Critique : Roadside Picnic (Roman)

(Par Samuel Bourassa)

Ceux qui me connaissent bien savent que je raffole de la science-fiction et plus particulièrement d’un de ses sous-courants, le postapocalyptique. Alors que des jeux récents comme Metro 2033, la série S.t.a.l.k.e.r et tout ce qui touche le postapocalyptique slave m’ont captivé, le genre est aussi présent dans les autres formes d’art. Il est très intéressant de se renseigner sur la généalogie des genres et sous-genres littéraires.

Les jeux énumérés précédemment sont directement adaptés d’oeuvres marquantes de la science-fiction slave comme le film Stalker d’Andrei Tarkosvky réalisé en 1979 ou encore le roman Metro 2033, issu de la plume de Dmitry Glukhovsky et publié en 2005. Ces deux œuvres ont quant à elles un ancêtre commun. Cet ancêtre est en fait à l’origine de la généalogie littéraire du postapocalyptique slave. Il s’agit de Roadside Picnic.

Roadside Picnic est un roman écrit par les frères Arkady et Boris Strugatsky en 1971. D’un point de vue historique, il est intéressant de pointer que cette date s’inscrit en plein cœur du régime soviétique. Pour ceux qui sont curieux, les auteurs ont révélé plusieurs années plus tard la censure et comment ils ont dû quitter l’Union Soviétique pour réussir à faire publier leur œuvre.

Cela dit, l’article que vous lisez est une critique. Car je me suis d’abord intéressé aux œuvres vidéoludiques mentionnées précédemment pour ensuite remonter la généalogie postapocalyptique à l’envers jusqu’à mettre la main sur Roadside Picnic. J’en appréhendais la lecture. J’avais peur de me retrouver devant un fossile qui aurait passé ses qualités à ses descendants et n’aurait plus rien à offrir. Oh comme j’avais tort.

Quelques années avant les premières lignes du roman eut lieu un évènement appelé la Visite. Des extraterrestres ont mis pied à Terre dans une demi-douzaine d’endroits sur la planète. Personne ne les a vus. Les endroits visités sont maintenant appelés les Zones. D’une superficie de quelques kilomètres, on peut y trouver des artéfacts, soit des objets extraterrestres laissés derrière. Beaucoup d’individus, honnêtes ou non, sont prêts à payer très cher pour mettre la main sur ces reliques aux pouvoirs inusités. La Visite change aussi à tout jamais la flore et la faune de ces zones. S’y développe des phénomènes inexpliqués et très dangereux. En somme, ces Zones sont des endroits débordant de trésors, mais aussi de dangers.

Tout naturellement, ces Zones attirent les curieux et rapidement le crime organisé et les gouvernements s’en mêlent. Apparaît alors un groupe social appelé les « Stalkers », qui sont des individus téméraires qui pénètrent dans ces Zones et en affrontent les dangers. Tout ça pour en ramener ces Artéfacts qui peuvent ensuite être revendues à gros prix. Le personnage principal, Redrick Schuhart est un de ces « Stalkers ».

J’aurais parié qu’il s’agissait d’un roman d’action au rythme effréné. Tout au contraire, Roadside Picnic est une œuvre de fiction misant avant tout sur le mystère de son univers, la psychologie vivante des personnages et la simplicité de son récit. Il n’y a pas de jeu d’ombre élaborée ou de fusillade excitante. On retrouve plutôt un développement de personnage phénoménal qui nous aspire et nous fait vivre toutes les émotions reliées à la vie d’un « Stalker ». Les personnages sont très peu nombreux, mais d’une couleur unique. Mais à mon avis, le cœur de cette œuvre de fiction est le peu de réponses données par les auteurs. Car, au fur et à mesure de la lecture, plusieurs questions nous viennent en tête. Or, les auteurs ont pris l’excellente décision de ne pas trop en révéler. Certaines choses sont mieux laissées inexpliquées. On doit alors se satisfaire des éclats de vérités parsemées au travers des savoureux dialogues de Roadside Picnic.

Donc, j’avais entamé ma lecture inquiet. Aussitôt, je fus accroché d’une manière que je ne pouvais tout simplement pas expliquer. Je dévorais page après page et voyant mon progrès avancer rapidement, je me demandais où bien pouvaient me mener les auteurs. Il devait y avoir une finale révélatrice. Un dénouement frappant. Un climax extraordinaire. Je vous laisse découvrir la fin. Je dirai seulement que celle-ci m’a poussé à repenser au roman pendant plusieurs jours. À tel point que j’ai relu les trois derniers chapitres une seconde fois pour m’assurer de n’avoir rien manqué. À mon grand désarroi, la confusion dont j’étais victime était tout à fait normale. Roadside Picnic ne cherche pas à donner un sentiment de satisfaction à son lecteur. Il cherche à le déstabiliser. Il cherche à le faire réfléchir sur le thème de la psychologie humaine qui est tressé à travers l’intrigue. C’est quelques semaines plus tard, après avoir évalué mon appréciation du roman, que j’ai réalisé que je venais de lire une des meilleures œuvres de fiction de ma vie. Mon scepticisme face aux méthodes employées par les auteurs a laissé place à une vibrante satisfaction. L’aura de mystère au travers de laquelle je n’avais pas pu voir s’attirait maintenant mes louanges.

Inutile de vous dire que je recommande fortement Roadside Picnic à tout amateur de littérature de fiction. Il s’agit d’un solide roman qui est à la base de tout un genre littéraire. Ce que Tolkien est au fantastique, Roadside Picnic l’est pour la littérature postapocalyptique.

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