Critique : Graham McNeill – Mechanicum (Roman)

(Par Jérémie Bernard)

Imaginez un petit empire martien qui contrôle tout le savoir technique et technologique de la race humaine. Imaginez notre planète rouge vouée à l’industrie et peuplée d’hommes et de femmes qui tentent quotidiennement de se rapprocher de la froideur et l’exactitude des machines. Faites-vous l’image mentale d’une guerre civile au sein de cette planète industrielle. Pensez aux armes les plus puissantes et dévastatrices de l’humanité, et faites-les se battre entre elles. Voici le récit que Graham McNeill a orchestré dans toute sa symphonie lors de l’écriture de Mechanicum. Si vous ne connaissiez pas l’univers, je crois que ce dernier vous intéresse désormais.

Après Battle for the Abyss, McNeill a le mandat d’écrire le neuvième roman de la (de plus en plus) épique et exhaustive série The Horus Heresy. S’attaquer au monde fermé du Mechanicum était déjà un défi en soi, mais Mcneill choisit de le faire dans un moment charnière de la planète : exactement quand le culte de Mars se scinde en deux sous le joug de l’hérésie.

La majorité du travail de l’auteur pour ce roman réside dans le fait de créer un univers dans un univers. L’univers père qu’est Warhammer 40k est déjà bien étoffé et présente une multitude de codes et de références que les lecteurs peuvent comprendre et reconnaitre. Lorsque l’on raconte quelque chose se produisant sur Mars, il faut absolument arriver à délimiter cet univers-fils par rapport au père. Mars est un cas à part de l’Impérium de l’humanité. C’est le seul endroit allié à l’Impérium qui n’est pas sous son entière domination. Dans le roman, tout cela est transmis par un sentiment dichotomique entre les fervents admirateurs de l’Empereur et les amoureux de la technologie; de la gloire que les machines de Mars peuvent apporter de plus précieux : la liberté totale.

Le ton de ce lieu si particulier est bien rendu par l’auteur. Un champ lexical de la technologie est omniprésent et permet de ne jamais sortir de l’environnement particulier qu’est Mars à cette époque. Le fait de nous faire découvrir la planète rouge industrielle par les yeux naïfs d’une nouvelle arrivante provenant de la Terre projette une belle mise en abyme de ce que le lecteur doit subir en tant que néophyte de l’endroit, même s’il connait très bien Warhammer 40k.

Le problème avec un roman d’une telle ambition est les limites qu’il s’impose d’emblée. Nous n’avons pas affaire à une série de livres sur le sujet, mais bien à un événement précis qui s’est produit sur Mars, qui est peu connue. Graham McNeill est limité dans le temps et cela se remarque par le manque de profondeur que le lecteur peut constater chez certains personnages secondaires ou certains lieux trop rapidement survolés. N’empêche que quelques aspects très spécifiques à la vie martienne sont très bien rendus.

L’amoureux de Warhammer 40k trouvera dans ce roman une belle description psychologique et physique de la vie d’un Princeps d’un Titan, gigantesque machine de guerre. Une bataille en impliquant plusieurs ne peut que créer des images prenantes et des situations qui captivent le lecteur de façon plutôt agressive. L’on sait dès les premières pages que la tension va mener à un bain de sang, mais cela prend du temps avant que l’on comprenne de    quelle façon vont se jouer les cartes. Quelques notions obscures sont aussi présentes dans le livre. Elles sont faciles à identifier puisqu’elles ne forment qu’un flot de questions sans réponses dans notre tête. Fait majeur : McNeill a eu le culot de faire parler l’Empereur de l’humanité lui-même lors de quelques scènes. Tout contribue à faire apprécier au lecteur de ton particulier de Mars et l’importance du conflit qui s’y est produit lors de l’Hérésie d’Horus et des légions qui lui sont fidèles.

Le roman reste bon parce qu’il traite d’un sujet peu exploité, même s’il le fait de façon très conventionnelle. Les détails de l’univers vont jusque dans les numéros de chapitres, mais tombent souvent très creux lorsque l’auteur manque de temps et d’espace pour approfondir des concepts qui, avouons-le, auraient pu être beaucoup plus simples parfois et beaucoup plus complexes à d’autres moments. Un très bon roman, mais qui jure par sa petite taille par rapport à la grandeur des idées qui y sont glissées.

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