Journée internationale de la littérature pour la jeunesse

(Par Stéphanie Bourgoin-Gaudet)

En plus d’être la journée mondiale de la sensibilisation à l’autisme, aujourd’hui est aussi la journée internationale du livre pour la jeunesse. Vous vous en êtes sûrement rendu compte, Sophie et moi lisons beaucoup de littérature jeunesse. D’ailleurs, un de nos buts est de vous faire connaître cette littérature, écrite pour les jeunes, mais qui est de plus en plus lue par le public adulte.
Peu de personnes le savent, mais le 2 avril est, depuis près de 50 ans, dédié au livre pour la jeunesse. Cette date a été choisie en l’honneur de l’anniversaire de naissance de Hans Christian Anderson, le célèbre écrivain ayant écrit La Petite Sirène, La Princesse au petit pois, etc.

Chaque année, un pays est choisi pour trouver un thème, une affiche représentant ce thème et aussi pour trouver un auteur jeunesse populaire originaire de ce pays qui voudrait écrire un mot à ses jeunes lecteurs. Le but de tout ça est de promouvoir le livre, mais surtout la lecture.

Cette année, c’est à l’Irlande qu’est revenue cette tâche. Le pays a choisi l’auteure de livres pour enfants, Siobhán Parkinson. Voici la version originale :

Letter to the children of the world,

Readers often ask writers how it is that they write their stories – where do the ideas come from? From my imagination, the writer answers. Ah, yes, readers might say. But where is your imagination, and what is it made of, and has everyone got one?

Well, says the writer, it is in my head, of course, and it is made of pictures and words and memories and traces of other stories and words and fragments of things and melodies and thoughts and faces and monsters and shapes and words and movements and words and waves and arabesques and landscapes and words and perfumes and feelings and colours and rhymes and little clicks and whooshes and tastes and bursts of energy and riddles and breezes and words. And it is all swirling around in there and singing and kaleidoscoping and floating and sitting and thinking and scratching its head.

Of course everyone has an imagination: otherwise we wouldn’t be able to dream. Not everyone’s imagination has the same stuff in it, though. Cooks’ imaginations probably have mostly taste in them, and artists’ imaginations mostly colours and shapes. Writers’ imaginations, though, are mostly full of words.

And for readers of and listeners to stories, their imaginations run on words too. The writer’s imagination works and spins and shapes ideas and sounds and voices and characters and events into a story, and the story is made of nothing but words, battalions of squiggles marching across the pages. Then along comes a reader and the squiggles come to life. They stay on the page, they still look like battalions, but they are also romping about in the reader’s imagination, and the reader is now shaping and spinning the words so that the story runs now inside his or her head, as it once did in the head of the writer.

That is why the reader is just as important to the story as the writer. There is only one writer for each story, but there are hundreds or thousands or maybe even millions of readers, in the writer’s own language, or perhaps even translated into many languages. Without the writer the story would never be born; but without all the thousands of readers around the world, the story would not get to live all the lives it can live.

Every reader of a story has something in common with every other reader of that story. Separately, and yet in a way also together, they have re-created the writer’s story in their own imagination: an act that is both private and public, individual and communal, intimate and international. It may well be what humans do best.

Keep reading!

Siobhán Parkinson
Author, editor, translator and former Laureate na nÓg (Children’s Laureate of Ireland)

En français :

Lettre aux enfants du monde entier

Les lecteurs demandent aux écrivains comment ils rédigent leurs histoires – «d’où viennent leurs idées ?» « De mon imagination », répondent-ils habituellement. « Oui mais encore ? Où se trouve-t-elle cette fameuse imagination ? De quoi est-elle faite? Et est-ce que tout le monde en a une ? » rétorquent leurs lecteurs.

« Eh bien, c’est dans ma tête bien entendu. C’est un savant mélange d’images, de mots, mais aussi de souvenirs, de morceaux d’histoires récoltées et d’images qui fusent. C’est tellement riche qu’il y a de la musique : celle des mots qui sonnent, de nos pensées et des bruits qui nous entourent. Elle bouge aussi cette imagination, comme le mouvement des vagues, celui des horizons qu’on fixe au loin. Les mots dansent et forment des arabesques si élégantes. Plus fort encore : elles ont des couleurs et des parfums. Leur souffle est puissant et nous emporte.

Comme dans un kaléidoscope, tout cela tourne autour, chante, flotte, se stabilise et vient nous chatouiller l’esprit.
Bien sûr que tout le monde a de l’imagination ! Sinon, nous serions incapables de rêver. Elle est différente d’une personne à l’autre. Celle d’un cuisinier est probablement composée de goûts, celle d’un artiste est remplie de couleurs et de contours. Quant à celle d’un écrivain, elle contient surtout des mots.

Les lecteurs et les auditeurs de ces histoires, eux, leur imagination est également nourrie avec les mots. L’imagination de l’auteur se déploie: les idées tournent, se sculptent; les bruits, les voix, les personnages et les événements se transforment en histoire. Elle est faite de ces mots, qui, au début, forment des bataillons qui chevauchent les pages. Ensuite, ils atteignent les lecteurs et, enfin, ils prennent vie. Ces mots restent sur les pages, ils semblent encore être en batailles rangées, mais désormais, ils galopent dans l’imagination du lecteur. Ils lui appartiennent : il les façonne, les fait tournoyer. L’histoire prend forme dans sa tête tout comme elle a été dans celle de l’écrivain.

C’est pour cette raison que le lecteur est aussi important que le récit et l’auteur. Trio inséparable. S’il y a qu’un seul créateur pour une histoire, il y a surtout des centaines, des milliers, voire des millions de lecteurs, soit dans la langue d’origine, soit dans plusieurs langues si elle est traduite. Sans l’écrivain, l’aventure n’existerait pas; mais sans les milliers de lecteurs autour du monde, elle n’aurait jamais vécu toutes les vies qu’elle peut vivre.

Chaque lecteur d’une histoire a quelque chose en commun avec tous les autres. Séparément, mais aussi ensemble, ils l’ont recréée avec l’aide de leur imagination. Lire est un acte si paradoxal : privé et public, individuel et collectif, intime et global. Lire est probablement ce que l’être humain fait le mieux.

Continuez de lire.

Siobhán Parkinson
Écrivaine, éditrice, traductrice

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