Critique : Beyond : Two Souls (jeu vidéo).

(Par Marc-Olivier Lalonde)

Introduction
Quand vient le temps de comparer les différents concepteurs de jeux vidéo, David Cage mérite sa propre catégorie. Certains le perçoivent comme un visionnaire, un être bien en avance sur son temps. D’autres voient en lui un égo surdimensionné qui met au monde des idées qui n’exploitent jamais leur plein potentiel. Je me situe quelque part entre ces deux pôles. Les jeux de Cage sont un pas en avant pour l’industrie et se distinguent de tous les autres produits sur le marché. Par contre, je crois qu’il manque toujours quelques éléments pour que les titres deviennent de véritables classiques. L’histoire se répète en ce qui concerne Beyond : Two Souls. J’avoue candidement que j’ai apprécié le jeu, mais des défauts ont fait en sorte de miner mon expérience quelque peu.

Histoire et personnages
Jodie (incarnée par l’excellente actrice canadienne Ellen Page) n’est pas une jeune femme comme les autres, bien au contraire. Depuis son plus jeune âge, un mystérieux esprit se nommant Aiden l’accompagne dans ses moindres faits et gestes. Elle ne sait pas pourquoi il est là et ni pourquoi elle semble être la seule personne sur Terre à se retrouver dans une telle situation. Je ne peux pas en dire bien plus sur la relation qu’ils entretiennent puisque vous choisirez la manière dont se comportera Aiden. J’y reviendrai. Vous vous en doutiez sûrement, mais Jodie n’a pas eu une enfance typique. Lorsque les autorités ont pris connaissance d’Aiden, Jodie a été placée, seule, dans un centre de recherche gouvernemental afin d’être surveillée de près. C’est à cet endroit qu’elle fera la rencontre de Nathan (Willem Dafoe, sous-utilisé à mon avis), le scientifique en chef du département qui deviendra une figure paternelle. Une des particularités du jeu est le fait que l’histoire n’est pas racontée de façon linéaire. Tous les évènements (hormis la fin) sont des souvenirs de Jodie. Elle nous conte sa vie en fragments. Vous la suivrez de son enfance jusqu’à la mi-vingtaine. Disons qu’elle vivra des aventures rocambolesques de plus en plus bizarres.

Jouabilité
À la manière de Heavy Rain, les contrôles de Beyond : Two Souls sont particuliers. Tout a été imaginé avec la notion de fluidité en tête. Jodie peut interagir avec tous les objets qui affichent un petit cercle blanc. Vous n’avez qu’à bouger le joystick droit dans la direction de ce cercle pour initialiser l’interaction. C’est alors que démarrent (souvent, mais pas tout le temps) des actions contextuelles. Lorsque surviennent des scènes de combats, les contrôles changent et le temps ralentit. Vous ne contrôlez plus alors directement Jodie. En fait, vous « autorisez » en quelque sorte le geste qu’elle s’apprête à effectuer. Exemple : Jodie est sur le point de se faire frapper. Sa réaction, comme tout être rationnel, sera soit d’esquiver ou de bloquer le coup, tout dépendant de la situation. Si elle veut l’éviter, Jodie fera un léger mouvement vers l’arrière. Vous devrez par conséquent diriger le joystick dans sa direction à elle, donc en direction opposée au coup. Si Jodie décide de bloquer, elle fera un mouvement vers l’avant et le joystick ira en direction du coup. Si vous jouez en mode facile, des flèches apparaissent afin de vous guider. Vous ne pourrez donc pas vous tromper. Dans les autres modes de difficulté, les flèches sont inexistantes, ce qui a pour effet de créer de la confusion par moments. Voyez-vous, il n’est pas toujours évident de savoir où diriger le joystick puisque Jodie ne fait pas des mouvements clairs à chaque fois. Elle s’est donc fait malheureusement blesser à quelques reprises sous ma gouverne.

J’ai mentionné précédemment que le comportement d’Aiden dépend entièrement de vous. La raison? À presque tout moment, vous pouvez choisir de contrôler Aiden plutôt que Jodie. Le jeu change alors drastiquement. D’abord, la caméra passe de la troisième à la première personne. Si vous êtes familier(ère) avec les contrôles de n’importe quel jeu où le personnage doit nager ou voler, alors vous maîtriserez rapidement Aiden. Étant un esprit, il peut passer à travers des surfaces solides. Si une porte est verrouillée, vous pouvez utiliser Aiden pour aller de l’autre côté afin de l’ouvrir. Il y a par contre une limite dans la distance qui peut séparer Aiden de Jodie. Sur le plan technique, ce serait beaucoup trop facile de compléter les niveaux. Sur le plan narratif, plus Aiden s’éloigne de Jodie, plus c’est difficile pour elle de le supporter physiquement. Elle saigne du nez lorsque ça devient trop éprouvant.

En tant qu’Aiden, à plusieurs reprises vous aurez à régler des situations de manière pacifique ou confrontationnelle. Un exemple vague pour vous aider à vous situer : quelques ados s’en prennent à Jodie. Aiden devrait-il intervenir pour la venger ou devrait-il plutôt l’inciter à quitter les lieux? À vous de décider. Jodie devra aussi prendre plusieurs décisions à des moments critiques qui viendront affecter la fin du jeu. Notez que j’ai spécifié la fin seulement. J’aurais préféré que tous mes choix affectent graduellement le jeu plutôt que juste la scène avant le générique. Beyond : Two Souls possède beaucoup de dénouements, mais ils sont pour la plupart des variations les uns des autres. Seulement environ trois d’entre eux se distinguent particulièrement. Vos choix ont toujours été moralement bons et justes et vous souhaitez obtenir la meilleure fin possible? Vous vous retrouverez devant un dilemme parce qu’il n’y en a pas une de « parfaite » à mon avis. Pourquoi? La fin reflétera les décisions que vous aurez prises. Elle sera donc personnalisée. Chacun aura sa vision particulière de la moralité du jeu. C’est pourquoi la fin « parfaite » pour vous ne le sera peut-être pas pour une autre personne.

En toute circonstance, le dénouement de Jodie correspondait à ma personnalité en quelque sorte. Je ferais face aux mêmes conséquences si je devais me retrouver dans les mêmes situations qu’elle. Je n’ai pas joué à Beyond comme si j’assistais simplement à une histoire. Plutôt, j’y ai joué comme si c’était moi qui vivait ces évènements. C’est valable aussi pour les jeux de rôles qui me permettent de modifier mon personnage et qui offrent une multitude de possibilités. Comme The Elder Scrolls V : Skyrim.

Graphiques, musique et voix
Beyond : Two Souls est magnifique. Ce n’est pas un jeu aussi vaste que Grand Theft Auto V et c’est pour cette raison que les ressources de la PlayStation 3 ont pu être utilisées de façon plus précise. J’irais même jusqu’à dire que Beyond est graphiquement supérieur à The Last of Us. Lorsque je regarde Jodie, j’ai l’impression par moments de réellement voir Ellen Page. Idem pour Willem Dafoe. Les autres personnages paraissent très bien aussi, mais j’ai la certitude que plus de polygones sont présents dans les visages des deux stars. Logique, puisqu’ils sont à l’écran la plupart du temps. Il y a des moments de chargement assez longs entre chaque épisode du jeu par contre. Honnêtement, je préfère qu’ils surviennent durant ces périodes plutôt que pendant les séquences de jeu.

La musique est agréable, mais moins mémorable que celle de Heavy Rain même si le grand Hans Zimmer (The Lion KingThe Da Vinci Code, la nouvelle trilogie de Batman) a contribué à la bande-sonore. Il faut souligner qu’à plusieurs moments, il n’y a pas de musique, seulement des effets sonores et des voix.

Ellen Page et Willem Dafoe font un travail extraordinaire. Les émotions ressenties par Jodie et Nathan sont authentiques et les acteurs sont plus que crédibles. Imaginez, ils doivent porter des combinaisons serrées recouvertes des capteurs de mouvement et se retrouvent devant des écrans verts. Ils sont obligés d’imaginer tout ce qui se déroule à l’écran.

Conclusion
Est-ce que je recommande ce jeu à tout le monde? Non. Clairement, Beyond : Two Souls n’est pas fait pour gens qui aiment des débits rapides. La jouabilité ne sera pas appréciée de tous non plus. Ensuite, le récit fait constamment des bonds dans le temps et ce n’est pas un élément populaire. Je dois par contre admettre que je me suis attaché à Jodie et son histoire. Bien que le surnaturel est omniprésent, l’évolution psychologique de Jodie est crédible. Puisque j’étais celui qui prenait les décisions à sa place, il est évident qu’elle devenait en quelque sorte une extension de moi. Si Heavy Rain est un jeu supérieur à Beyond : Two Souls, j’ai préféré Jodie aux quatre protagonistes du premier jeu par contre. Heavy Rain démontrait des visuels superbes (pour l’époque) aussi, mais plusieurs acteurs de voix étaient terribles et le regard des personnages était vide. Donc, si vous n’en pouvez plus de jouer à  des titres qui se ressemblent tous, essayez Beyond : Two Souls. Il vous apportera une dose de fraîcheur. Peu de jeux, outre son prédécesseur, peuvent s’y comparer facilement tellement il est unique. Je pense qu’il est crucial que des jeux comme Beyond existent puisque l’industrie a besoin de renouvellements de temps en temps. David Cage va à contre-courant face à des séries annuelles comme Call of DutyAssassin’s Creed et (maintenant) Batman. Son jeu mérite plus d’attention et je vous recommande de le louer, à défaut de l’acheter. Vous aimerez, ou vous détesterez.

 

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