Critique : Dan Abnett – Legion (roman)

(Par Jérémie Bernard)

C’est le retour du maître et fondateur de la série sur la plus grande hérésie de tout l’univers de Warhammer 40k qui est l’auteur de cette septième offrande. Dan Abnett a énormément d’expérience en la matière et cela se voit aisément par ce récit complexe et réaliste comme jamais. Cet auteur de renom ne fait pas qu’offrir un nouvel élément à l’histoire de l’hérésie, ou encore simplement continuer la mise en place des éléments présents, il apporte carrément un vent de fraicheur dans la série, autant par une narration particulière, un récit composé de très nombreux niveaux de compréhensions et de mise en scène de situations autant révélatrices que lors du tout premier roman sur la construction de la traitrise d’Horus.

Comme pour les précédents romans, une nouvelle légion est découverte par le biais de ce récit, mais dans ce cas-ci, où le lecteur a affaire à l’Alpha Legion, la plus secrète et mystérieuse de toutes les délégations de l’Empereur, Dan Abnett en profite pour ne révéler que le strict nécessaire, ne retirant jamais totalement le voile de questionnement entourant cette légion aux mœurs et valeurs transpirant l’efficacité, mais jamais l’hérésie. La seule grande question répondue à la fin du roman est : comment ces êtres exacts tombent-ils dans le panneau des dieux sombres? Cette réponse seulement donne lieu à une des meilleures finales de la série, et assez de catharsis pour en oublier nos millions d’autres questions de lecteur curieux.

Plongé dans un décor totalement nouveau par rapport aux fresques moyenâgeuses du roman précédent, le lecteur se retrouve en pleine grande croisade de l’Impérium de l’humanité. C’est la guerre sur Nurth et personne n’est en voie de soupçonner ce qui se trame sur cette planète aux habitants féroces et en voie d’extinction. C’est la spécialité de Dan Abnett : faire planer juste assez d’informations pour que le lecteur ait des attentes générales qui se trouveront finalement fondées, mais aussi totalement renversées par des éléments nouveaux, inconnus et brillamment apportés par la porte de service. L’autre aspect tout particulier de l’auteur est sa capacité à lancer le lecteur dans un endroit totalement vivant, réel, mais initialement inconnu. Ses personnages ont leur langage à eux, leurs histoires de régiments, leurs habitudes de vie toutes particulières… L’on a affaire dans le roman à une société toute faite, pleine d’agissements uniques et dotés d’une histoire militaire totalement ressentie dans la narration des événements présents.

« Legion » est le roman des revirements de situations, de l’espionnage, du secret et de la machination. Tout le monde ou presque joue sur plusieurs tableaux à la fois. Représentatif de l’Alpha Legion même, le roman transpire l’information difficilement obtenue, les fausses identités et les plans aux conséquences connues entièrement que de leurs instigateurs. En plaçant le lecteur dans une situation d’incompréhension générale en plus de le plonger dans la vie bien vivante de cette expédition impériale, Dan Abnett prend le risque de provoquer l’ennui par le mystère. C’est là toute sa réussite : Il ne tient jamais en haleine trop longtemps, puisque « Legion » n’est pas parsemé de longueurs. Les événements s’enchaînent rapidement, toujours plus déstabilisant, en révélant toujours un petit peu plus, juste assez pour vouloir avidement continuer sa lecture.

Autre technique très typique d’Abnett : ce dernier reviendra à un roman mettant majoritairement en scène des humains ordinaires. Les derniers romans de la série s’étant beaucoup concentrés sur les légions Astartes vues de l’intérieur, l’auteur préférera ici la technique utilisée pour la première trilogie, à savoir un roman de l’humanité, où les Spaces Marines sont des demi-dieux observés de proches, mais sans toutefois rendre le lecteur totalement habitué à leur présence, ne les faisant jamais évoluer à un niveau naturel dans cet environnement futuriste. Le tout est même exagéré dans le livre, puisque c’est l’Alpha Legion qui est représentée. Fait intéressant, l’auteur fait connaitre la légion par le non-dit plutôt que par ses agissements directs. Reliant le fond et la forme, ce roman plait par cette unité intrinsèque le constituant, rendant la lecture totalement captivante même avec une impression de mensonge constant autour de ce qui est raconté.

Ce roman apporte une réelle contribution à la série, et même à tout l’univers de Warhammer 40k. En effet, lors de la finale haute en émotions du récit, non seulement des événements du présent et du passé de la série sont dévoilés, mais aussi, faits nouveaux et totalement intéressants, un élément futur. La compréhension même de l’univers de Games Workshop tel qu’on le connait vient se clarifier et prendre une dimension nouvelle, bien plus effrayante, mais totalement brillante de la part de Dan Abnett qui a su l’inclure dans ce roman étrange semblant au départ ne révéler que modestement les agissements d’une légion voulant rester dans le secret.

L’écriture d’Abnett reste extrêmement riche et totalement reliée à l’affect d’un lecteur passionné par Warhammer 40k. Que ce soit en expliquant comment un homme désarmé peut venir à bout d’un soldat d’élite, en incluant de l’argot de soldat et une hiérarchie au tout début incompréhensible à la guerre mise en scène ou encore en offrant au lectorat la description la plus poignante d’un titan en combat jamais écrit, cet auteur sait comment transformer les mots en un univers vivant, logique et assez complexe pour être crédible. Une fois la lecture du roman bien avancée, le lecteur se sent inclus dans l’histoire, comprenant maintenant tous les nouveaux termes militaires et ayant appris à connaitre la palette de personnages mise en place par l’auteur. « Legion » est le roman de l’hérésie, mais dans une perspective encore jamais explorée, c’est le récit d’une légion inconnue, mais pourtant aussi noble que ses consœurs, prêt à tout pour défendre les intérêts de l’Impérium et marqué profondément par ce désir de détenir le plus d’informations possibles, car pour eux, la connaissance est la plus efficace des armes.

 

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