Billet Historique 3 : René Lévesque (1922-1987)

(Par Ioan Sénécal)

«Ta cigarette au bec, du haut du firmament, tu dois r’garder l’Québec et t’dire que c’est ben décevant…». C’est ainsi que commence ce qui, à mes yeux, est une des plus belles chansons des Cowboys Fringants. (Annexe 1) Non mais! C’est vrai qu’en ces temps de Commission Charbonneau, les personnages illustres de notre Histoire, rassemblés dans quelque chose comme une sorte de paradis des grands hommes (et femmes!), doivent être sérieusement déçus de la tournure des choses au Québec. C’est d’ailleurs pour nous redonner un peu d’espoir dans la chose publique que j’ai décidé de vous parler d’un des personnages les plus marquants, mais aussi un des plus indubitablement honnêtes de la courte Histoire du Québec: René Lévesque.

Pour débuter ce billet, je vous propose de nous plonger dans la Gaspésie des années 1920. Plus précisément, c’est à New Carlisle, un village de la Baie des Chaleurs (très beau coin… j’y ai d’ailleurs eu une mémorable relation avec une épinette!), que naquit René Lévesque le 24 août 1922. Son père étant un notable local, le jeune Lévesque ne manqua de rien et put suivre une éducation de qualité tout en apprenant l’anglais au contact des nombreux anglophones de sa région (New Carlisle étant un ancien bastion loyaliste).

Quand René Lévesque fut suffisamment âgé (et qu’il eut fini de fumer toutes les cigarettes de la Gaspésie), il quitta son patelin pour aller étudier le droit à Québec (sa mère voulait qu’il devienne avocat à tout prix). Après quelques années d’étude, Lévesque obtint son diplôme, s’installa en région et devint un avocat tout à fait respectable et un bon père de famille…

Mais non! S’il y a un bien une chose que j’ai retenue dans la vie, c’est que les grandes histoires ne sont jamais le fait d’avocats! Et comme Bilbo qui reçut la visite de Gandalf par un beau matin, René Lévesque va se voir offrir l’occasion de partir à l’aventure… Une aventure qui va changer considérablement notre destin collectif.

Lévesque sera embauché par l’armée américaine (à la recherche de correspondants de guerre polyglottes) et partira au front (je vous rappelle que de 1939 à 1945 s’est déroulé un évènement assez peu connu de l’Histoire moderne, la Seconde Guerre mondiale). En Europe, René Lévesque va acquérir le vaste bassin de connaissance qui lui servira plus tard lors de son émission Point de mire (j’en reparlerai) et expérimentera les limites de la barbarie humaine lorsqu’il visitera le camp de Dachau avec l’armée américaine.

Revenu au Canada, René Lévesque va se retrouver journaliste à temps plein à Radio-Canada et se verra offrir d’animer une émission d’affaires internationales (un pari extrêmement risqué pour l’époque… et peut-être même encore aujourd’hui!), Point de mire. Muni d’une carte, d’une craie et d’un tableau, Lévesque va décortiquer les différents problèmes géopolitiques mondiaux pour le plus grand plaisir de ses téléspectateurs! Cette émission était un véritable bijou et je vous conseille d’en juger vous-même! (CLIQUEZ ICI)

Grâce à point de mire, René Lévesque va acquérir une notoriété considérable et sera remarqué par le nouveau chef du Parti Libéral du Québec, Jean Lesage. C’est d’ailleurs sous la bannière libérale que Lévesque sera élu dans la circonscription de Laurier (avec l’aide du lutteur Johnny Rougeau qui lui permettra d’affronter les goons politiques de l’Union nationale). Le reste fait partie de l’Histoire; le gouvernement Lesage va entreprendre de nombreuses réformes et va mettre en branle la Révolution tranquille, une modernisation accélérée et tous azimuts de la société québécoise. Le projet phare du gouvernement Lesage durant ces premières années de la Révolution tranquille sera la nationalisation de l’hydroélectricité. En effet, René Lévesque va longuement militer pour amener le gouvernement du Québec à rallier toutes les compagnies d’électricité sous le giron d’Hydro-Québec afin de briser le monopole de celles-ci sur de grands pans du territoire québécois.

Une fois la nationalisation de l’hydroélectricité réalisée (ainsi que de nombreuses autres réformes), le PLQ de Jean Lesage fut défait aux élections de 1966 des suites d’un ressac conservateur qui porta au pouvoir l’Union nationale de Daniel Johnson (surnommé Johnny Boy, et c’est même pas une farce!). C’est dans l’opposition que René Lévesque va commencer à structurer sa pensée sur la question nationale. Ultimement, il va mettre au point le concept de souveraineté-association (indépendance du Québec accompagné d’une association économique avec le Canada) et va présenter ce projet au congrès libéral. Massivement rejetée par l’establisment du parti, la proposition de Lévesque sera le clou dans le cercueil de sa carrière libérale. À nouveau simple citoyen, Lévesque réfléchira à l’idée de quitter la politique pour de bon…

Je n’ai pas besoin de vous dire que ce n’est pas ce qui va se passer. Lévesque va fonder le Parti Québécois pour soutenir son idée de souveraineté-association et va finir par se faire élire, lui et son équipe, aux élections de novembre 1976 (d’où le célèbre: j’ai jamais été aussi fier d’être Québécois- Annexe 2). Son gouvernement apportera des réformes primordiales, notamment la création de la SAAQ (accompagné de l’inscription du Je me souviens sur nos plaques), la mise en place de la loi 101, l’abolition des caisses électorales occultes et l’interdiction pour les entreprises de financer les partis politiques et j’en passe! Finalement, les Québécois auront l’occasion de se prononcer sur le projet de René Lévesque le 20 1980. Le résultat fut celui que l’on sait: 59,56% pour le NON et 40,44% pour le OUI (d’où le non moins célèbre: À la prochaine fois-Annexe 3).  Malgré la l’échec du PQ lors de la campagne référendaire, celui-ci sera réélu en 1981.

Le deuxième mandat de Lévesque sera beaucoup plus difficile; Le contexte économique se détériore, les coupures sont inévitables, les syndicats sont en rogne et, en plus, Pierre Elliot Trudeau réussit envers et contre tous à rapatrier la constitution du Canada en excluant le Québec. Finalement, épuisé après près de 25 années en politique, amer de ses échecs et poussé vers la sortie par plusieurs de ses députés et ministres, René Lévesque démissionne le 20 juin 1985. Il aura tout juste le temps d’écrire ses mémoires (que je vous recommande fortement d’ailleurs… CLIQUEZ ICI) avant de mourir d’une crise cardiaque le 1er novembre 1987.

Bref, j’espère que vous avez survécu à ce long et peut-être un peu aride billet (j’en suis moi-même essoufflé mentalement). J’ai essayé de rendre hommage à ce personnage qui m’est cher; je ne voulais pas oublier de détail important ni escamoter trop de ses réalisations! En conclusion, je veux revenir sur l’idée d’espoir en la chose publique que j’ai lancée au début du texte (oui oui, il y a 28 paragraphes de cela). René Lévesque a laissé un héritage considérable à la société québécoise… un héritage tellement grand quand on le compare à ceux des politiciens des dernières années. Et malgré cela, je garde bon espoir qu’un jour, on retrouvera quelqu’un d’aussi brillant, honnête et démocrate qui saura vraiment lutter pour le bien commun, peu importe où cela nous mènera alors! D’ici là, j’vous dis tous à la prochaine fois!

Archive (17/03/2013)

Votre opinion?

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s