Critique : Sigur Rós (spectacle)

(Par Jérémie Bernard)

Je connais cette formation islandaise depuis déjà quelque temps, mais j’avais tout de même très hâte de voir Sigur Rós performer sur scène, ayant entendu parler du caractère singulier d’un tel événement. Malgré toute ma préparation, ma connaissance du niveau d’intensité et de sensibilité de la musique de Sigur Rós et mon habitude pour les prestations musicales, j’ai tout de même été complètement subjugué. Une partie de moi est restée pour toujours au Centre Bell lors de cette soirée inoubliable.

Nous sommes arrivés vers la fin de la première partie, prise en charge par un artiste pratiquement caché et servant plutôt de créateur d’ambiance pour le public s’installant progressivement dans ce demi-Centre Bell qui allait être plutôt plein à l’apogée de la soirée.  Du parterre, le son promettait déjà d’être clair et concis et la scène s’élevait au dessus de nous dans une autre promesse de la grandeur à venir. Tout commença enfin, vers 21h.

Sigur Rós ouvrit le bal avec un effet 3d époustouflant réalisé à l’aide d’un jeu de toiles les entourant. Cela donnait l’impression que les images étaient partout sur la scène, se promenant au sein du groupe, au centre même de la musique. Quelques pièces furent jouées ainsi, le groupe ne se montrant que par des jeux d’ombres et de lumières à travers la toile devant eux. Une chose était déjà certaine : le son s’attaquait directement aux tripes, pour s’immiscer insidieusement jusque dans l’âme, tatouant finalement le cœur à jamais, à chaque nouvel accord.

Un frisson collectif fut ressenti dans la salle lorsque la toile tomba sur scène. La foule, déjà totalement en transe, brillait par un silence respectueux digne des plus grands concerts classiques, l’émotion générale venant s’ajouter à cet amour non verbal pour le groupe.

Dans un tourbillon incessant de sons, d’images et de lumières, Sigur Rós offrit à ses admirateurs montréalais deux bonnes heures de spectacle fort en moments magiques et en sensations profondes. Peu bavards, les membres du groupe se sont contentés d’offrir leur musique de la façon la plus fidèle possible, recréant tous les sons de toutes les pièces jouées; l’impact final est par contre beaucoup plus retentissant, chaque pièce étant accompagnée de sa banque vidéo et de ses effets lumineux assortis. Véritable palette de couleurs vivantes, ce spectacle avait la capacité bien spéciale de nous faire oublier la notion de temps et d’espace, transformant tout le parterre en masse informe de zombis attentifs et les rangées de bancs en armée fidèle tournée vers le seul point d’intérêt digne d’attention. C’était comme si toute la salle avait parcouru le monde pour en arriver jusqu’à son extrémité, et y avait trouvé Sigur Rós, ses chansons, sa magie. Impossible de comprendre totalement le phénomène donc, sans l’avoir vécu, tel un traumatisme, mais en plus gratifiant, introspectif, soignant l’être, car l’on n’est porté irrémédiablement à se remettre en question face à tant de talent brut, à la portée toujours juste de la musique de Sigur Rós dans sa dimension extatique.

Je savais déjà que la voix de Jonsi est l’élément majeur dans la construction du son particulier de Sigur Rós, mais ce soir-là, j’ai appris une chose : son jeu à la guitare avec un archet l’est tout autant. Ce qui fait du chanteur la figure plus que centrale de ce qui rend cette formation unique et surtout, capable de remplir un aréna à l’autre bout du monde sans avoir des paroles accessibles à tous et des morceaux de trois minutes. Le jeu d’archet peut sembler anodin de prime abord, puis se révèle à l’oreille progressivement, au fur et à mesure que l’ouïe arrive à percevoir aussi toutes les subtilités du son de Sigur Rós en prestation. Avec onze musiciens sur scène, il est ardu de bien discerner ce que l’archet produit comme sonorité douce et lente, bruit de fond servant de tapisserie constante à la musique du groupe. Utilisé autant pour créer un son discordant et agressif que pour accompagner de quelques notes absolument perceptibles la partition des cordes, cet archet est autant versatile qu’indispensable à la qualité mystique de Sigur Rós.

Avec un petit orchestre sur scène, des ambiances visuelles hypnotisant et une musique plus riche que la plus complexe des langues, Sigur Rós a su me conquérir sur scène encore plus qu’ils ne l’avaient déjà fait sur CD, ajoutant à la qualité de leur travail un souci intègre et sensible de faire vivre leurs créations, de permettre à leur musique de se transcender en chacun de nous, nous changeant à jamais, nous touchant par son message bâti de notre propre interprétation des sons.

À vivre, une, deux, trois fois !

Photo

Photo par Renaud Leduc

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