Critique : Wedding Bells par Cashmere Cat (CD)

(Par Jean-Maxime Touzel)

Le trap reste un genre qui, dans sa recherche d’identité propre, tend à s’incliner vers un caractère brusque, accaparant.  Peut-être va-t-il de soi qu’on peut ainsi l’appeler immature, si bien qu’il prend trop peu de formes uniques hormis celles qui lui sont associées de façon iconique.  Bien qu’ingénieux, le trap qui prend forme sous la production d’UZ, Baauer, RL Grime ou Bro Safari correspond à une forme qui s’épanouit trop peu lorsqu’il s’affronte à la sonorité méconnaissable d’artistes comme Rustie, Birdy Nam Nam ou encore TNGHT.  Il devient ainsi impressionnant d’assister à la popularité grandissante de Cashmere Cat, artiste français qui sculpte le genre sous une toute nouvelle forme : la délicatesse, ou plutôt la jovialité.  Au travers son premier EP, Mirror Maru, le DJ donne un jour nouveau au trap, revigoré de façon lumineuse.  Sa touche française combine des instruments élégants tels la harpe ou le piano avec l’aspect synthétique d’une basse puissante ou d’un snare percutant.  Wedding Bells EP arrive donc dans la meilleure des optiques, sinon peut-être la pire : guider la finesse déjà coutume de Cashmere Cat vers un encore plus haut niveau de qualité.

Le court EP de quatre chansons le fait catégoriquement.  Seul le morceau d’ouverture aurait pu suffire pour démanteler les plus légers doutes, With Me une composition d’une prestance inoubliable.  Son doux piano en dichotomie avec le synthétiseur brusque dévoile un projet artistique assumé, un élan d’inspiration qui nous soulève vers une atmosphère curieuse.  Autant le tout reste d’une beauté surprenante, chaque ajout devient satisfaisant et décèle une attention au détail importante à l’intelligence de Cashmere Cat.  Même le morceau éponyme reflète un effort impressionnant dans la juxtaposition de deux facettes musicales, souvent opposées, cette fois-ci indissociables.  Pourtant, on y retrouve une structure complètement inversée, tant son introduction semble sinistre et matérielle que son refrain naturel et clair.  C’est d’un culot important dont il faut faire preuve pour utiliser un piccolo comme instrument principal et le rendre impressionnant. Il se mesure à l’agencement percussif le mieux assemblé lorsqu’il est question de le complimenter.

C’est pour des raisons similaires que le point faible de l’EP se révèle en sa finale peut-être trop minimaliste pour égaler la finesse des deux précédents morceaux.  Rice Rain élimine complètement l’aspect instrumental de la formule de l’artiste pour rendre prédominant la facette synthétique du trap qui lui est propre.  Le choix, bien que curieux, aurait pu s’avérer juste, surtout puisque plusieurs artistes le font, sans posséder, au final, l’ambition appartenant à Cashmere Cat.  Quant à la finalité du morceau, il en est d’une forme décevante : une montée fragile ne fait que précéder un drop peu gratifiant.  Cette chanson n’appartient simplement pas à l’atmosphère irréprochable d’un EP d’un si grand éclat, notablement après Pearls, l’emblème catégorique de ce que représente l’EP Wedding Bells : un élan de maturité dont le trap nécessite trop souvent.

C’est sûrement par sa nonchalance impressionnante que le morceau en question se hisse au-dessus de tous les autres : le rythme est enjoué, délicat, pourtant entraînant.  Ce qui lui donne la particularité qui l’agrandit autant, c’est la fluidité de tout ce qui s’y trouve.  Les vocalises sont minimales, l’instrumentale comprend des percussions pointilleuses ainsi qu’une simple harpe.  Tout est voué au changement, tant bien qu’aucune constance n’est présente, or la finalité d’un morceau peut être décrite par son minimalisme impressionnant.  La chose pourrait facilement être un affront à tout artiste qui étouffe son morceau avec toutes les idées possibles sans considérer leur insignifiance.

La qualité de cet EP se comprend ainsi facilement puisqu’elle déroge de cette mode populaire du morceau le plus gras qui s’éloigne de la finesse.  Tout élément sonique parmi Wedding Bells EP y a sa place la plus nécessaire pour donner une expérience naturelle, dépourvue de décoration.  À certaines reprises, la formule de Cashmere Cat voit sa formule est fragilisée par son contenu.  Rice Rain, cependant, n’en affecte que si peu le plaisir d’une écoute aussi appréciée que celle du dernier EP de l’artiste.  Wedding Bells nous apprend que la plaisance et la satisfaction du trap se véhiculent facilement par la détente, la délicatesse et la douceur.

8.5/10

Morceaux les plus aimés : Pearls, With Me

Morceaux les moins aimés : Rice Rain

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