Critique : Samuel Cantin – Vil et Misérable (BD)

(Par Émilie Côté Bessette)

La BD vil et misérable commence sur deux malaises qui sont incompréhensible pour le lecteur. Cela donne vraiment envie de poursuivre, et oui quelques détails s’éclaircissent en cours de lecture. Premièrement, il y a une petite séance chez le psychanalyste question de découvrir les démons intérieurs du personnage cornu, ici nommé Lucien. L’introduction du personnage est (volontairement) ratée, puisque le psychologue est déjanté et manque de professionnalisme. La preuve, une vue en plongée sur le cellulaire du psychanalyste qui est entrain de texter pendant que le patient lui parle. Cette entrée en matière est suivie du malaise qu’éprouvent deux employés à la vue de Lucien, au début de la première partie. Il acquiert une aura vaporeuse quand même assez couramment observé chez un libraire. Le libraire tel un spectre qui sort d’entre deux rangées, il est presqu’un personnage mythique. Dans l’imaginaire collectif, le libraire habite la librairie. Le libraire ne mange pas, il dévore par la lecture.

Nous entrons dans sa forêt enchantée pour aller lui acheter un de ces petits objets magiques que l’on appelle livre. La réalité est plus morne, ne faisant pas un profit monstre le libraire est obligé de passer de longues heures dans son magasin afin de gérer son stock et ses commandes. Il reste que c’est un être solitaire et mystérieux. Lucien est libraire et cette librairie est installée dans un concessionnaire de voitures usagées. Ce n’est pas la seule surprise que nous réserve ce livre, je vais me garder le plus possible de les révéler. La venue d’un jeune assistant-libraire, Daniel, va bouleverser la vie de Lucien. Le jeune homme va venir percuter les habitudes d’ermite/vieux garçon de Lucien et faire ressortir ses inaptitudes sociales, créant ainsi un effet comique.

La couverture rouge avec des inscriptions jaune est attirante. La couverture contient le nom de l’auteur et de la maison d’édition. Le dernier tiers de la page est consacré à une silhouette noire et cornue. On ne sait pas à quoi s’attendre avant d’ouvrir le bouquin.

Les éléments plus imaginaires ou fantastiques sont intégrés à un monde platement réaliste, le monde du travail. Les dialogues contribuent à installer cette fausse quotidienneté car ils sont écrits en québécois un peu joual, très actuel. L’absence de bulle narrative nous plonge d’autant plus dans le réel. Chaque personnage a son discours, en fonction de son titre (sa position), Lucien a un vocabulaire un peu plus riche, le patron a son vocabulaire de patron etc. Le psychanalyste est le seul à avoir deux formes de discours, ce qui soulignerai le fait qu’il est un peu un thérapeute de pacotille Le contraste entre les décors de librairie et de concessionnaire juxtaposés, peuvent faire sourciller, mais après tout le livre est aussi une marchandise, peut-être Cantin voulait-il nous le rappeler? De grandes ellipses séparent les trois parties de l’histoire qui sont associé à des fêtes ou dates marquantes l’halloween, l’épiphanie et le jour de la marmotte Le style est simple, c’est en noir et blanc. Par contre, les personnages sont assez extravagants et des milliers de petites lignes frémissantes viennent dynamiser le tout. Les petites lignes sont mises à contribution lorsque le personnage se réveille d’un cauchemar dans une case prenant toute la page, la fébrilité du personnage en devient palpable. Les cases et la mise en page sont assez conventionnelles(en dehors du cauchemar), tout est fait à main levée de cela se dégage une impression de familiarité. Il serait possible de penser : « Eille, j’aurais pu dessiner ça (si j’étais un peu meilleur(e) en dessin, là!) ». Le récit est tellement rocambolesque que forcément, il prend un peu le pas sur l’illustration mais c’est très agréable à regarder aussi. Après tout, le roman graphique c’est un peu la forme au service du récit.

J’aimerais bien retrouver cet univers parallèle, dans lequel la vente de voiture est une activité passée de mode et le marché du livre usagé est synonyme d’un avenir prospère, dans une suite. Je n’affirme pas que l’album laisse une impression d’incomplétude mais le potentiel de cet univers et du personnage principal n’a pas été exploité entièrement donc il est réaliste de penser que les aventures de Lucien Vil vont se poursuivre.

Ps : Les scènes de sexe sont entre les pages 99 et 110. Quoi? Je vous avais avertis lors de ma première chronique!

Vil et misérable2

[1] CANTIN Samuel, Vil et Misérable, Éditions Pow Pow, Montréal, 2013.

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