Critique : Christopher Paolini – Le cycle de l’héritage (romans)

(Par Jérémie Bernard)

Christopher Paolini entama un énorme projet à l’âge de quinze ans. Il voulait écrire un roman. Douze ans plus tard, il se retrouve avec Le Cycle de l’Héritage entre les mains : quatre grands romans fantasy très inspiré de Tolkien qui ont vendu près de 35 millions de copies partout à travers le globe. Je passerai aujourd’hui en revue cette grande série moderne. Ces quatre livres ont bercé mon enfance avec Tolkien et J.K Rowling. Comment Eragon parvenait-il à me garder accroché malgré le manque d’originalité de son univers? Sa cohérence, et l’immense passion dont l’auteur a fait preuve pour le construire ont sans doute aidé.

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Vous pourrez le lire un peu partout, la série de Paolini est une espèce d’hybride narratif entre Star Wars et Le seigneur des anneaux. La série tourne autour d’un Roi malfaisant qui dirige d’une main de fer un empire (oui je sais, un roi qui dirige un empire, c’est étrange) qui ne cherche qu’à se venger des infamies faites par ce méchant homme pour accéder au trône. Les classiques elfes, nains et urgals (orques) sont de la partie, sans parler de la magie et des prophéties.

L’idée de génie de Paolini, qui aurait aussi bien pu condamner sa série à l’ignorance planétaire, était d’utiliser une figure très connue et surutilisée pour la mettre au centre de sa série littéraire. Les dragons sont le point focal de cet univers. Tout est question de ces créatures épiques. Éragon, le personnage principal, est le premier à faire éclore un œuf de dragon depuis une centaine d’années. Il fait revivre sans le vouloir la caste des Dragonniers. Dragons et Dragonniers sont magiquement liés afin de réaliser de grandes ou mauvaises choses dans le monde. Galbatorix, le méchant roi, avait tenté d’éradiquer cette caste (tout en en faisant partie lui-même) lors de son accession au trône. Vous voyez où l’histoire s’en va : Eragon devra emmagasiner les pouvoirs et l’expérience nécessaire pour vaincre Galbatorix et restaurer la paix dans le monde. Classique, vous direz. Je le sais, et pourtant, la série nous accroche tout de même !

Le lien particulier en Eragon et Saphira, sa dragonne bleue, ainsi que certains autres personnages qui deviennent très importants à mesure que la série progresse, comme Roran, le cousin ordinaire d’Eragon ou même Angela, l’herboriste étrange qui fait penser à Gandalf dans sa façon de tout savoir et de toujours être là au bon endroit, au bon moment. Ces personnages, couplés d’un univers où les dragons sont des êtres rares et vulnérables, mais provenant d’un passé glorieux et où la magie est régie selon un langage très bien expliqué et développé contribuent à continuer la lecture et fermer les yeux face aux clichés et aux facilités souvent employées par l’auteur.

Le tome le plus intéressant reste à mes yeux le deuxième, où Roran, un personnage originellement très secondaire, vole presque la place d’Eragon le temps de 800 pages. À partir de là, l’univers possèdera assez de personnalité pour accrocher tout fan de fantasy et ne souffrira que de très peu d’incohérences majeures. Le dernier tome présente par contre bien plus de références à la fiction de Tolkien que les trois autres. Un certain passage sous terrain rappelle trop la Moria et le fait de gagner la guerre grâce à l’esprit de plusieurs dragons rappelle l’épisode ou Aragorn va chercher l’armée des morts pour briser le siège de Minas Tirith.

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Il est quand même bien d’avoir une bonne série actualisée et moins lourde à lire que celle de Tolkien pour les générations à venir. Malgré ses maladresses, Paolini reste tout de même un bon écrivain d’action et de dialogues. On croit en ses personnages et on veut sans cesse en savoir davantage. Ce cycle qui se voulait être une trilogie à la base ne casse pas trop de pots pour se rendre à la fin de son histoire, même si la finale s’étire très longuement, comme si l’auteur se sentait mal de quitter ses personnages. Si je vous disais qu’Eragon quitte le pays central de l’univers, avec des elfes, sur un bateau d’une voile blanche, ça ne vous dit rien? J’ai été un peu déçu par ces raccords littéraires un peu trop faciles, mais j’ai tout de même eu beaucoup de plaisir à me plonger dans la diégèse de cet univers et d’en apprendre d’avantage sur les fonctionnements de la magie, de l’ancien langage et de la culture des dragons.

Je conseille ce cycle à tous ceux qui n’ont jamais eu le courage de se lancer dans la prose millénaire de Tolkien et qui veulent vivre une bonne histoire de dragons. Après une série aussi populaire (non, je ne parlerai pas de l’échec cuisant que fut le film Eragon (2006) ; qui ne méritait pas mieux d’ailleurs) et autant de temps passé dans le même univers, je suis curieux de savoir vers quoi se dirigeront les prochains travaux de l’encore très jeune Christopher Paolini.

P.S : Le gars a quand même pris la peine de nous fournir un répertoire des mots dans les langues qu’il a inventés. Ça manque de vie et de substance comparée à Tolkien, mais tout de même !

 

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