Critique : Le coup de la giraffe (roman)

(Par Sophie Vaillancourt)

Le silence du Bonheur.

Il y a quelques années déjà, j’avais découvert avec plaisir la série Pirates de Camille Bouchard. En 2012, l’auteur  présente une nouvelle œuvre, Le coup de la girafe, qui n’est pas du tout semblable à ses écrits précédents : Bouchard a changé de cap quant aux thèmes abordés dans ses romans, et c’est totalement réussi! Finaliste pour le Prix des libraires Jeunesse 2012, son roman n’a malheureusement pas raflé les honneurs. Mais ce n’est certainement pas ça qui doit nous empêcher de découvrir un bijou de la littérature jeunesse.

Les girafes, ce sont les animaux préférés de Jacob, avec leur grand coup et leurs pattes délicates. Il éprouve une fascination sans limites pour ces animaux exotiques, alors qu’il est totalement terrorisé par les lions, surtout par Chibou, sa peluche. Lorsque Romain apprend à Chloé et Jacob qu’il y a une sortie scolaire prévue au zoo durant l’hiver, le jeune homme de quinze ans est fou de bonheur. Il est convaincu que ce sera la plus belle journée de toute sa vie.

Un petit groupe d’adolescents, Imbeault et ses acolytes, Morve et Bobette, ne cessent de s’en prendre à Jacob. Ils lui font des farces idiotes, blessantes, le rouent de coups de pied, l’humilient devant tous, bref, le prennent comme souffre-douleur. Et pire que tout, ils l’appellent le Pacom.

Parce que Jacob n’est effectivement pas comme les autres. Vous vous en doutez peut-être : Jacob est atteint d’une déficience mentale du spectre de l’autisme. Il éprouve une grande difficulté à socialiser avec les autres, il est très solitaire et il est totalement incapable de se défendre. Par contre, il est conscient que, malgré qu’il ait physiquement quinze ans, il n’en a mentalement que six. Et parce qu’il est différent, la plupart des élèves le fuient et certains vont même jusqu’à le blesser, comme Imbeault et ses Colocus.

J’ai été agréablement surprise par l’écriture de l’auteur. Le récit est tissé de sorte que le lecteur se retrouve dans la tête de Jacob. Il est conscient de ses pensées, de ce qu’il vit. Et tout cela se raconte dans un vocabulaire et avec une syntaxe relativement simplifiés : il ne faut pas oublier que Jacob n’a que six ans! Cette différence d’expression est frappante et ajoute du réalisme à l’histoire.

Bouchard traite aussi de la méchanceté des adolescents avec leurs pairs. On voit clairement que Jacob est victime d’intimidation. Pourtant, il ne dénonce pas les Colocus (en est-il seulement capable?) et personne ne semble vouloir le faire pour lui, pour le protéger. Au contraire, tous assistent à cette violence sans lever le petit doigt. Ce comportement est en soi une sorte d’encouragement, ce qui ne fait qu’alimenter le problème…

Je ne vous raconterai pas la fin de l’histoire. Je vous crois amplement capable de lire ces cent petites pages afin de découvrir le destin de Jacob. Sachez seulement que, étant une âme sensible, j’ai pleuré. Préparez-vous à en faire autant.

Thèmes : adolescence, cruauté, mesquinerie, lâcheté, intimidation, amitié, courage, différence, autisme

 

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