Critique : Rain (jeu vidéo)

(Par Olivier Leclair)

Je ne suis pas un grand amateur de la scène indépendante. Bien que j’éprouve un profond respect pour le travail de ces développeurs, je ne possède pas le matériel nécessaire pour en profiter, c’est-à-dire un compte Xbox Live ou un compte Steam. Je dois, dans ce cas ci, me référer uniquement au Playstation Store pour en jouir. La Playstation 3, toutefois, n’a pas une sélection de jeux indépendants aussi impressionnante que sur Steam et la Xbox 360. Or, ce magasin en ligne offre en exclusivité des titres tels que Journey et Papo & Yo, considérés comme des classiques de la scène. Cela va sans dire que même si la proposition est limitée, la qualité est belle et bien présente. Depuis un moment, un titre exclusif à la console semblait vouloir s’inscrire parmi les incontournables du milieu. Rain, un jeu du studio Acquire, après avoir éveillé notre curiosité au fil des bandes annonces, est-il à la hauteur de nos attentes? Cette oeuvre marquée par la poésie est-elle digne d’un poète ou d’un poétastre ?

Un garçon invisible parcours les rues pluvieuses de Barcelone afin de retrouver une mystérieuse silhouette. Rain, tel un poème, peut se résumer simplement. Il s’agit pourtant d’une œuvre complexe autant dans sa monstration que dans sa narration. Le joueur prend donc possession d’un jeune enfant qui, après avoir aperçu une forme traversant la rue, est empreint d’invisibilité. Il découvre ainsi un monde abritant des monstres limpides discernables par leur silhouette sous la pluie pourchassant une fillette à travers la ville. Le garçon, poussé par sa curiosité et son instinct, la prend également en chasse. Pour se faire, il doit compléter une série d’énigme se basant majoritairement sur la pluie. Car, comme son nom l’indique, Rain exploite grandement la pluie et l’invisibilité du personnage. Celui-ci est seulement visible lorsqu’il se trouve sous la pluie, offrant une perspective forte intéressante en terme de jouabilité. Le joueur est fréquemment demandé, par exemple, d’éviter le regard des ennemis en se camouflant sous les revêtements, les abris et les terrasses. Plusieurs éléments peuvent trahir sa position, entre autres les flaques d’eau et de boue. Ces phases d’infiltration, demandant une forte vigilance, utilisent au mieux l’invisibilité du personnage en ce qui a trait de sa jouabilité. Or, l’essentiel de Rain se trouve dans la résolution des énigmes qui, malheureusement, ne viennent pas exploiter l’invisibilité avec le même génie que les séquences d’infiltration. Ceux-ci sont marqués par un grand manque d’originalité si bien que la solution vient rapidement à l’esprit, facilitant ainsi la progression du joueur. Toutefois, à un certain moment de l’aventure, la fillette se joint au personnage, ce qui apporte une nouvelle dimension aux énigmes s’approchant parfois du jeu Ico. La coopération entre les deux protagonistes offre une plus grande complexité des puzzles, sans apporter une réelle difficulté.

Ce qui rend ce titre si attrayant est son approche artistique, une approche soignée rendant unique l’expérience de jeu. Tout commence par une scène d’introduction empruntant un style non loin de la peinture à l’eau, établissant dès lors son caractère unique. Celle-ci permet de mettre en abyme le scénario narré par des courts vers. Or, la narration passe avant tout par l’interprétation et par la recherche de la symbolique. Le joueur est appelé à analyser l’intrigue et les éléments audiovisuels pour discerner la thématique spirituelle de l’œuvre. Nulle information n’est concrètement offerte, tout repose sur l’interprétation en elle-même. Une analyse semblable à celle qu’un littéraire ferait d’un poème, donnant ainsi une dimension intellectuelle au jeu. C’est après la séquence d’introduction que le joueur est introduit à la grande ville de Barcelone. La ville, plongée dans l’obscurité et sous la pluie durant l’entièreté de l’aventure, introduit l’atmosphère particulière mêlant la mélancolie à la lugubrité. Sa conception profite d’une profonde maitrise artistique amplifiant l’ambiance du jeu. Car Rain est certes poétique, mais il s’agit avant tout d’une poésie de l’image semblable à celle qu’on retrouve dans les films de Terrence Malick. Les images et leur composition parlent d’elles-mêmes, faisant naitre une multitude d’émotion chez le joueur. Le sentiment prédominant est celui de la solitude qui suivra le joueur et son personnage du début à la fin, le motivant ainsi dans sa quête. La palette de couleur grisâtre, les rues inertes, l’obscurité de la nuit et la pluie torrentielle, ces éléments visuels viennent amplifier ce sentiment. La bande sonore, quant à elle, vient le renforcer avec quelques effets auditifs, dont celui de la pluie frappant la chaussée, ainsi qu’une bande originale d’une qualité hors norme. Celle-ci, composée par Yugo Kanno, récupère gracieusement la tristesse et la magie de l’œuvre tout en s’appropriant quelques pièces du compositeur français Claude Debussy. Les morceaux originaux, à mi-chemin entre Jean de Florette et Yann Tiersen (Amélie Poulain, Good Bye Lenin!), collent parfaitement à l’esprit du jeu ainsi qu’à l’ambiance européenne dégagée par l’architecture de la ville. Une bande originale réconfortante qui se doit d’être écouté, ne serait-ce que par les simples amoureux de la musique.

Rain est une œuvre au sommet de son art. En intégrant avec souplesse une approche poétique, le jeu propose une aventure sensible qui n’a rien à envier à des titres tels que JourneyLimbo et Braid. Proposant un design solide et une bande sonore envoutante, Rain vient plonger le joueur dans une zone émotive rarement atteinte dans un jeu. Bien que les énigmes manquent souvent d’authenticité et de difficulté, les phases d’infiltration nerveuses permettent de préserver une progression rythmée. Nul doute l’une des grandes surprises de l’année, Rain est l’un des titres les plus louables de la scène indépendante.

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