Critique : Phuture doom – Phuture doom (CD)

(Par Jean-Maxime Touzel)

Le métal et l’EDM ne sont plus une dichotomie.  Peut-être ne l’ont-ils jamais été, surtout en voyant les racines musicales d’artistes populaires dans le monde du dubstep comme Bassnectarou Skrillex, celui-ci ayant été, à priori, connu comme étant le chanteur du groupe From First To Last.  Notons également l’effort important du groupe Korn de concilier le dubstep avec le métaldans son album The Path of Totality, sujet aux collaborations significatives du groupe avec des artistes tels Kill The Noise, Feed Me, Datsik, Excision et Noisia, importants à l’évolution de la scène de l’EDM au fil des dernières années.

Or, aucun artiste ne s’est promis à un genre d’une façon aussi native : alors qu’on parlait précédemment d’une juxtaposition stylistique du métal et du dubstepPhuture Doom compose un son qui les rend inséparables, épanouit en sa forme et non plus un compromis.  Ce nouveau genre aurait pu se présenter tel un prototype au travers un EP de quelques chansons : c’est d’ailleurs ce que Phuture Doom a su faire au travers le lancement de leur EP Nightfall, comprenant 4 chansons originales.  Cependant, le groupe et sa sonorité font l’éloge d’une si grande confiance quand l’espace de quelques mois, ils allongent le dernier EP sous une forme plus complète d’album, sujet à cette-même critique : l’album éponyme de Phuture Doom.  Celui-ci reste à ce jour l’une des déclarations musicales les plus frappantes, confiantes et réussies de l’année 2013.

Ceux qui s’attendent à la familiarité d’une écoute facile de la Radio populaire ne seront pas prêt à la précarité des chansons comprises au sein de l’album.  Il ne suffit que d’écouter les 5 premières secondes de Burn The Knowledge, premier single de Phuture Doom, pour comprendre à quel point un son peut être à la fois précis et brusque : Pitbull ne pourra jamais y avoir un verset qui lui est dédié.  Et si on souhaite retrouver dans l’album un moment de répis, c’est seulement au travers les prières d’allures sataniques de La Grand Messe Noire qu’il sera possible de le faire.

Pourtant l’éloge qu’il serait possible de faire envers cet album est d’une taille incommensurable : rarement m’est-il arrivé cette année de ressentir une aussi grande satisfaction musicale qu’à l’écoute de Phuture Doom.  Si c’est par un début maladroit que s’introduit le groupe avec La Grand Messe Noire, prière de 3 minutes et 28 secondes qui laisse peu béat, c’est par les premières secondes de la deuxième chanson, Burn The Knowledge, que démarre l’une des séries de chansons les mieux ficelées depuis un moment : du dubstep d’une puissance irrévocable qui, à première vue, semble intraitable.  Mais ce n’est qu’à la fin du morceau et au début du troisième qu’on comprend vite le message lancé par le groupe; le rythme s’accélère et prend l’allure d’une chanson de drumstep : Burn The Knowledge devient Black Acid Reign de la façon la plus intuitive, mais devient également l’un des meilleurs morceaux de l’album.  Phuture Doom y crie violemment que le son de son premier album gouverne sous le titre de Black Acid et que chacun de ses membres crachent sur chacune des opinions qui lui sont adressées.  Le groupe s’apprête d’ailleurs à le faire au travers d’un récit musical qui ne s’arrête que trop rarement pour respirer.  Hans Break en est la continuité par un rythme d’électro ralenti volontairement pour lui donner une force encore imprévisible.

Rendu à cette étape, il nous est difficile de trouver plus acéré que les trois dernières chansons.  Malgré cela, selon Phuture Doom, nous n’avons qu’une idée moindre du Black Acid.  La cinquième chanson, Mach 100, ne dure que 2 minutes et 28 secondes, mais semble plus dense et répartie que toutes les autres chansons : du drum & bass si méticuleux qu’il désempare et démantèle toute notion de confort.  À quoi servirait-il de surprendre encore plus avec quelque chose d’inhabituel ou d’inusité?  Le groupe ne semble pas le savoir puisqu’il place Doom Terror Corps juste après le dernier morceau.  Je n’avais jamais apprécié avant ce point de chansons hardstyle hormis lorsqu’elles étaient remaniées en trap parFlosstradamus.  Pourtant cette chanson est la première qui suscite une appréciation très grande chez moi, la première également à présenter une vocaliste.  Elle répète fièrement : « Each time that darkness falls » en guise d’une suite plus sinistre à l’album qui s’amorce.  Rites en est le signal de départ et peut-être la seule pause depuis le tout début de l’album.  Des prières similaires à La Grand Messe Noire sont superposées à un rythme beaucoup plus détendu et posé (quoi qu’il soit encore là ridicule d’en affirmer la même chose en dehors de son contexte précis.) afin de laisser place à une composition musicale plus réfléchie : Paradise Lost s’attaque au Glitch Hop de manière à le dénuder de toute notion de funk et de son caractère jovial et dansant: on dirait ainsi que le genre n’en a plus besoin tant bien on est tout aussi abattu que dans les morceaux plus dévastateurs de l’album.

L’effet, toutefois, ne sera jamais aussi puissant que dans l’avant-dernier morceau, l’épitome du message Phuture Doom : Phuneral Phuture accompli ce que peu de morceaux musicaux font dans la panoplie d’artistes qui tentent la nouveauté; il confirme la force et devient le messie d’un genre par son audace, sa précision et son culot presque vulgaire : du dubstep d’un poids ahurissant.  On y comprit parfaitement le désir de Phuture Doom à devenir des maîtres incontestables dans ce qu’ils font, tant bien sont-ils les meilleurs à le faire.

Rien n’est le manifeste plus grand de leur compréhension de la musique que le tout dernier morceau de l’album : Exodus.  Phuture Doom apparaissent alors comme des génies sachant parfaitement ce qu’ils doivent faire et qui en font plus, presque trop.  Reste-t-il qu’une rétrospective nécessaire de l’album reflète dans la splendeur d’un aussi grand accomplissement qu’un seul point faible.  La présence de prières au sein d’un déclaratif musical d’une aussi grande envergure semblent décoratifs et non stylistique : plus d’une fois est-on béat dans l’amplitude de l’ardu derrière le Black Acid pour être déçu par l’inutilité de La Grande Messe Noire qui tente quelque chose en accomplissant peu.  Un album est, en plus d’être un ensemble, un regroupement de singularité. Il est ainsi difficile de s’imaginer revisiter des morceaux tels le premier ou Rites, précédemment mentionné.

C’est sans contredis qu’un album tel Phuture Doom par Phuture Doom pourrait ne régner qu’à petit feu comme la seule et unique tentative au sein d’une nouvelle idée : pourtant la méticulosité derrière chacun des morceaux et l’atmosphère qu’ils génèrent lui assure une place à la tête d’un genre qui vient de naître déjà mature : le Black Acid, messager d’une nouvelle déclaration : lemétal et l’EDM ne sont plus une dichotomie.

9/10

Morceaux les plus aimés : Burn The Knowledge, Black Acid Reign, Hans Break, Doom Terror Corps, Paradise Lost, Phuneral Phuture

Morceaux les moins aimés : La Grande Messe Noire

 

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