Le Québec à l’isoloir

(Par Mélissa Paradis)

Il y a déjà plus d’une semaine que je me rendais à l’isoloir (disposé de façon plus que pratique dans la cafétéria de mon Université) pour écrire, en caractère gras, le nom du candidat que je souhaitais voir au Salon Bleu. J’étais gonflée d’espoir. De vote stratégique; il n’en existait pas.

Dans l’arène électorale, on retrouvait dans le coin droit, un Parti gangréné par la corruption, la collusion, prêt à vendre nos ressources et nous faire acheter notre éducation; dans le coin gauche, un Parti soupçonné de cette même corruption, prêt à détruire notre environnement pour l’exploitation l’exploration et créant des projets de charte à des seules fins de division.

Et soyons réalistes, par coin droit et coin gauche, j’entends ici coin centre-droit et centre-droit. Pas de coins, au final. Étrange combat de boxe.

Bref, de vote stratégique, de moindre mal, il n’en existait pas. Pour les plus idéalistes, il était permis d’espérer un résultat qui sorte de la logique bipartite et voir s’imposer l’influence des petits partis. Pour les plus réalistes, à tout le moins, on était en droit de s’attendre à ce que le Québec ait un peu plus de fierté et n’accorde pas la majorité à l’une ou l’autre des grandes formations politiques.

Grande fut ma surprise lorsque, à peine trois quarts d’heure après la fermeture des bureaux de scrutins, on nous annonçait un gouvernement libéral majoritaire. À 22h50, les 70 sièges raflés par le tsunami rouge étaient confirmés. Comme quoi la mémoire est une faculté qui oublie et « Je me souviens » un slogan bien vide de sens. Belle Québec, te souviens-tu de Gentilly 2, d’Accurso, du Plan Nord, de la loi Spéciale ? Oui, mais ça c’était les libéraux de Jean Charest, me diras-tu. Certes, mais l’habit ne fait pas le moine et changer le visage du chef ne change pas le corps du parti.

Alors que les journalistes, avides de commentaires sur le vif, brandissaient leurs micros sous le nez des candidats-vedettes, larmes réprimées, sourires crispés et fausses modesties s’alternaient à une cadence soutenue. Le discours de démission de Pauline Marois, précédé du disgracieux début de combat à la chefferie péquiste entre Lisée, Drainville et Péladeau; l’affirmation d’une « force politique incontournable » de la CAQ par François Legault; et l’avant-goût de Françoise David sur les questions que Québec Solidaire apportera en chambre retiendront sûrement l’attention médiatique pour quelques jours encore.

De mon côté, c’est la réaction du jeune Léo Bureau-Blouin qui m’aura accroché. Tout sourire malgré la défaite, il nous explique que perdre son élection est un pari que l’on fait lorsqu’on joue au « Jeu de la Démocratie ».

« Jeu de la Démocratie »… Il est drôle ton jeu Léo;

C’est toujours les mêmes qui gagnent.

Il est incohérent ton jeu Léo;

Alors que l’un se réjouit d’avoir récolté 23% des voix, l’autre pleure de n’en avoir eu que 25.

Il coûte cher ton jeu Léo;

Quand on évalue à 88 millions de dollars le coût de ces dernières élections, alors que tous les partis s’entendent pour accorder une place primordiale à l’économie provinciale.

Il est injuste ton jeu Léo;

Lorsqu’on considère que c’est seulement 30% des québécois (42% des 72,86% ayant exercés leur droit de vote)[1] qui ont accordé leur confiance à un parti qui, au final, récolte 70 des 125 sièges à l’Assemblée Nationale.

Mais surtout, Il est imaginaire ton jeu Léo;

Parce que la démocratie, ce n’est pas un jeu, l’Assemblée Nationale n’est pas une cour de récré et les libéraux n’étaient pas réellement en pénitence pendant 18 mois.

Alors au travail les Libéraux : ce mandat, il sera long. Vous qui nous avez promis de parler « des vraies affaires », parlez-nous de réformes démocratiques et de scrutin proportionnel pour que votre combat de boxe se fasse à armes égales et qu’on voit enfin entrer dans l’arène de nouvelles idées.

 

[1] Dernière mise à jour des données à 1h15 am, mardi le 8 avril

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