Le top 50 musical de 2013 selon Jean-Maxime Touzel (Page 3)

(Par Jean-Maxime Touzel)

Faire hommage de façon appropriée à l’année 2013 musicalement parlant reste un effort en soi.  Il serait simple d’extrapoler la suffisance d’une sortie d’album par Queens of the Stone Age, Beyonce, Drake, Justin Timberlake, Kanye West ou même Daft Punk pour satisfaire les goûts les plus capricieux et exigeants.  Or, il est à chérir l’année 2013 pour tant d’autres choses qu’y restreindre ses succès à 50 albums ou EPs serait un affront à la qualité musicale dont l’année dernière a su faire part.  Des mentions notables ne peuvent que s’accorder à l’album de Woodkid, The Golden Age, qui n’arrivera pas à atteindre le top 50, mais qui saurait séduire toute personne qui s’est essayé à l’avant-gardisme du mélange orchestral et tribal qu’apporte Yoan Lemoine au sein de son tout premier ensemble musical.  La compilation Feathers par le label de disque Pelican Fly illustre parfaitement la versatilité du trap, qui renaît sous une touche française qui lui va à merveille. 

Le dernier EP de Phonat, Identity Theft, comprend le minimalisme d’une tout autre manière : chacun des synthétiseurs au sein de ses morceaux semble exister pour une raison uniforme, celle de créer une ambiance unique et envoutante.  Opiuo, au travers la troisième partie de son EP Butternut Slap, redéfini les limites du funk, par l’exécution d’un glitch-hop si réussi qu’il arrive à donner un naturel imposant au genre.  Finalement, le premier album de Daughter donne raison au fanatisme important attribué au groupe qui crée un son qui lui est propre et qui se comprend avec facilité déconcertante.

Cependant, même des contributions aussi importantes au monde actuel de la musique ne suffiront pas devant la qualité immédiate et poignante de chacun des 50 albums ou EPs issues de ce classement qui, il faut se l’avouer, ne relève que de mon opinion personnelle, biaisée par des goûts et dévouée d’objectivité.  Toutefois, certains des artistes au sein de ce top 50 auront passé injustement sous l’œil de plusieurs individus qui auraient souhaité les connaître et ne restent néanmoins pas plus incroyables.  L’évaluation de la qualité de ces albums/EPs se fera au travers l’appréciation globale de l’ensemble des chansons, jumelées à la qualité de chacune des chansons dans son individualité : il paraîtra ainsi surprenant pour certain de trouver un simple EP de trois chansons se trouver au-dessus d’un album complet d’une dizaine de chansons, mais il va de soi dans la qualité musicale entraînée par chacune des chansons par elles-mêmes. C’est ainsi dans l’optique d’une appréciation nouvelle que je vous présente le top 50 des albums/EPs de l’année 2013.

20. WHAT SO NOT – The Quack

The QuackAssurément l’un des meilleurs ajouts aux registres d’artistes déjà impressionnant du label de Skrillex, OWSLA, What So Not, l’union impeccable de nul autre que Flume et d’Emoh Instead, s’annonce dépourvu de la nécessité du progrès : The Quack apparaît peut-être trop court pour faire partie d’une liste qui rassemble les regroupements complets de plusieurs chansons, mais il forme l’un des ensembles les plus prometteurs et solides de la musique électronique.  Everytime You See Me, béni de l’apparition d’Action Bronson, représente l’association au rap la plus ingénieuse depuis la collaboration entre Flosstradamus et Danny Brown sur From The Back.  On se rappellera davantage cependant, après une écoute sans effort de l’EP, de l’approche unique envers le house construite au sein de High You Are, le bijou dont plusieurs attendait en cette année remplie d’indécision liée au genre.  Il ne fallut ne serait-ce que trois chansons pour prouver l’éminence d’un groupe apparaissant déjà accompli après une carrière puissante qui, en fait, ne fait que commencer.

19. MOUNT KIMBIE – Cold Spring Fault Less Youth

Mount KimbieAprès trois années d’attente presque causatrices d’une attention diminuée apportée à Mount Kimbie, le choix de production adopté par le groupe pourrait sembler étonnant.  Plutôt que de prononcer d’avantage la précision et le caractère percussif du post-dubstep dont ils sont les ardant défenseur dans leur premier album, Crooks & Lovers, Cold Spring Fault Less Youth adopte une vision plus condensée, semblant émaner d’une petite salle vide dont l’écho supporte le son nouveau du groupe, faute de quoi ses membres semblent repartir à zéro vers une direction nouvelle, ouverte cependant à des idées d’une originalité incommensurable.  L’inclusion de King Krule parmi You Took Your Time et Meter, Pale, Tone reste l’une des collaborations les plus réussies à ce jour, amenant chacune des chansons vers un sentiment de solitude atteint par peu.  Le génie du groupe se mesure d’une aussi belle façon au sentiment d’accumulation progressive véhiculé parmi des morceaux puissant tels Made To Stray et la trop courte Fall Out, génie digne d’une renaissance à l’éloge méritée quant aux nouvelles idées de Mount Kimbie.

18. PHUTURE DOOM – Phuture Doom

Phuture DoomCe qui caractérise aussi bien le succès de la formule nouvelle de Phuture Doom, c’est que par leur album éponyme, ils en viennent impeccablement à dissocier la dichotomie prévalant entre le métal et l’EDM, les rassemblant en un genre appelé le Black Acid qui, du même fait, ne considère plus les deux genres en somme, mais en un tout complet et inséparable.  Chacune des chansons placées dans l’album relate de la complétude de cette initiative qui se traduit par une puissance démesurée, autant dans des morceaux de dubstep que dans du drum n’ bass ou du glitch-hopLe genre est polyvalent et exécuté avec une confiance ébranlante, surtout par l’un de ses morceaux finals, Phuneral Phuture, qui comble tout désir d’accéder à une vision sinistre et surpuissante de la musique électronique.  Phuture Doom est un album aussi précaire que le choix de l’écouter, ce qui démontre du même coup l’ampleur d’une révolte aussi puissante envers la douceur de la musique, électronique ou pas.

Ma critique complète de l’album étudie de fond en comble l’excellence de cet album.

17. BAAUER – USB

BaauerLe cadre dans lequel se retrouve cette nomination ne pourrait qu’être qualifiée d’unique : sans publications significatives depuis un long moment, Baauer apparaît silencieux hormis sa large présence sur les réseaux sociaux, exemplifiée depuis la montée impressionnante subie par son single Harlem Shake.  Ceux déjà au courant de la prédisposition de Baauer à faire progresser le trap d’une façon démesurée sauront l’impact significatif que possède la sortie d’une nouvelle chanson par Baauer, en particulier quatre, créant une satisfaction imminente et immédiate.  Qui aurait pu savoir que plusieurs clés USB lancées au hasard dans des spectacles par l’artiste auraient pu contenir un aussi grand amalgame de diversité dans le trap, exposée notablement au travers le morceau le plus complet, XTC, qui transporte le genre vers un tout nouveau niveau de noirceur.  L’atout le plus puissant de la clé USB reste cependant la familiarité ressentie dès les premières secondes de BADDST qui rappelle à tous la position qu’occupe Baauer au sommet du genre qu’il supporte, le trap.  Peut-être dira-t-on qu’Harlem Shake est le manifeste le plus grand de l’effervescence de l’artiste au travers l’année de 2013; c’est cette clé USB qui en affirme pleinement son mérite.

16. RESO – Tangram Remixed

ResoDe la même manière qu’une compilation pourrait apparaître injustifiée au sein d’une panoplie d’albums originaux, un album remixé ne pourrait qu’apparaître comme un choix inusité, particulièrement lorsqu’il est question de considérer l’ensemble artistique d’un regroupement musical, la chose étant complexe en prenant compte de la déconnection entre chacun des artistes.  Qualifier ainsi l’album remixé de Reso, Tangram, d’un énorme coup de chance autant que d’une sélection brillante d’artiste est un qualificatif tout à fait honnête qui ne saura jamais décrire suffisamment la panoplie de talents rassemblés sous un seul et unique disque.  Le morceau d’ouverture, Axion remixé par KOAN Sound, est, sans pouvoir être une surprise, l’un des cadeaux les plus satisfaisant du groupe qui fusionne parfaitement leur ingéniosité dans le glitch-hop qui leur est propre avec le dubstep qu’il maîtrise mieux que tout autre artiste qui s’y dédit complètement.  C’est malgré cela l’inclusion d’artiste très peu connus qui forment les éléments les plus intéressants de Tangram Remixed : au travers les remix de Check 1,2 par Emperor et d’Half Life par Billain, un pandémonium d’une force dévastatrice se crée plus que dans tout autre genre, le son de Billain rappelant les synthétiseurs usés par des légendes telles LFO, mais adaptés aux goûts particuliers de l’audience actuelle, et le son d’Emperor, si diversifié qu’il reste un défi de qualifier le genre propre à l’artiste, extrapolé par un morceau de drumstep qui laisse ahuri.  La perle rare du seizième album de cette liste demeurel’inventivité à la tête d’un des remix les plus réussis de l’année 2013.  Non seulement Doshy s’attaque à un morceau original indécomposable, Coronium étant à priori une composition destinée à  l’ambiance, mais le transforme en un genre connu par tous, reconnu désormais par peu : un trap accéléré à 160 bpm qui semble ne pas pouvoir être catégorisé d’une quelconque manière.  C’est une chose complexe que de choisir une aussi impressionnante sélection d’artistes méconnus; c’est une chose inoubliable que d’entendre chacun d’eux faire avancer l’EDM vers des terrains jusqu’à ce jour atteint par personne.

15. POMRAD – This Day EP

PomradL’initiative étonnante de Daft Punk de retourner vers les racines de disco pour développer une nouvelle sonorité à la musique électronique ont su rendre plusieurs adorateurs de la musique béats.  De voir une initiative s’opposant à la nouvelle vision musicale du duo de DJ semble un geste précaire, nous poussant nécessairement à se demander si accentuer les instruments synthétiques dans le nu-disco le gratifie pleinement.  L’EP This Day par Pomrad est la réponse la plus assumée à ce questionnement, Pomslap la preuve la plus concrète possible.  L’atmosphère de funk créée par l’artiste est d’une qualité éblouissante, jumelant avec transparence les racines de disco recherchées par Daft Punk avec les efforts importants du monde de la musique électronique, plutôt que de les ignorer.  Le registre musical de Pomrad ne se limite néanmoins pas au nu-disco si distingué dont il est question, mais s’aventure courageusement dans le trap, inspiré par nul autre que Rustie qui, lui-même, paraît s’inspirer de la trame sonore de Mario Kart 64Chaque chanson issue de cet EP, d’une originalité déconcertante, ne semble toutefois pas déconnectée de l’artiste, laissant son empreinte sur un nombre regrettable de morceaux.  Six devient alors un chiffre d’une petitesse absurde, un fort sentiment est laissé de plénitude, ironiquement accompagné d’une faim impressionnante.

14. SKRILLEX – Leaving EP

SkrillexLe plus beau cadeau qu’aurait pu laisser Skrillex en le malheureux Noël 2012 pour nous consoler de son absence n’aurait pu être qu’un simple signe de vie, tout pour nous rappeler que sa disparition à titre de production musicale n’était que mythique ou dûment méritée.  Il ne vaut pas la peine de dire que l’absence de ce cadeau ne pouvait que laisser un goût d’amertume regrettable qui aurait pu faire perdre tout espoir en Skrillex, même auprès du fan le plus confiant en le talent exagéré du producteur.  La déception prend tout autant forme en considérant l’accession au status de légende par Sonny Moore, surtout après avoir été déclaré par le BBC Sound of 2012 comme étant le quatrième artiste au plus grand potentiel de l’année 2012.  C’est pourquoi le dernier EP de Skrillex, Leaving, fut aussi bien accueilli lorsqu’il fut mis en vente le 2 janvier 2013, raison claire pour laquelle nous ne devrions jamais exiger quoi que ce soit de Skrillex hormis le temps nécessaire à l’accomplissement de ces projets les mieux exécutés.  Scary Bolly Dub reprend brillamment les vestiges laissé par Scary Monsters and Nice Sprites pour reconstruire un morceau de dubstep ahurissant aux inspirations surprenantes de Bollywood.  Leaving, le morceau final du EP est un doux mélange de downtempo et de post-dubstep qui étale encore davantage la polyvalence de l’artiste, connu par trop pour sa musique de dubstep et non pour les autres genres qu’il maîtrise aussi bien.  C’est l’electro aux saveurs françaises comprise au sein de The Reason qui laissera malgré tout chacun des fans de Skrillex rassasiés, mais aussi confiant en son grand retour.  Une chanson aussi bien ralentie pourrait paraître très peu envoutante ou dansante, or elle surpasse les clichés musicaux associés à la musique électronique du moment : The Reason est aussi percutante que sa production est méticuleuse.  Cet EP n’est qu’une courte épiphanie du génie possédé par Skrillex qui, nous le savons trop bien maintenant, saura en surprendre beaucoup plus qu’un.

13. I AM LEGION – I Am Legion

L’album issu de cette combinaison ne peut qu’apparaître surréel.  Split The Atom par Noisia doit rester l’un des coups d’envois les plus affirmés de la vision moderne que l’on apporte à l’EDM, sombre, encline à faire l’éloge d’une force musicale.  Il serait même possible de déclarer cet album à la source du dubstep, drumstep et drum n’ bass tel qu’on les connait, Noisia étant l’une des inspirations les plus profondes d’artistes tels Skrillex, Koan Sound ou Feed Me.  La carrière du duo de rap Foreign Beggars s’élabore par l’inattention donnée à leur talent, éclipsée par une vision plus légère, américaine, peut-être même plus caractéristique du rap.  Depuis peu, toutefois, le trap fut adopté par non-seulement la relève musicale du genre en question, mais aussi par la scène actuelle de la musique populaire, aidant le duo à se hisser une place justifiée parmi l’avancement des rappeurs aux visions plus sombres, comme A$AP Rocky, The I Am LegionUnderachivers, Flatbush Zombies ou SpaceGhostPurrp.  Un mélange surprenant de Noisia et de Foreign Beggars, aussi invraisemblable puisse-t-il paraître, a su résulter en quelques-unes des meilleures pièces musicales des années précédentes, notamment Shellshock, qui anéanti la formule traditionnelle du rap en combinant les vocalises du duo anglais avec un rythme effréné de drum n’ bassI Am Legion devient ainsi l’une des armes les plus craintes par tout producteur au courant de ce que le groupe entraîne : jumelant sous un seul titre le trio de producteurs Noisia et le duo de rap Foreign Beggars, l’album éponyme couvre tout terrain sur lesquels chacun d’eux n’ont pu s’installer et ce, avec une ambition alarmante.  Même si une sensibilité aux genres devient obsolète, Jelly Fish redéfini les critères associés au glitch-hop, Make Those Move illustre une vigueur absente dans l’électro et Farrda corrige l’excès de force dans le dubstep pour le rendre autant subtil que percutant.  Il est d’une nécessité importante la discussion des deux morceaux emblèmes à l’album : Choosing For You pourrait sembler la zone de confort seule des rappeurs surtout puisqu’elle forme le premier essaie au trap par Noisia; cet essaie ne pourrait cependant pas échouer mieux toute tentative de dénigrer la renommée attribuée à eux trois.  Une dangerosité méliorative émane dès le drop de ce morceau pour faire comprendre à tous comment s’éloigner de la facilité avec le plus grand des styles.  Autant Foreign Beggars apparaît à son aise dans la chanson en question, c’est au travers Dust Descends qu’on les ressent les plus grandis, les plus accomplis.  Le rythme de drum n’ bass si unique du trio de producteurs ne pourrait appartenir qu’à eux, son ingéniosité presqu’accablante.  Pourtant il semble improbable pour tout autre groupe de rappeurs d’y faire sa place, surtout aussi bien.  L’impression laissée par I Am Legion est d’une immensité telle on aurait su le voir en aucun autre endroit, même par des têtes importantes du hip-hop expérimental comme Death Grips qui laissent des fondations importantes sans toutefois y dresser une image claire de leurs intentions.  Noisia est l’une des figures de puissance les plus omnipotentes de la musique électronique, Foreign Beggars son arme nucléaire.

12. DAFT PUNK – Random Access Memories

Une année sans la moindre mention du dernier album du duo de DJ français Daft Punk serait une année incomplète, du moins négligée.  L’album ayant précédé l’une des pauses les plus ressenties du domaine artistique, Human After All, a su laissé une population gigantesque dans un malaise inconfortable durant plus de huit ans.  Pour plusieurs, il apparaît comme l’effort forcé d’un duo légendaire en obligation devant une date limite de production, pour qu’en réponse à seulement deux semaines de production, l’album apparaisse prêt aux yeux de trop peu.  Ce trop peu, cependant, est en mesure d’admettre la vision titubante du duo envers la technologie, devenue plutôt sombre et critiquée (la chanson Television Rules The Nation étant l’indicatif le plus clair de ce changement).  Un avancement logique, pourtant inavoué de ce changement spontané aurait été d’imaginer un abandon Daft Punkdrastique des technologies usées par le duo pour mener le nu-disco vers une nouvelle direction instrumentale, ce qu’accompli effectivement, mais surtout parfaitement le dernier album de Daft Punk, Random Access Memories, d’un génie qui mérite d’être connu de tous.  Hormis ne serait-ce qu’à quelques occasions, ce sont les chansons qui font usage du moins d’instruments électroniques qui laissent une meilleure impression, si poignante soit-elle que la tactique employée par le duo en question n’apparait plus comme une rétrogradation.  Autant Get Lucky reste la chanson la plus populaire de l’année, avec tout le mérite qui lui revient, Fragments of Time saurait convenir aux goûts de tous, tout en suscitant une nostalgie trop peu ressentie quant au disco.  Ce qui caractérise spécifiquement Random Access Memories dans ce retour à l’arrière, c’est qu’il inverse la vision même attribuées aux vocalises usées par les deux producteurs français : alors qu’autrefois Tomas et Guy-Manuel voyait l’avant-gardiste derrière la modification d’une voix humaine pour la rendre la plus robotique possible, l’inverse devient la priorité du duo pour que dès la première chanson, Give Life Back To Music, un synthétiseur vocal soit usé mieux que nulle part ailleurs pour simuler un retour vers l’humanité.  Il va de soi que complimenter la sélection brillante de collaborateurs est d’une nécessité importante.  Neil Rodgers, le guitariste reconnu de Chic, ajoute un funk inoubliable parmi plusieurs des chansons, particulièrement Lose Yourself To Dance, alors qu’un ajout particulier à la liste d’artistes compris parmi l’album, Panda Bear d’Animal Collective, vient former l’un des morceaux les plus unique, pourtant les plus réussis de l’album, Doin’ It Right, donnant une vision artistique au trap tel le genre le mérite.  Autant l’album reste l’affirmation d’une renaissance musicale, celle de la musique électronique devenue diverse en oubliant la répétition, un message est tout autant affirmé dans la précision maladive de Daft Punk : Random Access Memories est un modèle à suivre, dans tous les genres comme au travers tous les âges.

11. INC. – No World

INCInc. possède une vision artistique jusqu’à ce point curieuse.  Alors que tant d’artistes visent la force et la grandeur comme objectif de production, les deux producteurs tendent curieusement vers la douceur, leur voix restant un simple chuchotement qui donne une sensibilité à chacune de leur composition.  Leur registre musical n’est complet que par l’inclusion de deux ensembles musicaux : leur premier EP, 3, synonyme d’une originalité époustouflante qui ne pouvait que louanger le futur grandiose du duo, ainsi que leur tout premier album, No World, synonyme des attentes les plus excédés en rapport à eux.  Il est question ici dès le morceau d’ouverture, The Place, d’une idéologie en dichotomie avec la masse, qui tisse les effluves d’une douceur presque sensuelle, envoutante.  Jamais un album ne pourrait sembler plus apte à placer dans une salle cherchant le confort, l’intimité ou l’apesanteur, du début à la fin n’étant ressenti qu’un sentiment d’agréabilité.  5 Days fait l’éloge de cette nouvelle vision de la beauté, discrète et modeste : c’est une musique qui ne semble aussi peu électronique qu’acoustique.  Si le genre qui pouvait convenir le plus à l’extraordinaire d’Inc était descriptible, ce serait un R&B précaire, minimaliste pourtant suffisant dans l’exaltation de la vision complète du duo en question.  Un hommage indispensable mérite d’être attribué en fin de tous comptes à un morceau de No World : Desert Rose (War Prayer) guidée par l’utilisation unique d’une guitare vacillante en un vibrato langoureux, presque surréel.  Pourtant, les dessins angéliques créés par Inc. sont en mesure de se comprendre par une écoute détendue et sereine d’un seul morceau, qu’importe son titre, et se saisissent aussi bien que le talent du duo est clair, presque injuste.

10. GESAFFELSTEIN – Aleph

Les dernières années illustrent une tangente vers une vision agréable, presque joyeuse de la musique électronique : autant en 2013 avec la collaboration faite à son égard par Daft Punk, des pratiquants avides de l’electro sombre tels Justice ont su transformer leur son en un electro-rock trop agréable pour se dire obscure.  Une question à se poser aurait été de se demander si tout artiste convenait à cette nouvelle vision de la musique électronique de là à se départir du caractère sombre d’un synthétiseur presque cacophonique.  Saurait-on revoir un jour des bijoux musicaux tels Let There Be Light ou Waters of Nazareth par Justice?  Le duo de DJ français semble lui-même avoir trouvé la réponse, ayant appuyé une nouvelle figure de puissance dans l’electro français, figure au potentiel ahurissant et aux idéologies artistiques plus sombres que nul ne saurait se risquer : le premier album de GesaffelsteinGesaffelstein plonge l’auditeur dans une noirceur qui manquait à la scène de l’EDM, toutefois avec une minutie autant renommée qu’enviée.  Aleph sonne les cloches d’un avertissement puissant, autant avec des vocalises effrayantes parmi Out of Line et Destinations qu’avec des synthétiseurs stridents dans Hellifornia et Trans.  Les trois merveilles de cet album restent incontestablement ses morceaux les plus connus: Pursuit, Hate Or Glory et Obsession apparaissent calculés, tout droit sortis d’une usine produisant massivement la destruction.  Le dernier offre une atmosphère qui rappelle les terrains dans lesquels s’aventuraient Stress par Justice, mais se fait au travers un rythme ralenti, propulsant les percussions vers un tout autre niveau de prestance.  Hate Or Glory accompli quelque chose d’encore rarement vu : l’énergie curieuse simulée au début du morceau est drastiquement interrompu par un cri de souffrance qui se fait sentir comme une peur désarmante.  Pourtant cette même chanson reste aussi saisissante que gratifiante; plus un progrès est fait dans l’écoute d’Hate or Glory, plus il est question d’une bombe qui semble prête à éclater à tout moment.  Pourtant l’éloge faite aux deux dernières chansons dont il est question ne serait jamais équitable lorsque comparée à celle devant être donnée à Pursuit, l’apex monumental d’un album qui n’aurait pu s’ouvrir mieux.  Ses percussions sonnent tels les claquements sinistres d’un fouet métallique, ses synthétiseurs telle la mécanique d’une machine qui ne saurait être stoppée, les vocalises occasionnellement usées tels les cris d’ordre d’un dictateur aux objectifs malicieux.  C’est une perle musicale telle on en voit rarement, pouvant éliminer toute forme de doute envers quiconque croyant en l’absence d’une noirceur dans la musique électronique comme une chose à répéter.

9. LITTLE GREEN CARS – Absolute Zero

Absolute Zero n’a jamais été sujet à représenter autre chose que le sentiment allègre de légèreté, de confort.  Pourtant il n’a jamais été question que Little Green Cars ne se prenne pas au sérieux, ou ne s’accorde aucune ambition : leur premier album reste l’un des projets de pop/rock les plus accomplis de l’année, peut-être même de la décennie.  L’atout qui Little Green Carsrésonne comme le plus grand des instruments dans chacun des morceaux de l’album demeure nécessairement les harmonies vocales d’une splendeur ahurissante; il est impossible de sentir ne serait-ce qu’une perception d’isolation devant le sentiment de compréhension parfaite entre chaque membre, en chœur parfait sur des morceaux qui leur conviennent parfaitement.  Autant Little Green Cars n’apparaît pas redéfinir les normes associées au pop, elle lui accorde une nouvelle vie, un effort si significatif devant la facilité déconcertante de la musique actuelle.  Harper Lee, le morceau d’ouverture, pourrait paraître comme un simple morceau d’acoustique dès les premières secondes, simpliste et dépourvue d’originalité, pourtant s’élève à un niveau de splendeur propre au groupe et qui s’exécute au travers presque toutes les chansons de l’album.  My Love Took Me Down To The River To Silence Me doit être l’un des morceaux les plus uniques de l’année, usant des vocalises d’une façon inhabituelle, presque maladroite, pourtant si bien organisée qu’il est demandant de douter de l’ingéniosité de Little Green Cars.  Hormis Red & Blue qui sonne aussi dissonant qu’un cri d’autruche en agonie profonde, chaque chanson comprise dans Absolute Zero est la manifestation d’une entente parfaite entre vocalises et instruments, surtout dans The John Wayne, la simple preuve du plaisir apparent manifesté par le groupe, brillant ensemble de figures inséparables l’une de l’autre.

8. JAMES BLAKE – Overgrown

Toute adoration profonde envers James Blake est surtout le manifeste d’une admiration profonde envers sa compréhension de plusieurs choses : le sentiment de décrépitude parfaitement décrit dans son premier album éponyme au travers The Wilhelm Scream, de solitude dans To Care (Like You), ou d’effervescence musicale par Unluck.  L’avant-gardisme d’un aussi beau poème à la musique n’a de défaut que sa précarité démesurée, trop avant-gardiste pour les goûts populaires.  Overgrown pourrait ainsi apparaître tel un pas de recul, douteux devant l’adoption manquante du premier album en question par la masse populaire, tel il y James Blakecomprend de légers efforts de R&B et de trapMais en rien le second album de James Blake n’est conciliant, aussi poussé est-il possible pour lui de le faire : Overgrown reflète une empathie presque étouffante, seule possible par le génie d’un artiste tel James Blake.   Au dépend d’être seul sur un rocher devant une panoplie d’étoiles mourantes, si bien décrit dans la chanson Overgrown, James Blake semble le seul à diriger le genre du post-dubstep vers de nouvelles directions, intégrant les vocalises trop souvent manquantes dans le genre.  Life Round Here, essaie par l’artiste au trap, découd les normes y étant associés et le propulse vers une toute nouvelle forme, accueilli même aujourd’hui par Chance The Rapper qui s’y place aussi bien que dans tout autre morceau de trap régulier, peut-être même mieux.  Retrograde, quant à lui, fait preuve d’une confiance qui convient seulement au R&B, amenant les fredonnements de James Blake vers une hauteur spectaculaire qui résulte en une chute lente et dramatique, une solitude caractéristique à l’album éponyme précédemment mentionné.  Voyeur reste l’éloignement le plus grand des racines profondes de post-dubstep par James Blake qui s’aventure dans le populaire garage-house, pourtant avec un pas prudent, presque précieux.  Les seuls indices de garage-house dans Voyeur sont illustrés par la répétition percussive, qui ne fait que donner structure au genre presque méconnaissable.  Malgré tout, c’est dans les morceaux axés sur la voix fragile de l’artiste que tout reprend place, que tout semble dépourvu de faute, comme dans I Am Sold ou surtout Our Love Comes Back qui fait sonner le falsetto de James Blake en chœur avec lui-même dans le monde qu’il a lui-même créé, monde dans lequel un abandon est inévitable

7. DANNY BROWN – Old

Danny Brown n’a que 32 ans, pourtant il se déclare déjà vieux.  Peut-être est-ce parce qu’il est au sommet de son jeu, à l’abri des paresses possible dans le rap, ou peut-être est-ce parce qu’il participe au monde du rap depuis assez longtemps qu’il a su changer suffisamment de techniques ou de formules.  Le personnage créé par le rappeur n’est cependant que très jeune et pourrait sembler immature aux yeux de tous, tant bien il discute allègrement de sex, d’alcool et de drogues avec une explicitation parfois déconcertante, presque inconfortable. La chose est, en effet, notable dans From The Back par Flosstradamus où il y discute de ses ébats sexuels avec une crudité indécente.  Le dernier album de Danny Brown ne pourrait, malgré tout, mieux Danny Brownillustrer l’accomplissement de son personnage autant que de l’artiste lui-même, tant bien ils s’affrontent avec une intelligence particulière parmi deux parties d’albums qui repoussent les limites du rap à leur propre façon.  La partie A, ouverte par Old, marque le début d’une introspection brillante quant à l’artiste, une ouverture d’esprit impressionnante considérant le personnage qui lui est propre.  Il discute des difficultés propres à sa vie, à sa ville natale, à ses erreurs personnelles, avec une véracité incomparable.  Torture et 25 Bucks, habilement aidés des favoris personnels, Purity Ring, sont la référence parfaite à cette hégémonie lyrique.  Ce qui grandie le mieux Old cependant et ce qui le hisse parmi les dix meilleures sorties de l’année, c’est la deuxième partie qui débute par nul autre que Dope Song, l’une des meilleures chansons de l’année.  Autant la première partie semble annuler toutes spéculations faites à l’endroit de Danny Brown par sa sensibilité, la partie B leur répond toutes par la combinaison des paroles les plus gratifiantes avec les instrumentales de rap les plus satisfaisantes de l’année.  Dès la première écoute de Dope Song, brillamment arrangé par un génie du trap, Rustie, et qui semble représenter l’apogée musicale de l’artiste, une série parfaite de morceaux incroyables s’amorce et ne finit que par la dernière chanson, Float On, concluant une période si saisissante qu’on ne peut qu’en exiger un moment d’arrêt, soit par pause, soit par incorporation.  Dubstep incorpore brillamment la vacillation clichée du genre pour former une instrumentale parfaite pour la grossièreté de Danny Brown, suivie de Dip, tout aussi adroite dans son succès incontesté parmi la formule devenue insuffisante usée par la relève musicale du rap. On y concilie un trap phénoménal avec des paroles tout aussi instantanées dans son sentiment d’insouciance.  Rustie réapparait dans la production de Break It (Go) pour établir le pinacle de l’album, un moment d’intelligence que peu de producteurs pourraient atteindre.  Il serait possible de louanger chacune des chansons comprises dans Old, sauf que la chose se ferait jusqu’au prochain album de Danny Brown, peut-être la seule façon de surpasser les limites qu’il a splendidement placé vers de nouvelles hauteurs.

6. KANYE WEST – Yeezus

Le stade atteint par Kanye West rend son trajet complexe : il semble difficile de mettre le doigt sur le moment le plus faible de la carrière du rappeur, au sommet de son jeu et reconnu par tous dans sa position, alors qu’il apparaît élémentaire de reconnaître My Beautiful Dark Twisted Fantasy comme l’album issu de son accession au titre de légende musicale.  Encore considéré comme un album parfait et peut-être comme l’un des meilleurs albums de tous les temps, l’un des plus grands défis à accomplir par Kanye aurait été de surpasser, peut-être même équivaloir l’ampleur artistique laissée derrière cet album.  Pourtant sa suite, Yeezus, est la réponse naturelle à son empire inévitable, tant bien il l’anéanti plus facilement qu’il fût bâti, On Sight le Kanye Westcrachat immédiat au visage de ses adeptes.  L’effet voulu par Kanye West s’apprécie mal, comme s’il souhaitait nous répugner : alors que le titre relève d’une prétention hors pair, comparant le rappeur à un prophète, le troisième morceau, I Am a God, le compare littéralement aux dieux, pouvant laisser un goût amer d’égocentrisme houleux à tous ceux qui espère une vision terre à terre de la musique.  C’est cependant cette vision qui permet à Kanye West de se donner des permissions trop courageuses pour les artistes prudents, sa plus grande inspiration étant clairement le vacarme musical typique de Death Grips ainsi que les synthétiseurs surpuissant dont ils font usage.  Si peu de morceaux dans Yeezus pourront s’entendre à la radio, revendiquant ainsi une distance avec le succès, du moins l’affichage.  Sa campagne publicitaire en fait d’ailleurs l’éloge, la seule forme de notification employée quant à l’arrivée de l’album étant une présentation du visage de Kanye sur des monuments historiques et populaires, rappant les paroles poignantes de New Slaves et sa nouvelle vision de l’esclavage, assurément la meilleure chanson de rap de l’année 2013.  La destruction complète des racines ayant eu préséance sur le propre registre musical de Kanye West se mesure tout aussi bien cependant à une délicatesse consciencieuse, sophistiquée des incorporations dont il fait usage.  Justin Vernon de Bon Iver reste la contribution la plus puissante parmi l’album, autant dans son rôle important parmi Hold My Liquor et I’m In It que dans sa brève apparition à la fin de I Am a God.  Tout semble calculé parmi le chaos clair mis sur pied tout au long de l’album, précisément dans Blood On The Leaves, côte à côte avec les morceaux les plus influents dans la carrière de Kanye, précisément Runaway.  Son échantillon de Nina Simone est en dichotomie claire et précise avec les cuivres synthétiques de R U Ready, élaborés par le duo de trap TNGHT.  Le résultat, cependant, donne une prestance à la vision artiste de Kanye West qui se voit incomparable.  Savoir si Yeezus reste le meilleur album de Kanye devient une chose considérable qui se discute parmi beaucoup.  Pourtant la grandeur disproportionnée de l’ambition de l’artiste gesticule bien plus qu’une prétention, plutôt une révolution musicale qui donne raison aux projets fous, aux idées étranges, craintes de tous.

5. DISCLOSURE – Settle

Voici l’affirmation claire d’un genre devenue puissance.  Disclosure n’a jamais su mentir au genre qu’il défend; dès les premières esquisses de travaux, comme leur tout premier EP, Carnaval, Disclosure cherche à relancer un genre sous une forme plus précise, plus malléable, celui du garage-house.  Il fallut cependant la sortie de l’EP The Face pour qu’une attention soit portée aux intentions du duo et aux idéologies pleinement exécutées.  Or, la tension précédant la sortie de leur premier album semblait Disclosureplus que palpable, tant le talent de Disclosure semblait immense, pourtant occasionnellement illustré.  La sortie de Settle vient alors jouer un rôle définitif dans la renaissance du house, autant puisque le duo doit être l’un des plus grands talents de la musique électronique, mais puisqu’à eux deux est attribué la présentation d’un regroupement de chansons si réussies qu’on croit en la force du nouveau garage-house plus qu’en n’importe quel autre genre.  Inutile de décrire le succès de leur formule, qui s’affiche autant en Amérique qu’en Europe (le Royaume-Uni ayant placé au sommet complet des palmarès deux des chansons de l’album, Latch et White Noise).  Ce qui permet de comprendre, cependant, la clé de leur succès est un ensemble complet d’éléments impressionnant : l’album, en soi, reste une déclaration de guerre envers la staticité musicale, l’intro explicite dans son avancement en quoi tout est voué au changement, y compris les goûts, y compris les genres.  Pourtant la sonorité derrière chacun des grands succès de Disclosure reste familière, très peu désuète ceci étant dit.  Peut-être que ceci est dû à la juxtaposition incorrigible de vocalistes puissants avec des rythmes uniques et distingués, comme dans Voices, par exemple, qui résume parfaitement la méthode de travail du duo en question.  Settle brille autant dans sa production que dans sa sélection de collaborateurs, l’une des meilleures possibles quant à la représentation du son nouveau mis de l’avant : Jessie Ware, force connue de la musique soul, vient chanter à deux reprises sous un tout nouveau jour, sa voix grandement modifiée dans Confess To Me et accélérée dans le remix de sa propre chanson, Running.  L’un des ajouts les plus uniques à la liste finale des morceaux sur Settle est, sans question, Help Me Lose My Mind, aidée de London Grammar qui ajoute une faiblesse à la musique de Disclosure aussi bien qu’Eliza Doolittle y ajoute une force lorsqu’elle chante dans You & Me.  C’est cependant lorsqu’il est brillant et dansant que l’album de Disclosure s’épanoui : When A Fire Starts To Burn est le morceau d’ouverture idéal à cette déclaration, tant les synthétiseurs usées semblent lourds, pourtant remaniés de manière à paraître légers.  White Noise et Latch sont tout aussi bien des tours de force que leur renommée l’indique, la douceur nasale d’AlunaGeorge parfaite pour l’atmosphère illuminée de la première alors que Sam Smith, révélation importante de l’année, ajoute une puissance qui donne tout à l’instrumentale, maintenant accomplie.  Bien que des morceaux de downtempo tels Second Chance aient pu apparaître inusités, ils ne le sont pas, tout comme l’inclusion d’anciens singles géniaux, spécialement What’s In Your Head et Tenderly qui voient le jour à nouveau sous l’écarlate popularité grandissante de Disclosure.  Posséder une aussi haute place parmi les albums de l’année pourrait, en soi, apparaître comme un succès important.  C’est une autre chose cependant pour Disclosure de créer un album si réussi qu’il puisse régner dans l’immortalité, de là à devenir un classique incontesté de la musique électronique.

4. CULPRATE – The Great Expedition EP

S’amorce désormais dans cette liste un trio de puissance qui se hisse au-dessus de la presque totalité des artistes connus à ce jour.  Il est rare de reconnaître aussi peu de faiblesses dans un registre musical que celui des trois prochains artistes qui méritent leur position de façon avérée.  Culprate possède d’ailleurs une combinaison musicale particulièrement évolutive, surtout depuis une sortie aussi significative que son EP 5 Star, possédant encore à ce jour quelques-unes des meilleures chansons de glitch-hop et de post-dubstep produites.  Son attaque envers tous les genres s’accomplie au fur et à mesure que le temps avance pour qu’en ce jour, son dernier EP, The Great Expedition, fasse une impression aussi incommensurablement Culprategrande dans le garage-house que dans le dubstep.  Scarred reste l’un des morceaux les plus percutants de 2013 en usant des formules classiques du dubstep avancé par Skrillex, celles en recherche d’une puissance prête à ahurir tout auditeur. Le tout est jumelé avec une forme de rétro qui offre une jovialité importante au genre souvent trop obscure.  McFunk et Reboot se procurent le garage-house avec une agressivité déconcertante, même pour l’expertise derrière Settle par Disclosure.  C’est un acte de confiance, voir de devancement, qui marque la préséance qu’a une production de qualité sur la forme finale d’un morceau voué à l’excellence.  Eddys éloigne le post-dubstep de la douceur, nouvellement attribuée par les influences de James Blake ou de Mount Kimbie, en le dirigeant sur des terrains inexplorés, à ce jour inconnu dû peut-être à une trop grande prudence ou un trop petit talent.  Ceci est fait, toutefois, avec une précision maladive, qui tend vers l’acharnement, propre à ce que l’on connait du génie qu’est Culprate.  Ne serait-ce qu’omettre de discuter de Talk To Frank serait un péché qui contrevient aux louanges dûment dirigées à l’endroit de cet EP.  À vrai dire, le dubstep est un genre si récent qu’il est complexe de s’imaginer un artiste vouloir revisiter ses racines, contrairement à Daft Punk qui s’attaque à un genre né depuis plusieurs décennies.  C’est pourtant ce que Culprate accompli par l’usage d’oscillateurs sinistres qui ne sonnent à jour que par l’habileté technique et stylistique du producteur, mais également par l’inclusion d’un rappeur anglais appelé Maksim qui rappelle agréablement la formation de I Am Legion.  Autant l’erreur paraît humaine, donnant le plus grand des charmes aux meilleurs albums de l’année, la perfection semble également devenue humaine depuis peu, non seulement par la sortie de cet EP, mais par la participation nécessaire de Culprate au raffinement de la musique électronique.

3. TEKNIAN – Zen EP

Trois chansons.  Malgré l’injustice peut-être apparente de l’inclusion d’un si court EP, surtout à une place si élevée, parmi une liste complète d’albums approfondis, il ne me faut que trois chansons pour mesurer la qualité excessive de cet EP gratuit.  Teknian est un artiste qui semble trop au sommet des attentes pour nécessité une popularité ou une forme de reconnaissance, sa tentative d’adhérer aux genres presque obsolète quant à l’individualité seule de ses accomplissements, surtout puisque le seul point en Tekniancommun partagé au travers ses créations et les genres qui y correspondent sont les rythmes par minutes.  Alors que Zen n’est la réponse qu’au dubstep et au glitch-hop, le talent de Teknian est réponse à toute la musique électronique.  L’ironie peut-être derrière un titre tel Zen, c’est que rien n’apparaît calme au sein de l’EP, pas même la chanson titre y correspondant : les synthétiseurs distortionnés du drop sont entrecoupées par des percussions frappantes, ajoutant une immensité au dubstep tel il est rare de le connaître.  Le troisième morceau de l’EP tente quelque chose de tout aussi unique, tant bien Flakes repousse à nouveau les barrières du glitch-hop au travers des méthodes ne pouvant appartenir qu’à Teknian.  La sonorité métallique du morceau couvre un funk menaçant, pourtant d’une chaleur agréable, d’où l’aisance propre au producteur à faire régner une atmosphère hors de ce monde.  Si ce n’était cependant pas du second morceau, il n’en serait pas de l’omnipotence de cet EP ahurissant : Raw est simplement l’accomplissement exalté d’un artiste à une hauteur inatteignable dans son art.  Rarement est-il ressenti un aussi grand sentiment d’effarement que par le drop dévastateur d’un morceau aussi juste, malgré tout aussi explosif.  Les percussions ne sont pas débordantes ou usées d’une façon typique, comparable peut-être à un solo de drum similaire aux effets créés dans l’album original de Reso, Tangram, mais mettent en valeur l’inclémence des synthétiseurs presque apocalyptiques.  Seulement trois chansons suffisent pour former un tout aussi complet, aussi merveilleux; seulement ces trois chansons peuvent écarter un artiste tel Teknian aussi grandement du talent commun.

2. KOAN SOUND & ASA – Sanctuary EP

Nul n’est en mesure d’ignorer mon amour profond envers tout projet mené par KOAN Sound.  Peut-être est-il trop tôt pour discuter allègrement  de la carrière n’émanant réellement qu’à partir de leur premier EP complet, Max Out, leur appropriant un genre remédié, guéri par le funk prodigieux du duo de producteur.  Pourtant leurs plus récents EP transcendent le temps, par leur qualité comme dans leur état de complétude frôlant la perfection.  Funk Blaster reste autant un des meilleurs EP de glitch-hop de tous les temps que The Adventures of Mr. Fox reste l’un des meilleurs EPs, tout genre confondu.  Or, une chose définie notablement la formule de KOAN Sound, celui d’une fusion d’idées démesurées qui se traduisent, la majorité du temps, vers un drop d’une immensité incommensurable.  Sanctuary reste ainsi une annonce curieuse, surtout puisqu’elle incorpore le talent mémorable d’Asa, qui voit la musique d’une tout autre façon, celle formée dans la douceur et la délicatesse mélodique d’un KOAN Soundpost-dubstep iconique.  Pourtant une seule écoute, aussi attentive soit-elle, fait naître une épopée musicale, preuve d’un progrès impressionnant dans la carrière de KOAN Sound.  Sanctuary est un EP qui se savoure en un seul morceau, avec quelques transitions aussi naturelles qu’époustouflante : c’est un sentiment de découverte qui nous transporte au sein d’une conscience instantanée de l’étendu des aptitudes des trois producteurs.  Il est à comprendre dès le départ que cette écoute est inspirée d’une beauté instrumentale ressentie avec profondeur dans le morceau éponyme de l’album, SanctuaryTout ce qui aurait pu apparaître synthétique dans l’exécution exemplaire de KOAN Sound n’apparaît plus exister dans la magnificence d’une aussi belle composition, qui, d’elle-même, cède vers le premier morceau de drum n’ bass du groupe, genre qui tend naturellement vers la vitesse, ainsi la force.  Il en est cependant de Starlite d’un tout autre phénomène, celui d’un envoutement pur, accompagné par une mélodie de piano, éloge d’une beauté surprenante.  Les percussions sont subtiles, puis frappantes, puis dépourvues de titres, comme on les reconnait si bien dans tous les autres morceaux à ce jour produits par les trois producteurs anglais.  Celle-ci se transite rapidement vers un genre agréé par KOAN Sound avec une aisance déconcertante; le glitch-hop marquant la fin de Starlife initie l’auditeur à l’agréabilité de This Time Around, seul morceau vocal de l’EP, d’autant plus le morceau le plus joyeux de l’ensemble.  Cela est vraisemblablement le cas à cause de l’atmosphère riche des instruments à cordes juxtaposés sur des percussions funk ou à cause de la conception sonore du duo enviée de tous, même par Skrillex qui les louange constamment sans gêne.  Il reste rare de voir KOAN Sound s’aventurer conventionnellement vers les genres populaires, The Edge étant le morceau de dubstep le plus complexe dans son élaboration qu’il me fut possible d’entendre.  Constater ainsi la notoriété qu’affirme le premier morceau de garage-house du groupe, Fuego, est une raison de plus de rester béat quant aux efforts monumentaux d’émanciper la musique électronique du lourd fardeau de la désinvolture.  Autant les morceaux minimalistes et dépourvus de décoration peuvent rendre hommage de façon exemplaire à un genre, Fuego semble plein, bourré jusqu’au dernier espace libre d’une vision artistique écarlate, aux yeux de certain, ambiguë.  Il devient complexe d’attribuer une zone de confort potable autant à KOAN Sound qu’à Asa, surtout en réponse à leur exploitation complète des genres auxquels ils s’attaquent.  Une chose reste certaine : il n’existe pas une plus grande expertise dans la scène du dubstep que celle dont fait preuve le groupe en question au sein de Tetsuo’s Redemption, le joyau pur et simple d’un genre surexploité, sculpté sous une forme si unique qu’elle devient définitive dans sa position catégorique parmi les meilleurs morceaux de dubstep de tous les temps.  Référence claire au monde sinistre d’Akira, les synthétiseurs crus et animés offrent une noirceur macabre, pourtant si bien maintenue par les percussions perçantes, mixées ingénieusement par les artistes en question que tout apparaît équilibré, doté d’une forme au contenu exubérant, indivisible.  Comment est-il possible pour un rassemblement aussi peu connu d’artistes excéder dans la formule du succès est une question qui se répond difficilement.  Comment un EP peut-il sembler dépourvu à ce point de tout défaut se répond simplement par le génie grandiose d’Asa et KOAN Sound.

1. KING KRULE – 6 Feet Beneath The Moon

Il en est en fin de compte qu’autant un EP d’une aussi grande qualité tel Sanctuary se mesure à tous les prérequis nécessaires à la perfection, son amplitude limitée à seulement cinq morceaux n’est de poids qu’à tout autre effort musical hormis celui de King Krule dans son tout premier album 6 Feet Beneath The Moon.  Il est à comprendre que ce choix final m’est aussi personnel que le classement complet de cette liste, pouvant susciter un désaccord profond chez qui que ce soit aux goûts divergeant des miens.  Après tout, King Krule est réellement un goût acquis, pouvant faire fuir toute personne non-préparé à la voix rauque et solitaire du corps déconnecté d’Archy Marshall.  Au même niveau cependant que 6 Feet Beneath The Moon est personnel aux souffrances et aux réflexions de King Krule, le choix de placer cet album au sommet de cette liste fastidieuse m’est propre sans pourtant être injustifié.  Car toute personne ayant tenté d’écouter l’album en question tout en l’ayant contemplé selon chacune de ses facettes, son ample beauté ou toutes ses répercussions au niveau artistique sera en mesure de le décrire tel l’idéal platonique de la musique, qu’elle soit revue dans l’année 2013 comme dans toutes les années qui l’ont précédé.  Easy Easy est le morceau qui excède la suffisance quant au descriptif pur et simple de l’album : une musique axée sur le questionnement personnel, la recherche intérieure d’un sentiment fragile, accompagnée de façon trop unique par des instruments qui ont chacun sa place, autant dans le morceau d’ouverture qui accorde une place presque unique à Archy et sa guitare d’une sonorité angélique que dans Neptune State, donnant un synthétisme mélioratif à des percussions distantes, un piano fragile, un saxophone d’une époustouflante puissance, le tout porteur d’un King Krulemessage d’amour, de dépendance connue par trop.  C’est un réel plaisir que d’imaginer le courage derrière les idées tentatives d’une compréhension si irréelle de la musique, surtout en sachant chacun des morceaux compris dans l’album comme étant parfaits à leur façon.  Border Line fait preuve d’un état de jovialité contraire à tout ce qui semble prévisible d’une personnalité troublée, pourtant reste marquante dans son approche lyrique, thématique, mais surtout instrumentale, guitare usée tel une harpe modifiée, du moins changée pour sembler éthérée, envoutante.  Rien ne complimente mieux les images sentimentales de King Krule que sa voix unique, d’une puissance naturelle, bien que précaire, surtout tel l’affiche Has This Hit?, l’une des plaintes les plus claires et démonstratives de l’artiste.  Ses presque cris dénonce un passé d’une difficulté sinistre, similaire peut-être à l’image d’un rouquin rejeté gratuitement dans son milieu scolaire.  Pourtant la poésie de King Krule est polyvalente, diminuant la rugueuse voix inharmonieuse d’Archy vers une tendresse qui s’exprime parfaitement dans l’un des morceaux de force de 6 Feet Beneath The Moon, Baby Blue, amour inavoué en la beauté de la mer, du ciel, de toute forme naturelle qui semble s’étirer vers l’infini.  À ce point le sentiment d’écoute est similaire, l’album étant intemporel lorsqu’il suffit de s’abandonner à la splendeur qui y est créée.  D’ailleurs le génie de King Krule s’explique par bien plus qu’un simple charme, surtout lorsqu’il est possible d’assister à la dichotomie claire et précise des terrains maîtrisés par l’artiste : les morceaux les plus axés sur la musique électronique, notablement Foreign 2 et Will I Come, semblent se hisser au-delà de tout artiste qui s’applique purement au genre, des échantillons vocaux appliqués de façon pragmatique et saccadée parmi de légers synthétiseurs d’un minimalisme ingénieux, trop longtemps parmi les meilleurs moments de l’album. Ceci s’applique jusqu’à l’arrivée inoubliable de la perle rare qu’est Lizard State, morceau accompagné d’un big band en parfait synchronisme avec les intentions de King Krule.  Son ambition prend sa forme la plus complète, la plus mémorable surtout, l’artiste en parfait contrôle de ses intentions, pourtant libéré de ses émotions les plus complexes, ressenties.   Lorsqu’Archy en vient à se restreindre cependant, les deux meilleurs morceaux de l’album font surface par leur douceur, leur brutalité sentimentale dévastatrice.  Il est question ici du retour au passé fait par le remaniement d’Out Getting Ribs et du regard vers l’avenir accompli par Bathed In Grey.  D’une beauté sans égale, seule la guitare semble suffire dans le premier morceau afin de tout nous faire comprendre, avec ou sans parole, l’intention étant nécessairement acquise.  La lourdeur véhiculée n’a d’égale que celle des meilleurs artistes du genre, même de ceux qui s’y en écartent, Bon Iver l’un des plus importants parmi eux.  Bien sûr, le morceau de clôture, Bathed In Grey, sonne la fin d’une expérience si personnelle qu’elle nous garde ébranlés, ahuris, sans mots hormis peut-être les proclamations dédiées à 6 Feet Beneath The Moon.  Car peut-être l’œuvre de King Krule n’aura pas sa place au sommet du podium de ces nominations aux yeux de plusieurs.  Il en reste toutefois qu’on ne peut rester indifférent lorsqu’affronté par la sensibilité universelle d’un album d’une aussi grande envergure.  Qu’on soit en accord ou pas, King Krule possède une place au sommet de la musique, 6 Feet Beneath The Moon en étant la preuve définitive.

Page précédente 

 

Une réflexion sur “Le top 50 musical de 2013 selon Jean-Maxime Touzel (Page 3)”

Votre opinion?

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s