Critique: première de « True Detective » (télé).

(Par Alexandre Poirier)

Le genre policier est extrêmement populaire ces derniers temps à la télévision. Vous l’avez probablement déjà remarqué, mais si ce n’était pas le cas, je suis bien heureux d’avoir contribué à l’épanouissement de votre culture. Qu’il soit caché sous un univers thématique de super-héros (Agents of S.H.I.E.L.D.), de contes de fées (Grimm) ou d’horreur (Hannibal), les meurtres et les enquêtes s’enchaînent sur le petit écran (ou le gros de 42 pouces, peu importe) à un rythme incroyable. Un peu comme le roman-feuilleton au 19e siècle, les détectives et les criminels sont parfaitement à leur place dans ce média en pleine effervescence, le format d’environ 60 minutes étant idéal pour garder en haleine les téléspectateurs. Alors que l’on vient à se demander si le taux de criminalité serait peut-être un peu trop élevé dans les séries, HBO débarque avec True Detective, comme une tonne de briques, en démontrant que le réseau américain fait encore et toujours les meilleures séries, même plus de 10 ans après Six Feet Under et The Sopranos.

C’est en voyant la distribution de cette première saison que l’on se rend compte à quel point HBO fait beaucoup, mais BEAUCOUP d’argent avec Game of Thrones. Je dis bien « première saison », car chaque saison suivra un nouveau duo de détectives à travers leurs vies privées et leurs enquêtes. La seconde saison aura ainsi beaucoup de pression par rapport à la première, car les deux policiers sont interprétés par nul autre que Matthew McConaughey (en nomination aux Oscars pour son rôle dans Dallas Buyers Club) et Woody Harrelson (Zombieland, Natural Born Killers). Nos deux « héros », travaillant pour la police de l’État de la Louisiane, enquêtent sur un meurtre sordide, à la limite du rituel satanique, survenu en pleine zone rurale au milieu des années 1990. On suit, tour à tour, le quotidien de ces hommes que l’on croirait plutôt normal. Rustin « Rust » Cohle (McConaughey) est un policier très brillant, mais derrière cette belle gueule se cache un homme troublé (et troublant) suite à la mort (mystérieuse) de sa fille. Il est insomniaque, boit du sirop pour la toux, est pessimiste et complètement athée, ce qui lui attire les foudres de ses camarades, de ses supérieurs et même de son partenaire, Martin Hart (Harrelson).

Ce dernier semble à priori avoir une vie plutôt tranquille et normale pour un Américain typique : un emploi payant, une belle maison, une épouse et des enfants. Cependant, il accorde beaucoup trop de temps (évidemment) à cette enquête (qui se complique quand on découvre qu’elle est liée avec la disparition d’une fille il y a 5 ans) plutôt qu’à sa famille. Sa femme Maggie (Michelle Monaghan) lui rappelle constamment. J’espère sincèrement que le personnage s’éloignera progressivement du cliché « femme-de-policier-toujours-insatisfaite » tout au long de la saison : il faut croire que les Américains avaient encore des mauvais plis en 1995 (ou en 2014…). Mais ne vous inquiétez pas trop pour elle, car la performance des deux collègues est plus que remarquable, particulièrement celle de McConaughey. L’acteur de 44 ans semble être rendu à un point dans sa carrière où il essaie de faire autre chose que des beaux bonhommes et c’est tant mieux pour nous! Son personnage de Rust capte toute l’attention du spectateur par son allure d’apparence nonchalante, sa vivacité d’esprit, son silence inquiétant et son regard pensif.

Le détective Hart apporte un contrepoids au malaise ambulant qu’est Cohle. Si le personnage d’Harrelson, un homme à cheval sur ses principes qui n’a pas la langue dans sa poche, demeure pour l’instant moins mémorable que celui de McConaughey, il ne fait aucun doute que ce contraire absolu apporte une dynamique intéressante au duo improbable et aux dialogues nullement omniprésents, mais bien choisis et bien placés. Chaque phrase, chaque mot ne sont jamais dits au hasard et serviront fort probablement à l’élaboration de ces protagonistes ou à la résolution de cette enquête, même si on sait comment cette dernière se terminera… Ou plutôt, c’est ce que l’on croît. En effet, le récit joue constamment avec le temps dans un jeu brillant de mise en abyme et d’analepses. L’enquête est racontée selon le point de vue des deux policiers, interrogés séparément 17 ans plus tard, par deux autres policiers qui leur demandent tous les détails de cette fameuse enquête qui, semblerait-il, n’aurait pas porté fruit. Je vous laisse cependant découvrir l’excellente fin de l’épisode et de quoi ont l’air nos deux gaillards après toutes ces années qui ne leur ont pas été particulièrement favorables, pour certains plus que d’autres… True Detective est en quelque sorte le 19-2 américain : une série policière dans une ambiance redneck à souhait avec une équipe improbable et problématique que l’on se doit absolument de regarder. Espérons que le dernier bijou de HBO continue sur cette lancée!

 

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