Critique : Funk Files Vol. II par Child in Disguise (CD)

(Par Jean-Maxime Touzel)

La contribution au monde de la musique par Child In Disguise est encore très peu mature, entre autre puisqu’elle a connu ses premiers moments de grandeur seulement en 2013 par l’apparition de son tout premier EP, Funk Files Vol. I. Le titre à lui seul laisse présager un avenir intéressant aux projets de l’artiste, or c’est la qualité de ce court EP de quatre chansons qui accomplit la chose avec une force impressionnante. Le style central à l’ouvrage est clairement illustré et se traduit comme un funk entraînant, presque caricatural des années d’effervescence du genre, pourtant remanié sous une construction semblable au complextro. Il était rare d’observer un style aussi particulier, exercé avec autant de brillance.

Le second volume des Funk Files devient ainsi une suite attendue et très envisageable : le nouveau projet de Child In Disguise explore à nouveau les terrains du funk avec un pas plus confiant, plus ambitieux, malgré tout un peu plus boiteux. Deviner le second volume de cette courte suite comme étant le second volet d’un plus grand total pourrait être une estimation juste : chacun des morceaux présents ne s’éloignent pas de l’idée-mère de l’artiste, en quête d’un remaniement du nu-disco dans son prestige acquis depuis très peu. Pourtant, la tentative diminue de façon décevante le déjà trop petit nombre de quatre morceaux à trois morceaux dont la plupart sont insatisfaisants. Le premier d’entre eux, Galaxy Racer, gesticule une croisée entre le funk et le drum and bass, dichotomique autant au premier qu’au dernier regard. Pas tant pour la rapidité que pour la juxtaposition des deux styles, la maladresse se fait ressentir peut-être par l’exécution qui priorise l’un plutôt que l’autre; le drum and bass est catégorique dans sa rapidité, son élan de force impressionnant alors que le funk est un genre qui s’étale, se contemple à doses tranquilles.Galaxy Racer appuie ainsi très bien le nouveau genre, mais trop peu le funk qui devrait nécessairement lui être central.

Pourtant même Underdog apparaît paresseux dans l’effort qu’il simule après le premier morceau. En rien la chanson n’est un mauvais morceau, mais elle représente très mal le potentiel visible de Child In Disguise : des boucles impressionnantes se freinent brusquement devant un souci de répétition décevant, de manière à ce que trop rapidement, le morceau soit terminé, sans moment fort ni moment faible. On ne peut que se sentir indifférent au résultat, même s’il aurait pu être retravaillé en un tout plus méthodique, plus naturel ou ressenti. Ce qui maintient l’envie de demeurer à l’écoute de Funk Files Vol. II, c’est de façon surprenante le morceau de clôture qui s’élève presque humoristiquement au-dessus des esquisses de funk qui l’ont précédé.

Promiscuous est un élan de maturité, reflet de l’apprentissage par l’artiste depuis ses derniers projets. Sans trop s’éloigner de ce qui rendait hommage à son talent, Child In Disguise remet à jour la qualité sonique de ce qu’il lui allait déjà si bien : Promiscuous se ressent rapidement comme un sommet inébranlable, combinant trop bien l’aspect instrumental du funk avec la qualité technique de la musique électronique. Les synthétiseurs sont timides, pourtant l’aspect synthétique du morceau ne l’est pas, propulsant l’atmosphère du funk vers une image futuriste bien qu’organique.

Décevant reste-t-il qu’un projet qui culmine vers une aussi grande finale se développe aussi fragilement. Promiscuous, puisqu’elle est assemblée à la minutie d’un artiste aussi talentueux que Child In Disguise, est le seul morceau qui n’a l’air de se perdre et sauve l’EP en question d’une déception surprenante. Inutile de dire pourtant que Funk Files Vol. II reste frêle dans son ensemble, bien qu’on en sorte en sachant que quelque chose de captivant se cache derrière le caractère prototypique de ses échecs comme de ses succès.

6.5/10

Morceaux le plus aimé : Promiscuous

Morceaux le moins aimé : Galaxy Racer

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