Critique : Kvelertak – Kvelertak (CD)

(Par Gabriel Sasseville-Jolicoeur)

« Tu verras, c’est comme un mix de black métal, de rock et de hardcore… Kvelertak, tu vas aimer ça… »

L’ami qui m’a parlé pour le première fois de Kvelertak a eu raison. C’est même carrément ce qui résume le groupe en termes de styles musicaux. Plus que des mots prononcés comme ça, en l’air, nous créant des attentes (chacun de nous espérant retrouver dans un album les références aux piliers de chaque style),  Kvelertak débarque avec quelque chose de franchement nouveau.

Originaires de Norvège, où le black est en forte représentation dans les milieux rock et métal, ces six musiciens (trois guitaristes) brisent d’une certaine manière les préjugés existant sur la musique provenant de ce pays nordique. « Kvelertak », album éponyme, est leur premier opus, sorti en 2010 des suites d’un travail préparatoire amorcé avec les simples Mjod et Blodtorst. Maintenant que les circonstances et le contexte sont présentés, plongeons dans cet album scandinave.

D’abord le nom de l’album et du groupe (Kvelertak) qui a une sonorité de profonde légende nordique des confins d’une forêt noire, mais qui se résume en un mot très simple : étouffement. En effet, Kvelertak semble vouloir étouffer ses admirateurs par sa capacité à agencer des styles que plusieurs personnes semblent à tout prix vouloir distancier. « Étouffons-les avec du béton black rock… » C’en est délicieux.

Cet album de onze morceaux traverse tous les styles musicaux nommés plus haut. De la voix, très black métal avec sa « gutturalité » glaciale; aux riffs de guitare très hard rock dans leur construction et leur interprétation; passant par des solos de guitare et des enchaînements d’accords plus près du punk et du hardcore; sans oublier la batterie qui doit s’adapter en changeant de blastbeat à suite plus traditionnelle; ces éléments démontrent la très grande versatilité du groupe. Les changements de style s’effectuent avec une subtilité ravissante et inattendue, mais loin d’être déroutante. Kvelertak œuvre dans un style progressif, mais cette progression très loin de l’expérimental. Autant le groupe nous fait voyager dans divers recoins parfois sombres de la musique rock et métal, autant ce mysticisme semble très défini et totalement logique lors de l’écoute. Les morceaux sont courts, brutaux, empreints d’une jovialité folklorique qui rappelle certainement des passages du groupe Finntroll. Il n’y a pas prédominance des claviers et la musique est moins près d’unDeath metal cher aux Finlandais, mais l’esprit à la fois festif et apocalyptique du groupe peut toutefois les rassembler.

Kvelertak oeuvre donc dans un registre très rock/hardcore, mais la sauce métal est aussi très présente. Dans des morceaux comme Fossegrime et Ulvetid, il est possible d’entendre de manière assez distincte les deux styles.

Fossegrime débute avec une introduction de quelques secondes très rock’n’roll, un tapping de guitare électrique épique en avant-plan, cachant une batterie relâchée dans une suite semi-lente de battements de tambour. S’ensuit un cri de guerre « FOSSEGRIM! » qui signifie approximativement Nixe (nymphes et génies des eaux dans la mythologie nordique).  La suite se rapproche des passages avec parole composés par Finntroll, c’est donc dire que le morceau s’organise dans une dynamique plus près du black metal. Peu de temps après, la formation prouve le contraire dans une répétition d’une suite d’accords débouchant sur une harmonique de clavier au son d’orgue et d’une guitare électrique en symbiose parfaite dans cette constitution rock progressive avec des airs d’Emerson, Lake and Palmer. Il y a alors retour au black/death metal, puis débouchée sur un solo très rock classique. Le groupe décoche alors une flèche métal, aboutissant à une avalanche de tambours : la voix criarde du chanteur déclamant sa légende, les guitares et la basse de paire dans une descente infernale, mais contrôlée.

Pour Ulvetid on assiste à un traitement similaire, mais avec une accentuation de la présence des styles différents. La pièce débute avec un cri violent « KVELERTAK », dont la signification ne fait plus de doute dans la tête des amateurs du groupe et des lecteurs de cette critique. Les accords s’enchaînent dans un hardrock très classique, puis les blastbeats et les cris gutturaux activent la machine black. Très bien calculé, cette séquence décape par sa surprise. Le tout sort comme un missile, mais les dommages sont tellement bien contrôlés, que la suite hardrock revient régulière telle une horloge pour indiquer le changement musical à venir, l’interstice des inattendus. Après quelques répétitions de ce manège, on a droit à un death metal digne de certaines séquences rappelant Children Of Bodom de l’ancienne époque. L’auditeur a droit encore une fois à une avalanche de tambours; le tout bien dirigé par une guitare qui, bien que grinçante au maximum, ne quitte jamais sa ligne directrice. C’est à ce moment que la magie du groupe opère. Elle passe de ce passage ultrametal à une séquence de rock rythmée, un accord sur quatre ayant une puissance plus grande que les autres..

Ces deux morceaux ont une structure assez typique de ce qui se retrouve dans l’album en entier, à quelques différences près. Ces entremêlements de rock et de métal procurent au final une sonorité près du hardcore, mais il est impossible de qualifier l’ensemble du disque comme tel, car aux premières écoutes, vous me traiterez de fou si j’affirme une telle chose.

La seule critique que je pourrais adresser à ce disque est peut-être le manque de différences entre certains des morceaux. À la longue, certains passages finissent par se confondre, et c’est peut-être là le défi que le groupe aurait à relever pour un deuxième album : éliminer la facilité à tomber dans une suite d’accords rock/pop qui, malgré l’agencement avec un cri propre au black/death metal, ne rendra pas le tout plus original. Il s’agit par contre du seul point négatif.

Pour terminer, je suggère fortement l’écoute de cet album qui est un bijou assez particulier. Je vous conseille de le manipuler avec soin. La première impression vous laissera peut-être un peu perplexe, mais les écoutes ultérieures auront l’effet d’une massue pour les amateurs de rock tout comme de métal. Je vous le répète : il y a du Finntroll, du Hendrix, duAccept, du Children Of Bodom et bien plus d’autres excellentes influences sur cet album.

Les cinq morceaux incontournables : Ulvetid, Fossegrim, Liktorn, Nekroskop (dans lequel on sent une influence Mastodon) et Offernatt.

 

Votre opinion?

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s