Au poil

(Par Julien-Pierre Maltais)

Ah, Novembre! Les feuilles qui restent sont brûlantes dans les arbres, les poumons se remplissent de cet air frais qui baigne la ville d’est en ouest, on retrouve le confort de nos vieux sweaters et de nos tricots…et on se fait pousser une hostie de moustache.

Novembre, ou « movember » pour les initiés, c’est le mois de la sensibilisation au cancer de la prostate. Les hommes (et les femmes moins chanceuses) ont enfin l’occasion rêvée de se faire pousser la moustache pour une bonne cause…mais est-ce vraiment légitime? Étant un être humain possédant la totalité des éléments requis pour parler de Movember, soit une prostate et une pilosité faciale, je crois qu’il est de mon devoir de chialer un peu sur le mois de la lèvre supérieure touffue…mais laissez-moi une chance, il y a de la lumière au bout de ce court article!

Soyons honnêtes : 90% des gars se laissant pousser la moustache au mois de Novembre n’en ont que très peu à foutre du cancer de la prostate. Moi-même, je passe plus de temps à me dire « calvaire, j’aimerais ça avoir une moustache plus épaisse; j’pourrais faire des designs sur les bords pis la trimmer en forme d’éclair death-metal-anarcho-destroy » qu’à réfléchir aux actions nécessaires pour sensibiliser le grand public à l’importance d’aller se faire tester pour un possible problème de la prostate. L’année passée, j’ai rappelé à mon père de faire attention à la sienne, mais sinon…je peux pas dire que j’ai été un fier ambassadeur de la prévention.

Reste que, il est possible que ce mois-ci, je me laisse tenter par une petite coupe moustachue pour une semaine ou deux. Vous aurez la chance, peut-être, de la voire trôner sur ma grosse face de bébé de 23 ans.

-Ouais mais, tu viens pas de dire que c’est hypocrite le Movember, JP?
-Ouais mais laisse-moi finir maudit! 

J’encourage quand même les hommes à se laisser pousser la moustache en Novembre, parce que je trouve ça franchement sympathique que pour une fois, les hommes se rassemblent autour d’un thème, d’une cause qui les touchent de près ou de loin. Toute l’année, on a des pneus d’hiver, des bouteilles de vin, des autocollants, des chandelles, des clefs, des enveloppes et des timbres roses pour supporter la bataille contre le cancer du sein, mais on a quoi pour les hommes? Je dis pas qu’on a RIEN pour supporter les causes masculines, mais disons que c’est pas mal moins publicisé.

C’est reconnu, les hommes, on aime pas parler de nos problèmes. On se tape une grosse dépression? On a des problèmes de cash, de femmes ou de job? On s’ouvre une bière, on se renferme et on se dit que ça va passer. C’est ce que la société nous a habituée à faire.

Ça peut sembler rough ce que je dis, mais pour parler régulièrement avec des adolescents/jeunes adultes en crise, je me rends compte que c’est souvent les filles qui vont venir parler. Les gars, nous, on laisse la vague passer, on se dit que tout fini par s’arranger… mais tout ne finit pas toujours par se placer, et parfois, ça fait du bien de se regrouper autour d’un morceau de poil, aussi niaiseux que ça puisse paraître.

On a peut-être l’air cave avec nos maudites moustaches pendant un mois, mais au moins, on se sent entre boys. On se croise dans la rue et on se fait un p’tit sourire en coin complice qui veut tout dire. On est, pendant un mois, comme les chauffeurs d’autobus qui se saluent tous au passage.

On se connaît pas nécessairement, on s’aime pas obligatoirement, mais au moins, on est là.

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