Dis-moi ce que tu écoutes, et je te dirai qui tu es (ou pas)

(Par Myriam Beaulieu)

J’ai pensé à écrire ce billet en écoutant de la grosse salsa full été au bureau, avec un dude trop heureux qui chante en espagnol. Bonhomme qui, soit-dit en passant, pourrait être en train de chanter à propos d’une pathère brisée, que je ne serais pas au courant. Ma connaissance de la langue espagnole s’arrête avec le menu des 3 Amigos (‘‘Breuvages » en espagnol, c’est  »Bebidas »! Ça y est, c’est mon mot préféré à partir de maintenant!).

J’écoute de la salsa de temps à autres, parce que mettons-nous d’accord, y’a pas mieux pour célébrer le fait que le soleil brille de mille feux dehors, et que ça fait DEUX JOURS (!) d’affilés qu’il fait méga-chaud (et my friends, avec Dame Nature qui, clairement, nous niaise depuis le début de la saison estivale, y’a de quoi s’emballer, je le jure).

Sauf que, le léger problème commence ici. Constatation bien malheureuse : quand les clients à mon travail se présentent à mon bureau de réception pour ramasser des commandes et/ou faire des plaintes, je me surprends à baisser le volume (presque à mute) de ladite salsa. Comme si j’avais HONTE. Comme si ils allaient se mettre à penser automatiquement  »Cette fille doit assurément passer ses week-ends au camping St-Madeleine à danser en ligne et jouer aux poches avec un chapeau de cowboy sur la tête si elle écoute ce genre de musique! ». Comme si, ces clients-là allaient inévitablement rebrousser chemin en entendant mon goût de musique plutôt douteux pour certains, et soyons clairs, inavoué jusqu’à maintenant.

Et moi, je dis stop. Assumons-nous, calvaire.

Je me souviens qu’en secondaire 2, j’avais eu un exposé oral à faire sur une chanson que j’aimais beaucoup. On devait emmener l’extrait, et tout bonnement et simplement expliquer pourquoi cette chanson avait une signification particulière pour nous. Pas compliqué, là. Tant qu’à choisir quelque chose qui avait un sens, mes amis, il m’aurait été trop facile d’y aller avec la totale et prendre une chanson de Roch Voisine, et expliquer que mon enfance COMPLÈTE a été bercée par les grattements de guitare de mon père qui joue  »La berceuse du petit diable’’. Ensuite, j’aurais dit à mes confrères et consœurs de classe (qui m’auraient regardée avec des yeux de hiboux et probablement beaucoup jugée) que chaque fois que je l’entendais, les larmes me montaient aux yeux. Mais non, voyons. À la place, j’ai emmené une chanson d’Avril Lavigne qui ne voulait strictement rien dire avouons-le, mais au moins, j’ai eu l’air moins twit (selon qui, exactement, je n’en sais absolument rien, je ne suis pas au courant de qui fait les règles de ce qui est twit ou pas, mais à l’adolescence, on se fait un genre de charte officielle entre ados qui dit ‘’Ça, c’est cool mais ça, non.’’). Et vous savez quoi? Avec le recul, je regrette de ne pas avoir choisi Roch.

Sauf qu’à 14 ans, tu trembles encore en dedans à l’idée seule que si jamais tes amis apprenaient que tu joues encore à la Barbie parfois, tu perdrais la moitié d’eux. Donc, es-tu vraiment gamed’emmener une toune de Roch Voisine en classe? Pas-du-tout. Qu’est-ce qui arriverait, man? Le monde rirait de toi pas à peu près. Certains auraient probablement même pas su, c’était qui, ce Roch à l’accent semi-anglophone du Nouveau-Brunswick dans la chanson. Les gens auraient commencé à avoir une opinion de toi en tant que  »La fille qui trippe sur la même musique que ses parents » (ben oui!).

Une autre fois, je me souviens que vers 12 ans, je capotais solide sur S Club 7. Je m’étais fait ridiculiser par un petit ex (!) dans le corridor ;  »Heille Myriam, tu trippes-tu encore sur S Club 7 ? ». Devant tout le monde. Mon Dieu. Et moi, jeune pouliche pré-ado wannabe cool qui n’avouerait jamais même sur son lit de mort qu’elle ADORE S Club 7, de rétorquer  » Pfffff, ben non, franchement, t’es con!  »(mets-en, qu’il était con).

J’aurais dû. J’aurais donc dû lui crier  »OUI!!! ». Oui, oui, oui, x 1000 ! Pis je m’en contre-fout que tu trouves ça poche, je l’écoute dans ma chambre ou dans le sous-sol, avec ma sœur, pis même que mes parents aiment ça, eux autres aussi! Pis en même temps si tu veux savoir, j’écoute du Britney Spears, du Céline Dion, The Bee Gees, du Mario Pelchat, ACDC, Eminem, Vivaldi, alouette! Pis j’aime TOUT ce que je viens de nommer! Mais, je ne te demande pas de l’écouter avec moi, je ne t’enchaîne pas de force dans une pièce avec ‘’Les boîtes à Gogo’’ à fond, alors dis-moi donc, ce que ça te fout à toi, que ma musique ne corresponde pas à tes standards de ‘’non-quétainerie’’?

Bon, c’est certain que si j’avais vraiment dit ça à 12 ans, j’aurais été genre, la reine de la spontanéité, et là, mon petit ex partant en pleurant, j’aurais été cool pour le reste de l’année scolaire. J’aurais pu me balader librement avec des T-Shirts à l’effigie de Britney Spears, parce que de toute façon, le monde m’aurait trop respectée. Mais moi étant moi, j’arrive avec la réponse parfaite seulement 12 ans plus tard, c’est pas pire pareil.

Donc, en restant dans l’optique qu’un style de musique ne définit absolument pas une personne (c’est vraiment être fermé d’esprit total si tu juges quelqu’un parce que tu entends du Sylvain Cossette dans son char), à ceux qui disent que Nicki Minaj c’est de la merde, que c’est une honte d’avoir reprit une grande chanson comme  »We are the world » avec des artistes comme Usher et P!nk, et que One Direction c’est une gang de fifs pas-de-talent (quelle allégation non-fondée, by the way?), je dis ceci ; ta musique indie super underground, moi, ça ne m’intéresse pas. Pis selon moi, et moi seule, je trouve que ça sonne vraiment ordinaire, parfois. C’est mon goût. La célèbre phrase  »Les goûts, ça ne se discute pas », ben guess what, elle s’applique pas à peu près, ici. Mais t’sais, vas-y, écoute-le, ton indie ou ton métal. C’est ben correct. Peut-être que si tu arrêtes de me juger parce que je ne connais que deux chansons de Karkwa, on pourra devenir amis pis j’deviendrai une hipster assumée (non, mais pas grave, on jase là).

Pour ma part, je continue de blaster ma salsa full été dans mon auto rouge les fenêtres baissées. Et parfois, une toune de Marc Dupré s’y glisse. Et une autre de Kool & The Gang (come on,  »Celebration », c’est la vie!). Parce que j’suis rendue à 24 ans, pis j’men fout un tantinet, que t’aimes pas mes choix musicaux. Je ne cherche pas ton approbation, anyway.

Même qu’en écrivant cette dernière ligne, j’ai un peu les yeux dans l’eau. Cause?  »La berceuse du petit diable » à travers mes speakers.

 

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