Introduction : Michel Rabagliatti – Paul (BD)

(Par Philippe Crête)

Ça fait du bien de voir parfois du talent de chez nous qui ravive la flamme québécoise en nous ! On a des artistes dont on peut être fier. Notre cinéma national est puissant, nos musiciens sont uniques et les artistes contemporains se démarquent par leur audace. Qu’en-est-il de la bande-dessinée en général ? Ce n’est pas ce qui accroche généralement le peuple québécois. Cependant, il y a depuis plusieurs années une certaine série qui propose une bande-dessinée particulièrement intéressante. Il s’agit de la série Paul de Michel Rabagliatti. Une histoire toute simple qui tourne sur la quotidienneté de Paul. Une BD purement québécoise qui est particulièrement bien fignolée.

Il ne s’agit pas d’une bande-dessinée comique à la Garfield où il y a une blague à chaque page ou un Tintin aux aventures rocambolesques où ça en devient presque ridicule. Paul est un véritable charme esthétique et énonciatif. Paul se retrouve à être un homologue pictural de l’auteur lui-même. La série est écrit au « Je » sans prétention. On est alors témoin des événements intrinsèque de la vie de Paul, de son premier amour au décès de son beau-père en passant par toute la gamme des grandes aventures d’une vie. C’est pour ces raisons que cette bande-dessinée est si forte. C’est grâce au fait que l’auteur y raconte les histoires les plus riches qui ont marqué sa vie !

Le style de dessin est assez particulier et unique. On s’habitue lentement à ce style pictural singulier. C’est en plongeant réellement dans l’histoire qu’on remarque que les images sont spécialement fortes et denses en signification. On peut facilement passer dix pages sans avoir lu une seule réplique, pourtant le sens narratif est costaud et parfois l’absence de parole devient aussi forte que des dialogues dénués de sens.  C’est rare qu’on puisse attribuer un réel sens dans la forme quand on s’attaque à une BD. Pourtant, Michel Rabagliatti le fait avec brio avec par exemple l’utilisation d’une pleine page pour accentuer le sentiment d’être petit dans le monde, la juxtaposition de deux espaces particuliers pour mettre l’emphase sur la case suivante ou bien simplement la répétition qui encore une fois, intensifie une émotion du personnage. Toutes ces valeurs véhiculées aux niveaux de la forme semblent si facilement attachées aux récits qu’on oublie qu’une telle fluidité est rare dans ce 9ème art.

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C’est le type de consommation artistique où c’est difficile à résumé. L’univers est si simple et naïf qu’il est délicat de s’attarder qu’à ça. Comme dans Paul à la Pêche qui tourne autour de Paul qui va à la pêche. On croit alors que cette banalité rend le récit simpliste, mais au contraire, c’est ce qui le rend si massif en termes de contenu. Paul à un Travail d’Été est le souvenir direct du premier amour de Paul alors qu’il travaillait dans un camp de jour. Cela semble si simple à nouveau alors que le style esthétique, le design particulier et la stylistique hors du commun rend la chose si belle et si unique. C’est d’ailleurs avec celui-ci que j’ai débuté ma lecture de la série Paul.

Je vous parlais du sentiment nationaliste en introduction. L’écriture est purement québécoise et elle est écrite en joual. Pas un joual à la Michel Tremblay, un joual pur et facilement lisible où on a vraiment l’impression de lire du Québécois, et non du français. Ce n’est pas exagéré comme cela peut l’être dans d’autre essais à ce type d’écriture. La série Paul propose un nouveau langage nationaliste très brave. De plus, Paul au Parc, qui se trouve à être le plus récent de la série, explique les aventures de Paul durant la période où le front de libération du Québec ( FLQ ) sévissait. On est alors amené à voir ces événements aux travers des yeux de Paul, alors âgé d’une dizaine d’année à l’époque. Tout est construit en fonction du fait que cette période est racontée avec les yeux naïf d’un enfant. On se reconnait en tant que québécois dans cette série simplement grâce à certains jeux de cartes qu’on joue seulement ici, aux expressions particulière différenciant la ville de Québec de Montréal, le style de paysage urbain typiquement montréalais, etc. etc. etc.

Vous comprendrez que j’adore cette série qui est d’ailleurs un gros coup de cœur Renaud-Bray de volume en volume. Michel Rabagliatti à gagné toute la palette de prix possible. Croyez le où non, la série est traduite en plusieurs langues dont le croate, ce qui est assez particulier lorsque l’on sait que la série est purement québécoise. Bref c’est un must de bibliothèque.

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