Don’t thread on moi (première partie)

(Par Julien-Pierre Maltais)

Synchronicité est l’éditorial de Julien-Pierre Maltais. Mélange d’actualité et de tribune d’opinion, ces articles vont faire réfléchir sur notre société et sur des événements du monde politique, économique et culturel de notre quotidien!

Dans cet article en deux parties, je me penche sur un sujet chaud en ce moment : les armes à feu. Moi-même tireur du dimanche, je m‘interroge sur l’image du propriétaire d’arme à feu moderne, celui qui se fait souvent regarder de travers à mesure que les tragédies et les tueries s’empilent les une par-dessus les autres.


« T’es un fou? T’es un criminel? T’as peur de quoi coudonc? »

Ahhh, bienvenue dans ma vie :

Je suis, comme 3,1 millions de Canadiens, propriétaire d’une arme à feu. J’exagère un peu, mais ça fait peur, non?

Dans cette chronique en 2 parties, j’essaierai de démystifier, un peu je l’espère, le mythe du tireur, celui que l’on voit souvent (à tort) comme un assoiffé de sang, un homme macho et tyrannique, un « natural born killer ».

J’ai en fait longtemps hésité à écrire cet article, et ce, en grande partie à cause de la publicité ultranégative associée aux armes à feu suite à différentes tragédies récentes. Je n’étais également pas certain de ma manière d’amener le sujet : comment parler de quelque chose qui me touche, mais qui reste controversé et souvent mal vu? J’y irai donc de manière très simple; cet article ne sera pas aussi, disons, sarcastique ou cinglant que mes précédents (et mes prochains), mais j’avais tout de même envie de l’écrire.

Commençons tout d’abord par préciser que la seule « chose » ayant été blessée lors de l’écriture de ces lignes est un bout de papier. Il est carré, d’environ 15 pouces de haut par 15 pouces de large.

C’est en effet la principale cible des propriétaires d’arme à feu canadiens : une cible de papier. Nous nous réunissons les dimanches matins dans un endroit où nous pouvons, moyennement un abonnement, pratiquer un sport. Nous sommes comme une ligue de soccer, mais ultra supervisée par le gouvernement  où il n’est pas conseillé de participer sans l’équipement auditif approprié.

Vous trouvez ça sans intérêt? Aucun problème, je ne m’en offusque pas.

Chaque jour, le gouvernement fédéral entre mon nom dans une base de données. Il s’assure que je n’ai pas de mandat émit contre moi et que je ne sois pas accusé de quelque crime que ce soit. Dans le cas contraire, une simple visite de la sûreté du Québec suffira, et ils confisqueront tout mon matériel de tir. Vous en connaissez beaucoup, vous, de vos amis qui chaque matin subissent une vérification comme celle-là? Moi non plus.

Il convient ici de décrire les étapes nécessaires à l’obtention d’un permis de possession d’arme. Il existe 3 types de permis que je résumerai très rapidement (et de manière un peu simpliste, puisque là n’est pas le nerf de la guerre) : le non-restreint (arme longue, fusil de chasse), le restreint (armes de poing, « handguns »), et le prohibé (armes peu en circulation, canons courts, etc.). Je ne puis que me prononcer sur les démarches pour le permis dit « restreint », puisque c’est celui que je possède.

Il faut d’abord suivre un cours « d’armes longues ». 80$

Il faut ensuite suivre un cours « d’armes restreintes ». 80$.

Il faut ensuite, et au Québec seulement, suivre le cours de « loi 9 », aussi nommé « loi Anastasia » du nom de la jeune femme tuée tragiquement lors des évènements survenus à l’école Dawson en 2006. 40$.

Puis, il faut remplir un questionnaire et répondre à toutes sortes de questions allant du « avez-vous un problème de drogue » à « avez-vous parfois des pulsions violentes». Il faut également donner le nom, l’adresse et le numéro de téléphone de deux personnes qui seront plus tard contactées pour répondre de notre santé mentale et, en somme, de nos capacités à vivre en société. Il faut ensuite poster ledit questionnaire aux autorités compétentes. 80$.

Nous en sommes donc à un total de 280$. Vous me suivez toujours?

Puis vient l’attente. Si, tel que prescrit par la loi, cette dernière ne devait pas dépasser de beaucoup les 45 jours, il en est autrement en réalité. J’ai vu des gens attendre 4, 5, voire 7 mois avant d’avoir leur permis. Certains, comme moi, doivent même déposer une plainte au protecteur du citoyen pour faire débloquer leur dossier qui trainait fort probablement sous une pile de papier dans le bureau d’un fonctionnaire. Avant mon appel au protecteur du citoyen, j’ai pu me rendre compte que la procédure était normale : pour obtenir un permis totalement légal au Canada, il faut souvent se plaindre et faire bouger les choses soi-même, sans quoi notre demande sera tout simplement oubliée. Il s’agit là d’un autre bel exemple de bureaucratie lente et pitoyable.

Une fois le permis acquit, il faut obligatoirement s’inscrire à un club de tir pour « justifier » l’obtention dudit permis. On parle ici de coûts avoisinant les 250$ par année.

Nous en sommes maintenant à 530$. Vous êtes encore là? Fantastique.

Une fois toute la paperasse terminée, il faut tirer! N’avons-nous pas, en tant que bons citoyens canadiens, mérité le droit d’exercer notre passe-temps? Une arme de poing peut couter de 200 à 1500+$. Ici, je ne me plaindrai pas : c’est un loisir que j’ai choisi en connaissance de cause, et étant conscient des coûts afférents à ce loisir, j’ai tout de même choisi de poursuivre mes démarches. Si nous mettons à 400$ dollars le coût d’une arme de poing, notre total, avant même d’avoir mis les pieds sur un champ de tir, s’élève maintenant à 930$. Ce chiffre est évidemment approximatif, et peut être (beaucoup) plus élevé.

Arrive maintenant le temps de tirer. Une boite de 50 balles de calibre 9mm, soit un des calibres les plus communs, coûte entre 18 et 30$ selon le manufacturier et d’où on se la procure. Vous savez en combien de temps je peux passer au travers d’une boite comme ça? 20 minutes.

Vient maintenant le temps de dire les vraies choses. À presque 1000$ (sans compter les balles nécessaires à la pratique du sport), pensez-vous VRAIMENT qu’un criminel mal intentionné prendra le temps et l’argent de se procurer légalement une arme? Bien sûr que non! Les gens que je croise à mon club de tir sont des gens bien, des gens ayant un bon boulot qui, les fins de semaine, apprécient le fait de trouer du papier. Vous trouvez encore ça ridicule? Très bien. Vous avez droit à votre opinion, mais si vous me lisez toujours, c’est que vous avez envie d’entendre la mienne.

Dans la suite de mon article, je me pencherai sur tout ce qui entoure le fait d’être un tireur et sur l’opinion que semble avoir la population, québécoise du moins, des gens qui sont amateurs d’armes à feu.

 

Votre opinion?

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s