Critique : Graham McNeill – Fulgrim (roman)

(Par Jérémie Bernard)

Après le roman unidirectionnel de Swallow, McNeill reprend le flambeau de l’hérésie avec une des légions les plus atteintes rapidement par les puissances du chaos : Les « Emperor’s Children ». Cette histoire de perte de contrôle due à un trop grand désir de perfection montre l’inévitable tristesse et l’incontrôlable destruction que les plans d’Horus apportent et continueront d’apporter à toute une galaxie pour les millénaires à suivre.

McNeill réutilise les personnages non-astates pour bien englober son histoire. L’expédition « Emperor’s Children » étant très artistique à la base, il est normal de retrouver beaucoup d’humains au sein de leurs vaisseaux, dignes artistes d’une conquête effectuée avec tout le panache et la grandeur des guerriers du Primarque Fulgrim. Le titre aussi simple de ce roman est totalement approprié, le drame énorme commençant par Fulgrim et se terminant par lui, en tant que souverain d’une légion entière. La peinture, la sculpture et la musique sont au rendez-vous dans un livre où ces formes d’arts célestes dégénéreront pour un penchant plus perfide et malsain. Ces artistes humains entoureront donc Fulgrim dans son désir de tapisser son vaisseau amiral de toiles et de sculptures en son honneur et en l’honneur des faits d’armes de ses enfants.

Petit bémol à la série, un troisième personnage loyaliste ressemblant beaucoup trop à Loken et Garro fait son apparition : Solomon Demeter. Le personnage en soi est intéressant à suivre, mais semble vraiment trop près de la physiologie et de la psychologie des deux autres pour que ce détail passe inaperçu. Cela donne l’impression que cette myriade d’auteurs ne connaît qu’une façon de rendre un personnage astarte incompris dans sa propre légion et désireux de poursuivre les préceptes de l’empereur. L’on peut voir cela  comme le mode de pensée robotique et identique de tous les « spaces marines » avant que les germes hérétiques fassent leur apparition, mais il est tout de même triste de voir comme les personnages traitres sortent du lot par une personnalité beaucoup plus complexe, multiple et excitante à découvrir par rapport à leurs penchants loyalistes.

Puisque ce roman parle essentiellement de Fulgrim, il est gratifiant de pouvoir s’en approcher bien plus que les autres Primarque rencontrés depuis le départ de la série. Ce dernier étant déjà le Primarque le plus près de ses troupes et de ses artistes, tout s’accorde pour offrir au lecteur une vision complète et totale de ce personnage hors du commun. Fulgrim est imbu de lui-même à son paroxysme possible pour un demi-dieu à la tête d’une légion vivant pour atteindre sa propre perfection. C’est cette quête de sensations et cette certitude d’être le meilleur qui attirera Slaanesh, prince des dieux chaotiques et porte-parole des plaisirs interdits et des ambitions défendues pour tout l’univers. Fulgrim sera donc pris au piège dans sa course à la perfection, au détriment de tout ce qui lui était cher auparavant. Là est tout le chef-d’œuvre de ce roman : comment l’on perçoit Fulgrim comme étant de plus en plus proche d’un homme, avec ses défauts, ses peurs et ses aspirations. En mettant clairement en scène une pléthore  de détails quant à la fraternité entre Fulgrim et Ferrus Manus, Primarque des « Iron Hands », McNeill rend sa part d’univers encore plus réelle, mais surtout plus claire que les trois premiers opus, sans pour autant jurer par la simplicité de « The flight of the Esenstein ».

Beaucoup d’éléments diamétralement différents font de « Fulgrim » une petite mine d’or de renseignements sur les « Emperor’s Children ». Alors que « The flight of the Eseinstein » ne peut en apprendre beaucoup au lecteur vu le point de vue unique de Garro, fugitif, ce cinquième roman le plonge plutôt dans le tournant de cette légion et sa transformation par étapes en machines de sensations destructrices connues des amateurs de l’univers 10 000 ans plus tard.

Beaucoup d’éléments connus sont exploités dans ce roman, comme les personnages de Lucius et Fabius, qui gagnaient grandement à être approfondis après de courtes apparitions par le passé. C’est aussi la façon dont l’auteur refait une multitude de liens avec les autres romans qui font que « Fulgrim » reprend bien le flambeau de l’hérésie.  Le lecteur a même droit à une participation spéciale d’Eldrad et du vaisseau-monde d’Ulthwé comme preuve que Fulgrim ne peut plus être sauvé des griffes corruptrices du chaos. En allant des « Iron Hands » aux Eldar, aux personnages humains dans le vaisseau de Fulgrim et croisant l’histoire avec les autres romans, il devient très facile de bien suivre l’hérésie des « Emperor’s Children » du début à la fin.

Il est important de noter que ce roman est le plus épique de la série, marqué par une gigantesque bataille vers la fin. Cette bataille représente le premier conflit ouvert entre les marines loyalistes et les traitres au dogme de l’Empereur de l’humanité. Malgré la taille du roman, cette dernière bataille semble couper les coins ronds par moment, comme si l’auteur manquait d’espace pour bien raconter son histoire. À partir de cette bataille, le rythme soutenu et posé du livre dégénère et devient un peu trop rapide pour le nombre d’éléments pris en compte. Autre problème de la finale : Horus semble par moments devenir un peu trop stéréotypé, mais est sauvé par son désir de reprendre l’âme de Fulgrim au démon l’ayant possédé.

En commençant par les minuscules graines de l’hérésie, « Fulgrim » devient rapidement le roman phare de la série, où la plupart des questions sont répondues, parfois avec un peu trop d’empresse par rapport au reste de la série, mais sans jamais perdre une quelconque qualité à la complexité de l’histoire. Mettant en scène des trahisons douloureuses et d’épiques moments fraternels, sans oublier de sombrer dans l’obscénité de Slaanesh le temps d’un concert ou de la bataille finale, Graham McNeill construit un roman qui aurait peut-être eu besoin d’un peu plus de place, mais qui reste néanmoins impossible de poser sur une étagère plus de quelques heures sans vouloir continuer ce marathon de causes/conséquences défilant à la même vitesse que l’ombre enveloppant mesquinement une galaxie naïve et peu préparée à un tel chaos.

 

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