt d’essayer de passer une puck avec un bâton de bois, pendant que je gardais, de peine et de misère, mon équilibre sur deux minces lames métalliques, prêtes à me trahir à tout moment pour me faire « crisser » l’camp sur la glace. Le hockey, c’était beaucoup moins épique que les Power Rangers, Beast Wars p’is Jurassic Park, voire vraiment plate à mes yeux. Au point où, en plein milieu de la saison, je faisais une crise de larmes à mes parents pour qu’ils me fassent quitter l’équipe. C’est maintenant que je me rends compte que ça n’a pas dû être facile d’élever un lunatique créatif et capricieux avec une méchante tête de cochon, mais ils en sont quand même venus à bout du p’tit maudit!

Ma mère m’envoyait à vélo ou à pied à la bibliothèque municipale (activité cérébrale + activité physique = win-win situation). J’aimais tellement faire du vélo que ça ne me dérangeait pas de faire un trajet d’une trentaine de minutes simplement pour aller chercher un pain tranché ou une pinte de lait. Comme dirait mon père : « Faut b’in qu’ils te servent à d’quoi tes mollets d’athlète! » Le temps avance et les choses changent. Je découvre le Kin-Ball au primaire, même si c’est pas un vrai de vrai sport p’is que t’as vraiment l’air fou à courir après un énorme ballon rose flash. Puis, il y a le golf, que j’essaie encore de pratiquer aujourd’hui malgré mon manque de temps et d’argent… mais pas avec mon frère, parce qu’on commence déjà à s’obstiner au quatrième trou. Et le ski, mais ça fait tellement longtemps que j’en n’ai pas fait que mes bottes me font plus (on parlera même pas de mes pantalons de neige)! J’ai même acheté un nouveau vélo et commencé à m’entraîner il y a quelques mois afin de prévenir un cas extrême de « bédaine de bière » pouvant mener à une situation de vulnérabilité incroyable lors d’une invasion de zombies. Et le hockey dans tout ça? C’est certain que j’ai appris à patiner comme (presque) tout le monde. J’ai déjà eu un chandail des Panthers de la Floride, mais vraiment juste parce que je trouvais ça cool d’avoir un félin sauvage sur le torse. Je suis allé jusqu’à acheter des roller blades il y a trois ans, mais j’ai abandonné l’idée d’en faire quand je me les suis fait voler dans ma voiture à Valleyfield.

Pourtant, j’haïs toujours autant le hockey. J’aimerais mieux jouer au curling qu’à ça. Je trouve un épisode des Feux de l’Amour plus palpitant qu’une game à RDS (ou bientôt à TVA Sports). J’entretiendrais une longue conversation sur Jésus avec un témoin de Jéhovah pendant des heures plutôt que de parler de la performance de Carey Price. Je lirais d’innombrables romans Harlequin avant même d’avoir l’idée d’acheter une tonne de revues de statistiques sportives afin de participer à un pool comme mon coloc’ Frank qui n’a jamais été aussi studieux de toute sa vie qu’avant une saison des Canadiens. La fameuse « fièvre du hockey » me semble beaucoup moins agréable qu’un rare cas de lèpre intestinale. J’aimerais parfois m’en guérir en prenant du Nyquil, en hibernant pendant un méchant bon bout loin de la pléthore de matchs et, par le fait même, des hivers de cul qui durent 8 mois.

Mais je peux pas. J’en suis incapable. Malgré mon obstination bornée à vouloir parler encore et toujours des élections provinciales, un sujet qui s’est rapidement éclipsé de l’actualité depuis le début des séries éliminatoires, je finis toujours par tomber dans la spirale infernale du partisan sportif, même si je connais aucunement les règles liées aux lignes bleues ou rouges sur une patinoire : je comprends rien p’is j’veux pas comprendre, OK? On dit souvent que la frontière entre l’amour et la haine est très mince. Au secondaire, le trip de mon meilleur ami Pouet pendant les séries, c’était de prendre pour l’équipe rivale des Canadiens, que ce soit en portant une casquette des Brunis ou en mettant un drapeau des Flyers sur sa voiture. Sa passion pour la fièvre, elle venait du fait qu’il adorait écœurer les gens un peu trop fanatiques à son goût. Il adorait haïr le hockey. Certes, moi aussi, techniquement, j’adore haïr le hockey, haïr ce que tout le monde aime alors qu’y’a tellement d’affaires plus nice que ça.

Par contre, j’adore le « péri-hockey », tout ce qui va autour : l’attitude de « fendant » de PK Subban; les gens idiots qui appellent à l’émission de Ron Fournier à la radio; les « analystes » de l’Antichambre qui, ensemble, réussiraient même pas à me battre à Génies en herbe; la bière chaude et flat qui goûte le pipi, mais qui coule à flot; les ailes de poulet trop cuites dans un bar quelconque avec mes amis qui crient comme des perdus; mon chandail des Canadiens que je porte « fièrement », acheté à rabais à l’Aubainerie… Bref, pour une fois dans notre vie, avoir du plaisir sans trop penser à quoi que ce soit, c’est ça le plus important dans le hockey. Parce qu’on n’est peut-être pas tous d’accord sur la loi 101 ou sur le Printemps érable, mais qu’on soit Québécois « pure-laine » ou pas, qu’on soit noir, jaune ou orange avec des points mauves, qu’on soit vieux ou jeune, c’est le hockey qui, ultimement, unit le peuple québécois, d’une façon ou d’une autre. Dans une société remplie de démagogie, d’hypocrisie et d’égocentrisme, c’est important de s’en rendre compte : le Québec est hockey. À défaut de gagner nos élections, ça serait bien qu’on gagne la Coupe, question d’être moins déprimé par le printemps qui arrive pas.

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