Critique : Spring breakers (film)

(Par Patricia Leblanc)

Des néons, des bonbons, et des totons.

Bon récemment, je me suis forcé à regarder le film Spring Breakers(2012) avec James Franco, Vanessa Hudgens, Ashley Benson, Selena Gomez, et Rachel Korine, réalisé par le mari de cette dernière, Harmony Korine. Vous avez probablement entendu parler de ce film bien avant sa sortie au cinéma, tout comme moi. Par contre, le hype  qui entoure ce film n’a pas créé par une histoire troublante, ou une performance hors pair des comédiennes, mais par la curiosité des spectateurs qui veulent voir les Princesses Disney gone wild. Au moins ils ne seront pas déçus, car ce film contient beaucoup de nudité gratuite et de comportement… disons pas très respectable. Par contre, ce film ne contient aucune histoire, aucune morale et les diverses actions des personnages sont dénuées de sens.

Les protagonistes de ce film sont quatre étudiantes de l’université qui veulent partir à l’aventure et découvrir une autre partie du monde. Quand elles réalisent qu’elles n’ont pas assez d’argent pour partir au « Spring Break » en Floride après avoir mis environ 70$ de côté en un an, Candy (Hudgens), Brit (Benson) et Cotty (Korine) volent un restaurant avec un fusil à eau. Arrivées en Floride après avoir convaincu leur amie sage et Chrétienne Faith (Gomez) de partir avec eux, elles rencontrent le gangster Alien (Franco). Amadoué par ses filles, Alien les trainent dans des situations illégales et dangereuses.

Bon, on ne peut pas dire que tout est un gâchis dans ce film (je l’ai quand même regardé du début à la fin). Mon côté étudiante en cinéma applaudit la cinématographie ainsi que la palette de couleurs que Korine a utilisées. La caméra bougeait continuellement, ce qui reflétait un état d’extase semblable à celui que vivaient les personnages sur l’écran. De plus, certains mouvements, tels que des travelings et des rotations de 270 degrés m’ont impressionné techniquement. En ce qui concerne les couleurs, je crois que je pourrais écrire une thèse à ce sujet. En tout temps à l’écran, le cadre pouvait contenir soit des couleurs fades, décolorées par le soleil qui plombait sur les plages Floridiennes, soit des couleurs fluorescentes tape-à-l’œil dans le but d’évoquer la fausseté de l’environnent dans lequel elles se sont projetées. Car s’il y a un message que le réalisateur voulait communiquer à son audience, c’est que ces quatre filles se sont immergées dans un monde irréel, plastique et faux qui ne leur apportera aucune satisfaction, malgré leurs intentions.

Par contre, ce message est aussi subtil qu’une claque au visage. Korine a recourt a des techniques juvéniles et simples tels que la répétition obsessive du dialogue pour renforcer ses points. Il surutilise tellement cette technique qu’il vide son scripte de sens, transformant son « œuvre » en un chant de culte qui est plus fatigant qu’ironique. Alien, joué par Franco, répète les mots « Spriiiiiiing Breakers » à presque toutes les pauses sonores du film. Des bruits d’armes à feu sont aussi fréquemment entendus, rajoutant à la cacophonie des répétitions qui avait pour but, semblait-il, de reproduire l’état ​​de transcendance de ses personnages.

Malgré l’intention de Korine de ridiculiser la culture pop Américaine excessive et la nature fausse de Spring Breakers, son film ressemble plutôt à un projet d’étudiant finissant en cinéma prétentieux qui voulait impressionner ses professeurs en leur montrant qu’il a été capable d’utilisé des techniques artistiques, mais qu’il n’a, au final, pas pris le temps d’articuler ses buts ni ses motivations. Si Korine prétend avoir des raisons nobles derrière ce film, le public n’en a pas occurrence. Si j’étais impressionnée par les qualités esthétiques du film, je peux vous garantir que le public habituel se fout de ces éléments techniques. Ils seront plutôt abasourdis devant l’hypersexualisation flagrante et gratuite de toutes les femmes (et les hommes, mais beaucoup plus les femmes). Je crois avoir compté environ douze paires de seins dans les deux premières minutes du film (et je n’exagère pas!). À l’exception de Faith, le personnage plus « innocent » de Gomez, les trois autres filles sont obsédées avec le sexe, la drogue, l’alcool et la violence. Les motivations de ces personnages sont inexistantes, rendant le public incompréhensif face aux intentions derrière leurs actions ou pourquoi elles se croient invraisemblablement dans un monde de jeux vidéo. En plus de cela, il n’y a vraiment rien qui se passe comme histoire, sauf des scènes de pornographie soft, dont James Franco qui suce un silencieux de révolver. Ce film ne contient qu’un contenu vide de sens, qui est répété continuellement, avec des filles qui agissent comme des salopes pour le plaisir du public male et de la camera voyeuriste.

Le film Spring Breakers se résume à être une pornographie de techniques cinématographiques et de sexualité qui contient un message vide qui passe environ deux pieds par dessus la tète des spectateurs. Les actions des filles ne sont ni expliquées ni punies. En finissant ce film, je n’étais que déprimée face à l’attitude de ses filles; je n’ai pas eu d’épiphanie en réalisant que les gens qui ne font que faire la fête se ramassent un tas de problèmes. Eh non, il semble que je n’ai pas besoin de passer 94 minutes a voir des totons, des lumières, de la cocaïne, des bikinis et des cagoules roses pour comprendre que la culture pop américaine est irréelle et fausse.

 

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