Critique : South Park : The Stick of Truth (Jeu vidéo)

(Par Alexandre Poirier)

D’la vulgarité, en veux-tu? Bi’n en v’là!

Je ne peux pas vraiment me considérer comme un « fan fini » de la série télévisée de Trey Parker et Matt Stone, qui en est désormais à sa 17e saison. Oui, j’ai vu le fameux épisode de World of Warcraft (« Mommy, bathroom! »), de même que celui où Cartman, Kyle, Kenny, Stan et Butters se prennent pour des ninjas (« Taisetsu na mono protect my balls! »), mais je ne peux pas vous dire le nombre de fois où Jésus est apparu pour sauver tout le monde (encore une fois) ou bien comment se fait-il que Kenny ne meurt plus à chaque épisode, contrairement à tous mes amis qui regardent la série assidûment. Est-ce que cela veut dire que je suis dans l’obscurité la plus totale lorsque vient le temps d’apprécier cette œuvre vidéoludique? Bien sûr que non! Chaque épisode que j’ai eu la chance de regarder a réussi à me faire esclaffer au moins une fois, moi qui suis, bizarrement, une personne très difficile à divertir au niveau de l’humour. Il semblerait que les jokes de « pipipéniscrottetotonsfoufounes » me font bien rire, même si j’essaye (parfois, mais souvent en vain) d’être un adulte responsable qui met des chemises propres pour travailler et qui se couche à des heures raisonnables.

La dernière création d’Obsidian est un jeu au développement troublé : les nombreux retards au niveau du développement, fort probablement causés par le transfert de la licence de THQ au moment de leur faillite vers Ubisoft, en ont inquiété plus d’un. Quant à son contenu, il n’est définitivement pas pour tout le monde : si vous détestez amèrement la grossièreté et la grivoiserie de l’humour ridicule (t’sais, comme des roux Nazis zombies?) et le style visuel de ces personnages en animation cheap, ne lisez même pas cette critique, ignorez tout ce qui traite du jeu pour les semaines à venir et allez au confessionnal sans plus tarder. Honnêtement, je crois que ni vous ni moi n’avons de temps à perdre sur un éternel combat entre déchéance et prudence quant à la définition du bon goût. Sinon, bienvenue dans l’univers disjoncté de South Park : The Stick of Truth!

Quand l’imagination des jeunes enfants rencontre deux gars sur l’acide

Après une cinématique d’introduction qui vous explique l’éternel conflit entre les elfes et les humains ainsi que la prophétie d’un héros légendaire censé pouvoir rétablir l’équilibre du monde, comme tout bon jeu de rôles cliché qui se respecte, vous êtes amenés à modifier l’apparence physique de votre avatar de manière plutôt approfondie, à l’exception du sexe. Habituellement, j’aurais commencé à vomir un argumentaire contre la masculinité militarisée dans l’industrie vidéoludique, mais la restriction au sexe masculin vient appuyer le récit, les filles faisant partie d’une autre faction que les elfes ou les humains, soit les valkyries. On est quand même dans l’univers de South Park : on repassera pour le socialement acceptable!

5 minutes. 5 minutes, à partir du moment où vous avez appuyé sur « Start » ou « A » ou peu importe : c’est le délai nécessaire pour constater tout le ridicule de l’aventure épique qui vous attend. Oui, « épique » est probablement le mot qui m’est venu en tête le plus souvent, alors que South Park Digital Studios s’amuse allègrement à ridiculiser constamment les tropes des jeux de rôles, qui sont omniprésents dans les créations d’Obsidian depuis Star Wars : Knights of the Old Republic II en 2004 ; vive l’ironie! Vous incarnez le « New Kid », un protagoniste muet qui ne se souvient plus de son passé mystérieux et qui semble cacher un incroyable pouvoir. Rapidement, vous joignez le camp des humains, dirigé par nul autre que Cartman (« The Wizard King ») et êtes chargés de recruter le plus de soldats dans votre guerre contre les elfes afin de contrôler le « Stick of Truth ». Quiconque contrôle la vulgaire branche, contrôle l’univers!

Bien entendu, tout finit par se compliquer : les elfes veulent vous recruter aussi, un OVNI s’écrase sur South Park, vous devez voyager au royaume du Canada, tuer des Mongoles, libérer les Hommes-crabes… Bref, une journée normale dans la « petite ville tranquille du Colorado »! Le plus incroyable dans Stick of Truth, c’est que le jeu réussit ce que peu, à mon humble avis, ont réussi à faire dans les dernières années : me divertir, voire me faire rire, du début à la fin. Ce n’est pas simplement un jeu incroyablement divertissant que Trey Parker et Matt Stone nous ont pondu (dit comme ça, ça sonne super louche), mais littéralement une saison complète du célèbre dessin animé de Comedy Central. C’est une lettre d’amour pour les fanatiques avec d’innombrables références à la série, dont les Chinpokomon, que nous ont offerts les deux créateurs fous. C’est à la fois la grande force de Stick of Truth, mais également sa grande faiblesse…

« Critical hit » ou « Miss »?

Obsidian est passé maître dans l’art du RPG, à l’exception des jeux incomplets (The Sith Lords) ou bogués jusqu’à la moelle (Fallout : New Vegas). Heureusement pour nous, Stick of Truth n’est ni incomplet ni bogué (contrairement à ce que vous avez pu lire ailleurs), mais il est court. Très court. Trop court. « C’est bon, hein? T’aimes ça, hein? T’en veux d’autre, mon cochon? Bi’n c’est fini! Fini! Y’en a p’us! » On s’attendait à un jeu d’une envergure gargantuesque, mais il faut croire que l’univers de South Park n’est pas aussi étendu que l’on aurait souhaité. Tristement, vous devrez compter un peu plus d’une quinzaine d’heures pour la quête principale ainsi que l’entièreté des quêtes secondaires et des collectes d’objets pour compléter le jeu. Le pire, c’est qu’il n’y a absolument rien à faire une fois que vous avez pleuré en position fœtale en constatant la fin de cette épopée. RIEN. Il ne vous reste plus qu’à attendre qu’Obsidian sorte du contenu téléchargeable, trois ensembles de quêtes étant déjà prévus (« CURSE YOU, DLC, CUUUUUUUURSE YOUUUUUUU! »).

J’ai également l’impression que le système de jeu de rôles a été considérablement dilué afin d’aller chercher plus de « joueurs » (lire ici : « acheteurs potentiels ») parmi les fans de la série. J’imagine que la majorité est principalement composée d’obèses à l’éducation relativement limitée et dont le train de vie se résume principalement à boire de la Pabst et « tirer du gun ». Ceci étant dit, le choix de votre classe (Warrior, Thief, Mage… et Jew, qui est comme un prêtre, mais version South Park) aura très peu d’impact sur l’évolution de votre personnage, ne serait-ce que pour les quelques habiletés mises à votre disposition qui sont à la fois stupides et d’une violence incroyablement jouissive. Ainsi, l’habileté « Dragon’s Breath » du Mage se résume à faire péter un feu d’artifice dans le visage de vos ennemis, mais votre Mage pourrait très bien avoir une armure lourde ou une épée longue, les restrictions d’équipements étant totalement inexistantes dans Stick of Truth. Toutes les classes auront également accès aux différentes sorts au fur et à mesure que la quête principale progresse, magie qui s’avère être en fait des flatulences portant le doux nom de « Dragonshout » ou « Nagasaki ». Elles sont à la fois des moyens de débloquer des parties de l’environnement jouable et des attaques puissantes en combat.

« Bon, c’est beau les pets p’is l’feu, mais j’imagine que le combat est pourri aussi? » RÉJOUISSEZ-VOUS, MES AMIS! Le système de combat au tour-par-tour est probablement l’un des meilleurs que j’ai essayé depuis que je joue à des jeux de rôles. Contrairement aux Final Fantasy de ce monde, il n’est pas entièrement passif puisque vous devrez maintes fois lors d’un combat appuyer sur un ou plusieurs boutons afin de bloquer les attaques de vos ennemis ou de vous assurer de l’efficacité de vos attaques. Par exemple, Jimmy, notre handicapé à béquilles préféré, joue le rôle d’un barde (ou ménestrel, pour les néophytes. Ou musicien médiéval, pour le monde inculte.), mais étant donné qu’il bégaie constamment, le joueur doit appuyer sur un bouton à répétition afin d’être certain qu’il ne rate pas sa chanson et qu’il ne déçoive pas son « public incroyable ». Combinez ça aux invocations carrément tordantes, comme Mr. Slave, Mr. Hanky, Jesus et Mr. Kim (je ne vous en dis pas plus, à vous de les découvrir!), et vous allez être plus que satisfaits par les joutes infantiles et barbares. Prenez des notes, Square-Enix!

« I’m goin’ down to South Park gonna have myself a time. »

Certains me demanderont sûrement : « Ça vaut-tu vraiment la peine de payer 60$ pour ça, Alex? » Considérant qu’une saison de South Park vaut environ 30$, je vous dirais d’attendre un rabais déconcertant durant la Steam Summer Sale, alors que votre porte-feuille mangera une volée de toute façon! South Park : The Stick of Truth est, incontestablement, ma surprise de 2014. Si le jeu comporte de nombreux défauts, ses quelques qualités réussissent tout de même à se démarquer et illuminent l’obscurité… du cul de monsieur Esclave. L’année ne fait peut-être que commencer, mais ça s’en va définitivement dans mon palmarès en décembre!

Une réflexion sur “Critique : South Park : The Stick of Truth (Jeu vidéo)”

  1. Je suis bien d’accord, le jeu est vraiment hilarant du début à la fin, chose très rare dans le médium. Parker et Stone ont fait tout un travail. Par contre j’ai trouvé que 15h était pas mal parfait comme longueur. Le système de combat est trop simpliste avec seulement quelques habilités différentes. Si ça avait été un jeu de 30-40h ça aurait été beaucoup trop répétitif à la longue. Vraiment une belle surprise pour débuter l’année.

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