Critique : Spec-Ops : The Line (jeu vidéo).

(Par Marc-Olivier Lalonde)

Introduction

Au premier coup d’oeil, beaucoup de facteurs jouent contre l’achat de Spec Ops : The Line. Tout d’abord, disons que le titre est très générique. J’irais jusqu’à dire que le sous-titre The Line sonne faux. Ensuite, l’image, probablement l’élément le plus important en ce qui concerne la présentation sur les tablettes, ressemble en tous points à celles des autres grosses franchises de guerre. Rien pour attirer les non-initiés à jeter un second regard au boîtier. Quand on a BattlefieldCall of Duty et Medal of Honor devant soi, pourquoi se donner la peine d’essayer Spec Ops? Ce n’est sûrement pas pour les graphiques, croyez-moi! Les contrôles? Non plus. Sa variété d’armes? Pas du tout. C’est en fait l’histoire du jeu ainsi que l’évolution du personnage qui feront en sorte que vous vous rappellerez de cette série. Ce sera peut-être aussi suffisamment bon pour que l’envie vous vienne de découvrir les huit jeux précédents de cette franchise plus vieille, étonnamment, que les trois mentionnés à priori.

Histoire et personnages

Bien que Spec Ops : The Line soit le dernier-né d’une longue lignée, l’histoire du jeu ne reprend aucun élément de ses prédécesseurs. Yager Development a pris une bonne décision en ce sens, car le dernier opus de Spec Ops est sorti sur le marché il y a dix ans! Comme bien d’autres franchises ces temps-ci, la série a été réinitialisée. Vous vous mettez dans la peau du capitaine Martin Walker qui, accompagné du lieutenant  Alphonse Adams et du sergent d’état-major John Lugo, se dirige vers Dubai afin de déterminer ce qui est arrivé au trente-troisième bataillon de l’armée de terre des États-Unis. Ces trois membres du Delta Force réagissent au message du colonel John Konrad qui a échoué dans sa tentative d’évacuer la ville à la suite de tempêtes de sables monstrueuses. Les politiciens ainsi que les membres les mieux nantis de la population ayant déjà fui vers des lieux sûrs, le peuple se retrouve sans gouvernance.

Suite à l’évacuation avortée, Konrad et ses hommes décident d’instaurer la loi martiale afin de maintenir un semblant d’ordre sur la population. Leurs méthodes brutales font en sorte que deux groupes seront créés afin de les opposer : les Exilés; anciens membres du bataillon refusant de commettre des atrocités, et les Insurgés; gens de la population ayant décidé de se rebeller contre l’armée. Walker, Adams et Lugo se retrouvent coincés entre ces factions. Ce qui devait être une simple mission de reconnaissance se transforme en situation de vie ou de mort. Les Insurgés les prendront pour des soldats du trente-troisième, les Exilés et le bataillon pour des agents de la C.I.A (qui aide les Insurgés). Walker tentera par tous les moyens possibles de retrouver Konrad afin d’obtenir des explications. Sa loyauté démesurée envers Konrad s’explique par le fait qu’il lui a sauvé la vie pendant la guerre en Irak.

Jusque-là, Spec Ops ne démontre rien de vraiment particulier. Certains jeux possèdent une histoire plus complexe alors que d’autres sont beaucoup plus simples. Là où il se distingue réellement des autres, c’est du côté de la morale. The Line fait référence à une ligne psychologique. Jusqu’où êtes-vous prêt à aller afin d’obtenir ce que vous désirez? Vous aurez à quelques occasions la possibilité de répondre à cette question. À titre d’exemple, à un moment précis, vous devrez  tuer une personne afin de sortir indemne d’une situation précaire. Facile vous dites? C’est un jeu de guerre après tout, des milliers de gens tomberont au combat. En quoi un corps de plus changera-t-il quelque chose? Le bataillon vous laisse choisir entre exécuter un citoyen qui a volé de l’eau au trente-troisième ou un des leurs. Ce membre du bataillon devait capturer le citoyen pour qu’il fasse face à la justice. Il l’a fait. Il a aussi tué les cinq membres de sa famille en même temps. Vous devez impérativement éliminer l’une des deux personnes pour progresser. Peu importe la décision que vous prendrez, vous savez que vous en ressortirez perdant. Ce ne sera pas la seule fois. Cela explique la dégradation de la stabilité mentale du capitaine Walker. La survie d’un groupe vaut-elle le prix de la vie d’une personne innocente? Ce genre de questions vous fera réfléchir sur les atrocités de la guerre.

Jouabilité

Tout n’est pas parfait côté jouabilité même si c’est plutôt innovateur par moments. Commençons par ce qui est réussi. Notons en premier lieu l’intelligence des deux compatriotes. Rarement devrez-vous les sauver. Puisque vous êtes le commandant du trio, ils attendront la plupart du temps que vous preniez les devants. Ils ne foncent pas constamment et stupidement tête première vers les combats. De plus, vous avez la capacité de leur donner des ordres. Il y en a peu, mais ils sont utiles et cela apporte un élément plus stratégique au jeu. Tout comme eux, il est dangereux pour vous d’attaquer vos ennemis sans réfléchir. Très peu de balles suffisent à vous tuer. Si vous tenez à faire un Rambo de vous-même, sachez que la difficulté du jeu augmentera considérablement. Tout comme dans les Gears of War, vous passerez la majorité de votre temps caché des tirs adverses derrière un mur. Ce qui est frustrant cependant, c’est le nombre de fois où mon personnage ne voulait tout simplement pas se mettre à couvert correctement. Je me suis fait descendre quelques fois dues à ce léger problème. Walker n’est pas le soldat le plus mobile puisqu’il ne peut pas rouler vers l’avant et ne peut pas non plus sauter vers des endroits sûrs. Tout l’éventail habituel d’armes fait son apparition (mitraillettes, fusils, lance-roquettes). Pas de nouveautés ici. Les vétérans du genre se sentiront à l’aise dès le début.

Graphiques, musique et voix

En ce qui concerne le visuel, Spec Ops est correct, sans plus. Ce ne sont certainement pas les graphiques qui vous éblouiront. Ils font le nécessaire, mais ils se retrouvent à un niveau inférieur à Call of Duty : Black Ops 2 disons. Cependant, l’environnement est vraiment particulier. Voir Dubai dévastée par tout le sable, juxtaposé aux campements improvisés des survivants offre une vue spectaculaire. Surtout quand Walker se trouve sur un immeuble qui lui permet de voir la ville dans toute sa splendeur cicatrisée. Je pourrais même me permettre de faire une analogie entre l’extrême richesse qui y régnait face à la pauvreté absolue des gens qui sont demeurés. Quelques problèmes techniques sont survenus cependant : armes qui étaient tombées par terre qui se mettent soudainement à flotter dans les airs, ennemis qui apparaissent sans des pièces d’équipement vitales (comme leur casque!) malgré le fait qu’ils possèdent une armure imposante, textures qui prennent plusieurs secondes avant d’apparaître, etc. Par deux fois la programmation a fait défaut puisque les prochains objectifs ne m’étaient pas présentés même si j’avais complété toutes les étapes nécessaires précédentes. Il aura fallu que je revienne à ma dernière sauvegarde automatique.

La musique varie énormément dans les styles. Des artistes tels Björk, Deep Purple et Giuseppe Verdi font partie de la distribution. Chaque pièce employée concorde bien avec les séquences à l’écran. Puisque c’est un jeu de guerre américain, il était évident que le Star Spangled Banner y ferait sont apparition. L’utilisation de la version de Jimi Hendrix a de quoi surprendre cependant. Il l’avait jouée durant Woodstock en 1969. Était-ce sa façon de dénoncer la guerre et la violence? Possible. Il ne fait aucun doute cependant que l’insertion de sa version pousse encore un peu plus loin la réflexion quant à la guerre dans Spec Ops. Pour ce qui est des voix, Nolan North incarne Walker. Il est surtout connu pour être la voix derrière Nathan Drake de la série Uncharted ainsi que de Desmond Miles des Assassin’s Creed. Il est celui qui fait le meilleur travail parmi le groupe. Notons l’acteur Jake Busey (fils de Gary Busey) qui incarne Radioman.

Conclusion

En somme, nous avons affaire à un jeu de guerre qui se distingue des autres à l’intérieur d’un genre contingenté. C’est un jeu de tir plus intelligent que les autres autant par son exécution que par les réflexions qu’auront les joueurs une fois le générique de la fin apparu. Voir le capitaine Walker et ses compagnons dépérir tranquillement brise le cœur. Peu importe les décisions qu’ils prennent, la situation a toujours tendance à s’envenimer. Ils ne sortent pas grandis de leur aventure, bien au contraire. Les Call of Duty de ce monde devraient s’inspirer de Spec Ops : The Line. Au lieu de mettre l’emphase sur les explosions et les scènes spectaculaires, ils gagneraient à présenter le côté humain de la guerre. Ces hommes ont beau être des soldats, ils ne sont pas des machines. J’espère sincèrement que nous n’aurons pas à attendre dix autres années avant de jouer à la prochaine suite de Spec Ops. Je recommande The Line à tous ceux qui veulent un vent de fraîcheur chez leurs jeux de tir. Dans les petits pots les meilleurs onguents? C’est vrai dans ce cas-ci!

 

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