Critique : Final Fantasy XIV : A Realm Reborn (Jeu vidéo)

(Par Pascal Provost)

La pression sur les épaules de l’équipe de Final Fantasy XIV : A Realm Reborn était considérable.  Après l’échec cuisant essuyé lors de sa sortie en 2010, peu de gens croyaient que Square-Enix avait la moindre chance de convertir le dernier opus de sa série phare en un produit respectable qui parviendrait à attirer les consommateurs ayant été échaudés la première fois.  La charge de travail était colossale.  Essentiellement reconstruire entièrement un jeu de rôle en ligne massivement multijoueur (massively multiplayer online role-playing game, MMORPG) sur deux plates-formes différentes en moins de temps que la majorité des grands studios de développement prennent pour un jeu en solo!  La santé financière de la compagnie était en jeu.  Rarement voit-on une entreprise de cette envergure prendre un tel risque.  Est-ce que le jeu en valait la chandelle?

C’était il y a déjà plus de 10 ans.  Square, qui allait plus tard devenir Square-Enix, lançait sa série phare dans l’arène, encore très marginale à l’époque, des MMORPGs.  Cette décision souleva un tollé lors de son annonce, mais on peut aujourd’hui dire que ce fut très payant pour la compagnie nippone.  En effet, Final Fantasy XI : Online est maintenant considéré comme le jeu le plus lucratif de la franchise.  On peut alors très bien imaginer l’excitation des amateurs lors de l’annonce de Final Fantasy XIV, qui allait emprunter la voie pavée par son prédécesseur et tenter de faire sa niche dans un monde désormais dominé par Blizzard et son méga-succès World of Warcraft.

C’est ainsi que, lors de son lancement en septembre 2010, FFXIV était perçu comme le jeu le plus susceptible de parvenir à détrôner World of Warcraft.  Les résultats escomptés toutefois, ne furent pas au rendez-vous.  Loin de là.  Le producteur Hiromichi Tanaka cherchait tellement à se différencier du modèle considéré comme standard depuis des années, qu’il a tenté d’implanter un étrange mélange de systèmes mal élaborés et d’idées conceptuellement déficientes (plus on joue, moins on reçoit de points d’expérience?).  Le tout couronné d’une interface absolument atroce. Ce fut un désastre pour Square-Enix.  Un an après la sortie catastrophique de FFXIV, son président admit que le jeu représentait un œil au beurre noir pour la franchise et présenta ses excuses aux amateurs.  La compagnie prend alors une décision sans précédent : elle s’engagea à retourner à la base et à reconstruire le jeu pour mieux le relancer sous la forme de FFXVI : A Realm Reborn.  Naoki Yoshida est alors nommé à la tête de ce projet de restauration.

La nouvelle version arriva finalement le 27 août 2013, près de 3 ans après le lancement original.  Au prix que coûtent les MMORPGs à développer, la pression qui repose sur les épaules de FFXIV : A Real Reborn d’être un succès majeur pour la compagnie est considérable.  Est-ce que cette version est plus digne de porter le nom de la fameuse franchise?  Absolument.  Cette nouvelle mouture change complètement la donne et nous offre un produit d’une bien meilleure qualité, même si la recette peut nous paraître parfois familière.

La quête principale du jeu se déroule du tout premier niveau jusqu’au dernier, avec une histoire remplie de rebondissements et de missions périlleuses à affronter seul ou en groupe.  Cinq ans après le 7ème fléau ayant entraîné le réveil du dragon Bahamut et la destruction du continent à la fin de la version 1.0, une nouvelle ère débute pour Eorzea.  Étrangement, plus personne ne se souvient exactement des légendaires guerriers du cristal ayant combattu lors de cette journée fatidique.  Vous faites alors partie de la nouvelle génération d’aventuriers qui se mettent à la disposition d’une des trois cités-états.  Le créateur de personnages offre le choix de cinq races et une tonne d’options pour le mettre à notre goût.  On choisit ensuite une des 8 classes offertes et on se lance dans l’aventure.

La nouvelle Eorzea est tout simplement sublime. Chaque zone a été retravaillée de façon spectaculaire et elles nous font rapidement oublier les décors copiés/collés de la version originale.  La diversité et la densité des environnements nous permettent facilement de croire que l’aventure se passe bel et bien dans un univers habité.  Certaines quêtes principales bénéficient de voix hors-champ, mais elles sont plutôt rares.  La qualité des textes est toutefois excellente, avec une pointe d’humour présente dans plusieurs situations.  Si Final Fantasy est reconnu pour une chose, c’est bien la qualité de ses arrangements musicaux. FFXVI fait honneur à cette tradition.  Nobuo Uematsu, Naoshi Mizuta et quelques autres ont concocté une bande-sonore époustouflante qui permet à FFXIV de se hisser loin devant ses compétiteurs au niveau sonore.  À découvrir absolument!

L’autre grande particularité de FFXIV est son système d’arsenal.  Empruntant le concept à FFXI, ce système permet à notre personnage de se spécialiser dans toutes les classes offertes.  Fini les « alts »! (Personnage secondaire d’un joueur, habituellement d’une classe différente dans un MMRPOG.)  Il suffit simplement de changer d’arme pour devenir une autre classe entièrement!   Vous en avez assez de lancer des sorts avec votre Occultiste?  Échangez votre sceptre pour une épée et prenez immédiatement le rôle d’un Gladiateur, capable de repousser les attaques les plus puissantes des assaillants ennemis.  De plus, il est possible d’utiliser certaines compétences acquises avec une classe lorsque vous changez de rôle.  Ainsi votre Gladiateur pourrait lancer des boules de feu si la situation le demandait.  Ce système permet une certaine flexibilité pour ceux et celles qui préfèrent se créer des personnages hybrides.  Il est également possible d’accéder à des formes plus spécialisées des classes, les jobs, une fois certains critères atteints.  Par exemple, si vous avez un Maraudeur niveau 30 ainsi qu’un Gladiateur niveau 15, vous pouvez accéder à une quête afin de devenir un Guerrier, une forme avancée du Maraudeur qui présente des traits et des compétences qui cherchent à maximiser son potentiel.  Seul inconvénient : les jobs ne peuvent pas utiliser autant de compétences venant de classes autre que celle dont ils sont issus.

Ce système permet au joueur de créer un lien d’attachement plus fort envers son personnage que la majorité des autres MMORPGs sur le marché.  Même une fois au niveau maximal, il est possible de continuer d’améliorer son personnage et de le peaufiner à notre goût, sans avoir à recommencer à zéro.  Cela est particulièrement important lorsqu’on parle du système d’artisanat, qui donne accès à 11 classes supplémentaires.   Il y a d’abord 3 classes de récolteurs, qui permettent de trouver les matériaux et ingrédients nécessaires par soi-même, puis il y a les 8 spécialisations artisanes qui nous offrent la chance de mettre la main à la pâte et de créer soi-même ses propres armes et armures.  Chaque discipline de l’artisanat est considérée comme une classe à part entière, avec sa propre quête principale et des défis propres à chacune d’entre elles.  Il est facile de se laisser emporter par cet aspect du jeu au point d’en oublier la quête principale et sa discipline de guerre favorite. J’en sais quelque chose!

Au point de vue coopératif, FFXIV prend peu de risques et offre le contenu usuel : des donjons assez bien élaborés, un système de quêtes aléatoires (ALÉA) qui peuvent survenir à tout moment un peu partout dans le monde et qui requièrent la participation de tous, des guildes et des raids de haut niveau.  La dernière mise à jour inclut également un système d’habitation pour guilde ainsi que l’ajout d’un mode joueur contre joueur (player versus player, PvP) en arène.  Le point faible du jeu à ce stade est commun chez les MMORPGs nouvellement lancés : un manque de contenu une fois au niveau maximal.  Pour le moment, cela consiste principalement à répéter les mêmes deux ou trois scénarios et donjons ad nauseam pour acquérir le meilleur équipement.

Il est impossible de dire pour l’instant si le long délai de 3 ans entre les deux versions aura valu la peine pour Square-Enix.  Avec le succès dont jouit FFXIV depuis son lancement, il n’est pas farfelu de croire qu’ils aient visé juste et réussi à racheter la grossière erreur de 2010.  Final Fantasy XIV : A Realm Reborn n’est pas seulement un excellent MMORPG, c’est également un excellent Final Fantasy, ce qui est loin d’être garanti de nos jours.  Si vous recherchez un jeu de rôle en ligne qui est à la fois accessible et engageant, FFXIV est un très bon choix qui vous procurera plusieurs heures de plaisir dans un monde enchanteur avec une bande-sonore à couper le souffle.

Disponible sur PC, PlayStation 3 dès maintenant et PlayStation 4 dès avril 2014.

*J’ai atteint le niveau maximal (50) avec Maraudeur/Guerrier ainsi que sur Armurier. La majorité de mes autres classes se situent entre les niveaux 20 et 35.

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