Critique : Les tribulations d’un croque-mort – Daniel Naud (Livre)

(Par Christine Borduas)

Si vous avez lu ma critique précédente, vous aurez sûrement remarqué que le genre fleur bleue ne m’intéresse pas, mal alors là PAS DU TOUT! Alors sur quoi « bloguer » à la St-Valentin, quand toute cette « quétainerie » nous sort par les oreilles et que toute cette eau de rose nous pue au nez?? Parce qu’avouons-le, une rose, ça backstabe… Infiniment belle, elle joue à la fragile et BOUM! Elle te pique de ses épines ou finit par mourir complètement fanée au bout de quelques temps. Oui oui. C’est bien souvent comme cela l’amour! Vous me trouvez cynique n’est-ce pas? Bah! J’ai l’habitude voyons!

Alors pour la version ultra-commerciale-Hallmark-j’ai-extensionné-la-St-Valentin-à-tous-mes-amis-et-ma-famille-parce-que-je-suis-célibataire-endurcie, c’est ici. Pour la version assez-gore-merci-mais-j’ai-choisi-de-présenter-le-plus-beau-métier-du-monde-que-j’aime-par-dessus-tout, continuez plus bas.

Ma version de l’amour et de la passion, la version gore, se présente avec le livre Les tribulations d’un croque-mort écrit par Daniel Naud. Oui oui. Vous avez bien lu : je suis embaumeuse (slash designer d’intérieur en prime!). Alors il est bien évident que je vous recommande chaudement ces anecdotes reliées à un de mes métiers!!! Être thanatologue, c’est côtoyer la mort tous les jours, mais c’est aussi employer quatre paires de gants blancs pour s’occuper des familles endeuillées tellement c’est protocolaire! Alors vous comprendrez bien que là où il y a de la formalité, il y a aussi BEAUCOUP de moments cocasses!!!

Daniel Naud qui a effectué ses études en thanatologie au Collège de Rosemont, pratique son métier depuis une vingtaine d’années et se promène en régions, telles qu’au Lac St-Jean ou à la Baie-Comeau. Avec son tout petit livre de 247 pages -dont on en redemande encore!- il nous expose son cheminement, son choix de carrière et ses aventures burlesques, qui ne sont pas toujours ragoutantes ni politically correct….

Des histoires vraies et sensibles, sur un sujet tout aussi sensible… Ça ne peut qu’être bon! Comme moi, l’auteur n’en est pas réellement un … Il possède la passion de l’écriture! Ce n’est pas tout-à-fait la même chose… Chose très différente même! Il est bon avec les mots, mais bien sûr on sent le pattern… On lui pardonnera vite ses tournures de phrases à cause de la véracité de ses propos, promis! Et je peux en témoigner : tout ce qui est dit peut être plausible! C’est pour cela que j’aime autant ce petit livre attachant. Il me réconforte, parce que je sais que je ne serai jamais la seule à qui certaines péripéties arriveront! Détrompez-vous, il est très enrichissant d’être embaumeur! On apprend à jongler avec la nature humaine et ses incontournable sautes d’humeurs… On apprend à être proche des gens, à les humaniser encore plus, et à humaniser la mort aussi! Il faut bien aider les endeuillés dans ces temps si difficiles! Et surtout, surtout, on apprend à vivre. On apprend à ne pas se complaire dans ce faux sentiment d’invulnérabilité, si typique de cette nature humaine, qui au fond est si naïve de penser que ça n’arrive qu’aux autres.

Bon on meurt, on va au Paradis. Ou Allah vient nous chercher. Ou même notre âme retourne vers le purgatoire et se transforme en autre chose en attendant l’élévation suprême… Bon ok. Mais concrètement?? Il se passe quoi avec nos corps quand on meurt?? Tout ceci est indiqué dans ce petit manuel. Il est très difficile d’avoir de vraies réponses à ces questions! Nous, les embaumeurs, sommes bien trop pointilleux pour décrire certaines techniques à qui n’est pas prêt à l’entendre! C’est ce qui plaît aussi chez Naud : dans un livre, pas besoin de mâcher ses mots! Le lecteur peut choisir ou non de franchir la barrière de ce savoir défendu… Certaines choses sont difficiles à entendre/lire, c’est sûr. Mais c’est un autre gros point fort : la démystification. Abolir une fois pour toutes ces absurdités tenaces reliées à la profession. Naud fait la passe à beaucoup de mythes et légendes véhiculés sur les croque-morts, et ça mes jolis, ça n’a pas de prix!!! Mythes et prix : petit plus. Ceci m’amène à spécifier qu’il est parfaitement à l’image des thanatologues : peu cher payé! (Petit clin d’œil!) Malgré sa couverture incroyablement clichée, mais sûrement très crowd pleaser, quoique je doute fortement que l’on expose volontairement des pieds de défunt, ce petit bijoux reste très abordable… Une quinzaine de dollars à peine… Courrez chez votre libraire!

De plus, il est vraiment génial d’enfin voir l’envers du décor! Notre priorité numéro un est de protéger la santé publique… Oui oui! C’est dangereux être thanatologue! On côtoie BEAUCOUP de microbes et de maladies obscures!!! Vient ensuite le deuil de nos clients… Non ce n’est pas joyeux-joyeux comme métier, mais la gratification en vaut la chandelle! Et surtout ne devient pas embaumeur qui le veut! Exit toutes les petites natures et tous les macabres, morbides, nécrophiles et autres non-respectueux du déclin humain! Tous comme l’auteur, on aime bien renseigner les gens sur les rites funéraires, mais sérieusement? Certains ont juste une vision apocalyptique de la mort!!! Et une très, très, TRÈS mauvaise conception d’une thanatopraxie…

Bien sûr que nous aussi nous sommes humains; on a tous eu un jour ou l’autre un petit dédain, une grosse émotion ou une petite réticence face au métier. Mais ce n’est qu’une question d’habitude. D’ailleurs, nous sommes dont bien « frileux » les Québécois avec nos histoires de « paraitre » et « d’apparences »! Les « qu’en dira-t-on ». On préfère encore se voiler la face et se raconter des chimères, plutôt que d’assumer que nous sommes mortels! Si ÇA, ce n’est pas un non-sens…

Ce n’est pas parce que je fête mes 10 ans avec mon conjoint que je suis bien, bien romantique… Si comme moi, vous n’êtes pas du genre chick-lit non plus, pour cette St-Valentin-ci, je vous recommande de cogiter sur TOUT ce que vous aimez, sur TOUT ce qui vous passionne. Qui a dit que la fête de l’amour était strictement réservée aux êtres, amoureux de surcroît?? Faites plutôt comme moi et apprécier la vie comme elle vient. Complaisez-vous de vos réussites professionnelles, et aussi de ma profession!!

Dû à la nature des propos, il faut parfois être solide pour lire Les tribulations d’un croque-mort… On parle quand même de La Mort ici!!! Et croyez-moi, il n’y a rien de glamour là-dedans! Il faut vraiment vouloir en savoir d’avantage, et avouons-le avoir une certaine curiosité morbide pour lire ce recueil anecdotique. Attention de ne pas confondre curiosité morbide avec curiosité malsaine!!!! Mais… Petits cœurs en chocolat s’abstenir!

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