Grammy Awards 2014 – « Music is dead special edition »

(Par Jean-Maxime Touzel)

Inutile de nier la maladresse derrière un phénomène aussi notable que celui des Grammys, précisément ses nominations.  La félonie musicale que constitue la liste des gagnants autant que celle des perdants ne se mesure que par le nombre exagéré de victoires par Macklemore, gagnant de quatre grammys, et le nombre trop infime de celles par Kanye West, nominé dans seulement deux catégories dont il fut perdant.

Justice semble avoir été faite en grande partie dû à l’élogieuse prestance du génie de Daft Punk au sein du podium parfois instable des victorieux, désormais riche de cinq nouveaux prix à leur actif dont celui du meilleur album, autant électronique que tout genre confondu, meilleur morceau et meilleure collaboration pop.  Pourtant la justice serait dépourvue de nuance s’il en était que de cela, la liste de gagnants étant nécessairement erronée dans sa considération du progrès musical.  Afin de remédier à la chose, il va de soi qu’une liste plus juste, corrigée est nécessaire afin d’élaborer une vision d’autant plus méliorative des Grammy AwardsVoici donc la liste des véritables gagnants et perdants des Grammy Awards 2014, selon les catégories concernées, corrigées comme elles se doivent.

*** Note : Les véritables gagnants sont en italique. Les gagnants fictifs sont en gras. ***

  1. Record of The Year
  • Get Lucky – Daft Punk
  • Radioactive – Imagine Dragons
  • Royals – Lorde
  • Locked Out Of Heaven – Bruno Mars
  • Blurred Lines – Robin Thicke

Lorsqu’il en vient à évaluer la justesse de ce choix, aucun reproche ne peut être fait au grammys qui ont su choisir, parmi cinq morceaux plus ou moins mémorables, le seul bijou digne de vivre outre les générations.  Get Lucky fait renaître le disco sous un voile nouveau d’expertise, de rétrospective impressionnante.  Il aurait été, du moins, de vomir sur la musique que de choisir Blurred Lines, en tout point un échec artistique.  Le gagnant reste ainsi le même dans cette liste qui ne fait véritablement que trop peu de sens.

  1. Album of The Year
  • Random Access Memories – Daft Punk
  • The Blessed Unrest – Sara Bareilles
  • Good Kid, M.A.A.D. City – Kendrick Lamar
  • The Heist – Macklemore & Ryan Lewis
  • Red – Taylor Swift

De peu, Random Access Memories remporte de façon tout à fait justifiée le prix de l’album de l’année, avec tant de mérite qu’il arrive à déloger un album aussi incroyable que celui de Kendrick Lamar, devenu en une seule sortie une légende incontestée du rapL’album reste un vestige de la musique électronique, considérant les genres mieux que n’importe quel artiste, nominés ou pas dans cette liste.  Aussi risible puisse-elle être, avec des choix d’une stupidité mémorable, tels Red ou The Heist, la liste demeure tout à fait correcte dans sa sélection du gagnant.

  1. Best New Artist
  • Macklemore & Ryan Lewis
  • James Blake
  • Kendrick Lamar
  • Kacey Musgraves
  •  Ed Sheeran

Voici là où se mesure l’une des plus grandes erreurs des Grammy Awards de cette année : autant il reste stupide d’inclure un artiste aussi talentueux que James Blake parmi les nouveaux artistes alors que son premier album, reconnu par les critiques et par la masse, a su dominer l’année 2011, donner le prix à un artiste tel Macklemore devient de la négligence.  Bien sûr, le dernier ne reste pas un si mauvais artiste, encore moins ne devrait-il pas être inclus dans cette liste.  Cependant, le savoir gagnant parmi deux artistes aussi accomplis que Kendrick Lamar, mais surtout James Blake, reste un choix plus que douteux.  Alors que Lamar a su changer la scène du rap à lui seul, James Blake reste l’un des artistes les plus expérimentaux, pourtant talentueux, de la musique actuelle.  Overgrown, le dernier album de Blake, en reste le plus grand témoignage.

  1. Best Pop Vocal Album
  • Unorthodox Jukebox – Bruno Mars
  • Paradise – Lana Del Rey
  • Pure Heroine – Lorde
  • Blurred Lines – Robin Thicke
  • The 20/20 Experience – The Complete Experience

Il est reconnu que les deux derniers albums de Justin Timberlake sont d’une qualité tumultueuse, surtout considérant le prestige derrière le premier en dichotomie claire avec la déception du deuxième.  Pourtant l’ensemble donne l’une des déclarations les plus assumées en quoi le pop est voué au changement, du moins le mérite.  Unorthodox Jukebox, de son côté, ne semble même pas vouloir dissimuler son caractère dépourvu d’originalité, Treasure étant même une copie conforme du morceau incroyable de Breakbot, Baby I’m Yours.  Le choix demeure ainsi plus juste d’attribuer un prix à un artiste qui se voit original, même précaire, dans son approche au pop.

  1. Best Dance Recording
  • Clarity – Zedd
  • Need U (100%) – Duke Dumont
  • Sweet Nothing – Calvin Harris
  • Atmosphere – Kaskade
  • This Is What It Feels Like – Armin Van Buuren

Bien entendu, Clarity reste une chanson excellente qui mérite une grande part de renommée, surtout puisqu’elle est centrale à l’emphase mise sur la musique électronique dans la musique populaire.  Or, s’il est nécessaire de considérer la meilleure chanson électronique, Need U (100%) reste une perle de garage-house telle on en a rarement vu et demeure une déclaration importante dans la montée du genre.  Le choix fait pour les Grammys est loin d’être mauvais.  Considérer le morceau de Duke Dumont comme gagnant reste un choix plus juste en rapport à la musique de dance.

  1. Best Dance/Electronica Album
  • Random Access Memories – Daft Punk
  • Settle – Disclosure
  • 18 Months – Calvin Harris
  • Atmosphere – Kaskade
  • A Color Map of The Sun – Pretty Lights

Peut-être Random Access Memories reste un élément d’une incroyable puissance dans le rassemblement des genres, aussi vieux que modernes, il en va que l’album le plus en voit de mériter le titre du meilleur album électronique de l’année demeure incontestablement Settle par DisclosureCe qui distingue l’album, c’est qu’au lieu de créer un pont entre les générations, il en bâti l’avenir d’une nouvelle.  Le garage-house maîtrisé par le duo anglais marque la venue d’un nouveau genre musical vers la musique populaire plutôt que d’en revisiter un, et ce, avec une application hors pair.  Il est cependant d’une attention surprenante que l’album de Pretty Lights, excellent en tous points, puisse être inclus parmi cette liste, du même fait un regard plus consciencieux sur la musique par les Grammys.

  1. Best Rap Performance
  • Thrift Shop – Macklemore & Ryan Lewis
  • Started From The Bottom – Drake
  • Berzerk – Eminem
  • Tom Ford – Jay Z
  • Swimming Pools (Drank) – Kendrick Lamar

C’est ainsi que débute l’élan de stupidité musicale qu’arbore fièrement les Grammys en question, notablement par les choix faits au sein des trois prochaines catégories. En effet, Thrift Shop fut l’éloge d’une popularité incommensurable, hissant Macklemore au sommet des palmarès.  Ce fait pourrait apparaître justifié ou non, il en est rien comparé aux accomplissements d’un single aussi méticuleux et brillant que celui de Kendrick Lamar, Swimming PoolAutant le morceau pourrait être pris au premier degré dans son utilisation abusive de l’alcool, le génie de Lamar va dans la dénonciation de cet abus par la subtilité.  C’est un acte qui apparaît trop improbable devant la facilité de Thrift Shop, discutant avec une confiance malhabile des friperies.  Même Started From The Bottom, hymne au succès mérité, est ignoré avec affront dans sa supériorité catégorique à toutes compositions de Macklemore.

  1. Best Rap Song
  • Thrift Shop – Macklemore & Ryan Lewis
  • F***in’ Problems – A$AP Rocky
  • Holy Grail – Jay Z
  • New Slaves – Kanye West
  • Started From The Bottom – Drake

Il faut comprendre en quoi l’écart de qualité se mesure de façon gigantesque entre deux morceaux tels Thrift Shop et New Slaves.  Le premier discute d’un sujet qui convient à un public fixe qui, comme les chaînes de radio diffusant le morceau, est peu enclin au changement, s’y sent instable.  La chanson, d’ailleurs, connaît encore un succès impressionnant puisqu’elle déroge peu des normes musicales en ce qui convient à la popularité.  Lorsqu’il est question de parler de New Slaves, il va du fait qu’elle fut, à priori diffusée sur les murs de bâtiments célèbres au travers le monde.  Ceci constitue la seule forme de publicité accordée au dernier album de Kanye West.  Le succès même de cette sortie se traduit par la qualité équivalente du morceau en question, aussi impressionnant que percutant.  New Slaves discute de l’esclavage moderne aussi vigoureusement que la scène du rap le mérite.  Kanye West se redéfini toujours dans son titre de légende, New Slaves la preuve du renouvellement de son titre.

25. Best Rap Album

  • The Heist – Macklemore & Ryan Lewis
  • Nothing Was The Same – Drake
  • Magna Carta…Holy Grail – Jay Z
  • Good Kid, M.A.A.D. City – Kendrick Lamar
  • Yeezus – Kanye West

Oh mon Dieu.  Personne n’est en mesure de comprendre ce qui a pu justifier ce choix aussi ridicule qu’incongru.  La qualité de The Heist ne se mesure qu’à sa popularité : passagère.  Il est difficile de s’imaginer un tel album mémorable d’ici à la fin des prochaines années, surtout puisqu’il est dépourvu de risque, voire même d’audace.  Ne serait-ce qu’une étude légère et inattentive de ses adversaires illustre une maturité musicale invraisemblable.  Yeezus par Kanye West fragmente la vision courante du rap en un chaos envisagé, précis, de manière à créer une polémique incomparable entourant le futur du genre.  Nothing Was The Same fait part d’une sensibilité qui ferait rêver les morceaux les plus consciencieux de Macklemore, Drake étudiant avec intelligence l’âme humaine dans toutes ses facettes émotionnelles.  Ne serait-ce qu’un simple affrontement entre The Heist et qu’importe lequel de ces deux albums envisage une victoire massacrante chez l’un ou l’autre.  Or, c’est d’ignorer le genre dans son ensemble que de voler la victoire à un artiste parfaitement accompli et ingénieux autant dans ses collaborations que dans son tout premier album, Good Kid, M.A.A.D. City.  Celui est un concept, un ensemble artistique d’une vision claire et provocante de Lamar, au centre d’un dit court-métrage reflétant les difficultés de sa vie parmi sa ville natale plutôt que de la louanger.  Il serait dépourvu d’intelligence que d’accorder une victoire aussi facilement à deux artistes tels Macklemore et Ryan Lewis.  Il serait d’une folie gigantesque, cependant, de ne pas l’accorder à Lamar, à la tête directe du genre, hissé vers un niveau encore jamais atteint.

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